China Miéville - Perdido Street Station
Perdido Street Station © Gordillo, 2004

Presque jamais jusqu’ici je n’avais dévoré un livre aussi lentement et avec autant de délectation. Jamais ! D’habitude lorsque le 5/6 sur l’échelle des guilis est atteint j’essaie de finir le bouquin aussi rapidement que possible, mais là, avec Looking for Jake, faramineux recueil de nouvelles de China Miéville, musculeux pape du new weird et trop à gauche pour être honnête, je suis tombé de haut, un peu comme Humpty Dumpty dans la chanson ; sauf que je n’avais ni armée ni chevaux royaux pour tenter de me ramasser à la cuiller, juste une boîte de kleenex pour effacer les traces de mon embarras.

En gros, j’ai dû mettre un bon tiercé de mois pour uploader la totalité du tome dans mon cerveau encore trop peu posthumain, juste parce que je n’avais jamais envie que ça se termine, tant la texture, l’atmosphère et les idées de ces textes étaient délectables. Essayez de vous imaginer une raisonnable peufnée de g?y? champur? accompagnée d’un magnum de sh?ch? de patate douce (ou d’awamori pour les plus solides). L’analogie est parfaite. A part peut-être que si on tentait d’ingurgiter du China Miéville, on risquerait bien de se trouver nez à nez avec un relent/mélange âcre de poussière, de graisse de machine, de terreau humide dans la bouche et une forte impression de décalage.

Ô malaise-guili, quand tu nous tiens par la queue du derrière de la next door girl, ça devient carrément de la folie. Aïe.

Après avoir goûté à China Miéville, on en reveut, on en a des cauchemars de milieu de régime dissocié. Et c’est les détails qui en pâtissent. Attention au spoiler, je viens de glisser.

Details
Crackle © alankin

Quatrième de couverture
Step into a London ravaged by unearthly creatures at once utterly alien and chillingly familiar. In China Miéville’s award-winning novella ‘The Tain’, we learn the reason for the invaders’ terrible revenge. In addition to ‘The Tain’, this superb collection contains thirteen short stories, of visionary cityscapes and urban paranoia, ghosts, monsters and impossible diseases. Several of the stories are published here for the first time including one in comic-strip form, illustrated by Liam Sharp.

China Miéville > Looking for Jake
Looking for Jake and other Stories

de China Miéville
Éditeur : Pan Books (Août 2oo6)
Format : Poche - 32o pages
ISBN : o-33o-43418-7

Vous aimez la Seconde Guerre Mondiale ? Les méchants robots en images de synthèse qui cassent tout ? King Kong sans les poils jetant des camions à tout va ?

Code Guardian, de Marco Spitoni, est fait pour vous :

1re partie

2e partie

Manifesto
“Finally, Code Guardian is here!
After almost five years of wait and hard work in my spare time, my last short movie project is available.
I wish to warmly thank everyone who helped”

Merci Boing2.

L’excellent (et tout bientôt plus prolifique que les Xénos) blog Au-dessus de Chiba (à une encablure de la maigre masure de votre serviteur par ailleurs) nous présente une petite gâterie bien alléchante dans son dernier papier : Bloodsilver, un roman western steampunk vampire uchronique de M. Wayne Barrow, qui méritera sans aucun doute bien plus que toutes nos attentions.

Et traduit par Johan Heliot et Xavier Mauméjean, nos apôtres francophones du steampunk, c’est pas peu dire.

On nous reprochera bien sûr de présenter un bouquin que nous n’avons même pas encore lu, mais apparemment ça en vaut bien la peine, et les Xénos comme liste de commissions, c’est quand même bien pratique, hein?

Hmmm. The Atrocity Archives… ? Pfff. Charles Stross… ? Ça ressemble à une vieille choucroute mal réchauffée qui aurait sauté l’étape de la réfrigération, non ? Et en fait c’est bien de ça qu’il s’agit : notre Tifnord bien-aimé s’était déjà attiré les foudres vengeresses de notre plus fidèle commentateur en parlant des Atrocity Archives de C. Stross sans avoir daigné au préalable caresser ce Grand’Œuvre de ses mirettes encore bien humides derrière les oreilles. Tout ça pour flatter votre serviteur dans le bon sens. Ah l’amitié, la fourbe.

Mais que fichtre fait la police dans cette blogosphère ?! Car nous sommes bien en face de ce que votre bovin expat’ aime à considérer comme une horde farouche de guilis dans le slip. Et pas des moindres : je parle bien de ceux à deux mains appliqués de l’intérieur (de bas en haut par habitude) que toute vessie adulte abhorre loin au-delà des montagnes du cauchemar que se plaît à fabriquer la faible imagination humaine pour passer le temps.

Le papier de notre Héraut du Permafrost étant bien plus touffu qu’une vache maigre apeurée dans un coin sombre d’un parc anglais les sabots enfoncés dans une herbe mi-haute glacée de rosée pré-matinale, je ne vais pas vous la refaire en changeant de main.

J’avais simplement envie de partager mon enthousiasme sans limite pour quasiment tout ce que nous pond ce nerd de la S.-F. hybride auquel j’ai déjà vendu mon âme pour trop peu. Et mon corps suivra tantôt sans trop de doutes amers.

En bref, si on aime la bonne S.-F. qui tient la route, teintée ici d’horreur lovecraftienne, là de romans noirs d’espionnage anglais, et encore un peu loin sur la gauche de cauchemars de sysadmin de base, en n’oubliant pas de passer par une pincée d’uchronie, on aime aussi The Atrocity Archives. On peinera même à résister à la maligne tentation de remplacer la chaleur humide de la matrice maternelle avec ce concentré de beau, bon, délicieux et bestial que sont les AA. Merci quand même maman.

Très très formidable pour ceux pour qui sont nés les Xénos.

(Et je ne vous ai encore même pas parlé d’Accelerando, autre monstre difforme de brillance enfanté par Stross. A juste titre car Accelerando mérite bien plus qu’une simple lecture. Une double ration diluée dans quelques gouttes d’eau pure s’annonce déjà si délicieuse que mes mollets en frémissent d’impatience engoncés dans mes fines chaussettes anti-economy class syndrom. Réjouis-toi populace assoiffée de sueur et de sang !).

Charles Stross > The Atrocity Archives
The Atrocity Archives

de Charles Stross
Éditeur : Ace Trade (3 Janvier 2oo6)
Format : Poche - 368 pages
ISBN : 0441013651

En fait, ça faisait quelques lurettes déjà que le Grand’Œuvre de Roland C. Wagner me tentait du bout de ses doigts inlassablement vrillés sur le mulot.

Et là, après la lecture de La saison de la sorcière, je ne sais quoi vous dire. J’ai des sentiments très divers sur ce bouquin, pensées que j’ai de la peine à mettre en forme pour ce papier, d’où le choix abject de lister lesdits sentiments sous forme de liste, non numérottée, la liste. Voici donc mes billevesées tripales sans analyse aucune :

  • J’ai bien aimé l’ouvrage dans son ensemble. Je l’ai lu sans anicroche, très prestement.
  • L’histoire est assez, voire très, délirante, et dans un sens plutôt positif. C’est même rafraîchissant, je trouve. Personnellement, je n’avais rien lu de similaire avant, mais une fois encore, le verso de mes über-oreilles de Dumbo sont loin d’avoir perdu leur humidité et ne feront donc jamais office de référence.
  • Je n’ai pas vraiment été attaché par les personnages que j’ai ressenti parfois un peu fades, mais peut-être qu’ils sont là juste pour servir de plus hautes sphères de l’histoire, un peu comme les bidasses-héros d’une guerre mondiale à l’échelle du monde entier.
  • Les guilis dans le slip n’étaient pas au rendez-vous. Sans toutefois que mère Déception n’y perde son chat.
  • Le côté rock et les références musicales ont canalisé certaines de mes pensées (les encore saines) en direction de Norman Spinrad, auteur que j’adore presqu’toujours. On y retrouve le ton engagé et rebelle un peu punk dudit N. S.. Pas étonnant que R.C.W. s’adonne au préfaçage de certains ouvrages traduits de Spinrad.

J’aimerais donc beaucoup lire les réactions/commentaires/analyses de ceux d’entre vous qui avez également lu La saison de la sorcière et en êtes sortis indemnes sous toutes les faces. Et par-dessus tout, j’aurais besoin des lumières de nos adeptes pour guider mes pas borgnes entre les méandres restant de l’œuvre de M. Wagner.

Et voilà, j’ai tellement perdu les pédales que je ne vous ai même pas présenté l’histoire de la Sorcière. Je vais de ce pas me pendouiller au bout d’une corde de remords ectoplasmiques en me passant Hey! (Rise Of The Robots) des Stranglers.

Sinon, si vous préférez le sérieux aux Xénos quelque peu délirants ces derniers temps, M. Wagner nous parle lui-même, et très bien en plus, de son bouquin via son blog :

La rançon du succès
Une leçon de modestie

Quatrième de couverture
La Chine a envahi la Mongolie, la France est occupée par les Etats-Unis, une guerre civile sans précédent menace l’Inde, lorsqu’une vague d’attentats à peine croyables bouleverse la planète. Un ptérodactyle géant arrache le Tout Eiffel, des statues de Mao ravagent Pékin, un Godzilla dévaste le port de Yokohama et des soucoupes volantes auraient procédé à des abductions dans l’Arkansas. Face à ce terrorisme surnaturel, la communauté internationale se lance dans une chasse aux sorcières d’un nouveau genre, enrôlant de force tout ce que la planète compte de magiciens potentiels. Le futur n’est plus ce qu’il était, et ce n’est décidément pas la bonne saison pour sortir de prison.

Roland C. Wagner
C’est avec un humour tantôt grinçant tantôt désopilant, que Roland C.Wagner s’attache, depuis le début des années 1980, à dénoncer les dérives de l’impérialisme au travers textes engagés comme La saison de la sorcière, pax Americana ou plus récemment L.G.M. Ce qui ne l’empêche ni de rêver à des mondes lointains (Le chant du Cosmos, Les aventuriers des étoiles), ni de s’amuser (Les futurs mystères de Paris).

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La saison de la sorcière

de Roland C. Wagner
Éditeur : J’ai Lu (4 Juillet 2oo6)
Collection : Science-fiction (JL8071)
Format : Poche - 222 pages
ISBN : 2290325589
XLII - exliibris

Sinon, RCW nous signalait via son Gomeux Disparate que plusieurs de ses textes étaient à disposition, gratos, sur le ouèbe, notre ami dans la lutte contre les DRM :

De la lecture à l’œil

Merci pour tout.

Marrante cette opinion d’un scientifique sur Three Days to Never, le dernier opus de Tim Powers :

Tim Powers, Three Days to Never [Library of Babel]

Ça parlerait de voyage dans le temps, d’Einstein, de Chaplin et du ????? ???????? ????????? ???????. Bigre.

… au fait, qui l’a déjà lu ? Hein ?

Sinon, en son temps, moi, The Anubis Gates ça m’avait quand même bien fait sautiller d’un pied sur l’autre dans un élan d’excitation réfrénée.

Merci Uncertain Principles.

Une fois extirpé, non sans bobos, du décevant Maître du Haut Château de Philip K. Dick, une gentille uchronie sur le thème alléchant d’une victoire de l’Axe à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, je me suis immédiatement plongé dans une autre uchronie un brin plus déjantée : le Rêve de fer de Norman Spinrad. Et ben, vous me croirez ou non, j’y ai trouvé mon bout de gras, un genre de petite laine qui réchauffe doucement le cœur au sens propre comme au sens figuré. Rien de moins. En fait, j’ai passablement adoré.

M. Spinrad nous sert là une belle tranche bien grosse et vertement grasse d’uchronie, également à la sauce Seconde Guerre Mondiale : le petit moustachu, à la moustache d’entretien facile (non-iron), se serait exilé aux Etats-Unis à l’issue désastreuse pour le Vaterland de la Grande Guerre et y serait devenu un écrivain de S.-F. adulé, dont l’ouvrage de référence s’intitule Le Seigneur du Svastika. Et, bigre de bigre, Rêve de fer, sous sa couverture francophone tout en joliesse (presqu’printanière), abrite justement ledit Seigneur. Voici donc l’œuvre majeure d’un Adolf écrivain de S.-F., mais toujours aussi malade et prêt à partager, de gré ou de force, sa perspective globalisante d’un monde/univers à une seule race de purhommes dominant les vils mutants putrides et autres télépathes de gauche.

On comprend assez vite le dégoût ou l’ennui qu’a pu causer Rêve de fer chez d’aucuns, car le tout est présenté comme s’il avait été vraiment écrit par un dérangé du bulbe, dans une langue qui n’est pas la sienne, obnubilé par la Kameradschaft masculine du cuir, les symboles ouvertement phalliques et la pureté raciale au service de cette verticalité.

Sans relâche et avec un réel brio, Spinrad nous livre les unes après les autres, en rafale, des descriptions lourdement burinées aux chenilles de Panzer de parades des troupes d’élite du Svastika dans leur cuirs et métaux luisants ou encore de batailles titanesques contre les forces mutantes à la bave et l’incontinence faciles, de gauche. Un style qui louche un peu du côté du maître incontesté de l’excès d’adjectifs percutants et sert parfaitement le propos du livre.

Finalement et en aparté, pour ceux à qui le martial industrial donne des guilis, l’ambiance rouleau-compresseur et hache à deux mains du Rêve me rappelle furieusement les hymnes bombastiques de Triarii, future légende du genre. Les détails se résument au sein de l’incroyable On Wings Of Steel de leur dernier album Pièce Héroique.

Donc : à ne pas mettre entre des mains trop simples ou facilement choquées, Rêve de fer ne permet ni le premier degré, ni le second.

Quatrième de couverture
Et si, écœuré par la défaite allemande en 1918, Adolf Hitler avait émigré aux Etats-Unis ? S’il s’était découvert une vocation d’écrivain de science-fiction ? S’il avait rêvé de devenir le maître du monde et s’était inspiré de ses fantasmes racistes et belliqueux pour écrire Le Seigneur du Svastika, un roman couronné par de prestigieux prix littéraires ? Etonnante uchronie et terrifiante parodie, Rêve de fer est une dénonciation sans appel et sans ambiguïté du nazisme.

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Rêve de fer

de Norman Spinrad
Titre original: The Iron Dream (traduction de l’américain par Jean-Michel Boissier)
Préface : Roland C. Wagner
Éditeur : Editions Gallimard (2o mai 2oo6)
Collection : Folio SF
Format : Poche - 382 pages
ISBN : 2070320529
XLII - exliibris

Voilà un papelard qui ne devrait pas déplaire à notre chroniqueur chéri-honni, dernier mais digne représentant du regretté Bos primigenius. Trêve de dithyrambe et autres billevesées, venons-en aux faits.

Il est de notoriété publique que notre cher webmestre accuse quelque faiblesse à l’endroit du geek et néanmoins génial écrivain de essèfe briton Charles Stross. Eh bien l’autre jour, en me baladant à la fraîche parmi les sites les plus recommandables de la blogosphère, ne tombé-je pas sur un pavé de nostre ami d’Édimbourg, ou plutôt sur le compte-rendu de la traduction de l’une de ses sécrétions scripturales. Petit historique.

De novembre 2001 à novembre 2002 (si j’en crois mes notes), Stross publie dans Spectrum SF (numéros 7 à 9) un roman-feuilleton, The Atrocity Archives. En mai 2004, chez Golden Gryphon, il réédite ce court roman en y ajoutant un deuxième récit, The Concrete Jungle. En janvier dernier, le bouquin sortait à nouveau chez Ace Trade. Puisque nous nous entêtons, contre vents et marées, à causer françois (ou plutôt ce qu’il reste de cet idiome), n’hésitons pas à entrer par la « petite » porte, celle d’un éditeur lutécien, Robert Laffont.

Premier livre du sieur Stross traduit en gaulois dans la fameuse collection Ailleurs et demain (trad. de Bernard Sigaud), Le bureau des atrocités semble être un drôle de bouquin ou, plutôt, un bouquin drôle — un informaticien, Bob Howard, bosse pour ledit Bureau des atrocités. Il a appris que les nazis ont failli gagner la Seconde guerre mondiale en pratiquant quelques sacrifices humains et autres évocations du malsaint (!) Patron. Howard a pour mission de retrouver une chercheuse rousse (!!) aux États-Unis. Ce faisant il découvre une mystérieuse organisation nazie qui aurait survécu dans un autre monde grâce aux mauvais soins de quelques esprits fort malins.

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas encore lu cet ouvrage à première vue succulent ; mais, l’appétit grandissant, j’avais envie de partager cet engoûment avec nos fidèles lecteurs par le truchement de quelque mise en bouche. Comme je ne veux pas faire le méchant, je vous livre aussitôt la notice de Publishers Weekly :

Lovecraft’s Cthulhu meets Len Deighton’s spies in Stross’s latest, as the Scottish author explains in his afterword to this offbeat book offering two related long novellas, “The Atrocity Archive” and “The Concrete Jungle” (the latter previously unpublished). With often hilarious results, the author mixes the occult and the mundane, the truly weird and the petty. In “Atrocity,” Bob, a low-level computer fix-it guy for the Laundry, a supersecret British agency that defends the world from occult happenings, finds himself promoted to fieldwork after he bravely saves the day during a routine demonstration gone awry. With his Palm, aka his Hand of Glory (a severed hand that, when ignited, renders the holder invisible), and his smarts, he saves the world from a powerful external force seeking to enter our universe to suck it dry. In “Jungle,” Bob teams up with a cop, Josephine, to save the Laundry from a powermonger who seeks to stage an internal coup by using zombies as her minions. Amid all the bizarre happenings are the everyday trappings of a British bureaucracy. Bob gets called on the carpet by his bosses because he requested backup during an emergency without first getting his supervisor’s okay and filling out the requisite forms. Though the characters all tend to sound the same, and Stross resorts to lengthy summary explanations to dispel confusion, the world he creates is wonderful fun.

Ça fait envie, hm ?

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Charles Stross
Le bureau des atrocités
Traduction de Bernard Sigaud
Éditions Robert Laffont
Collection Ailleurs et demain No 191
Octobre 2004, 384 pages

Voyez comme votre serviteur se vautre dans la simplicité, la panse à l’air secouée par les vagues impies d’un rire aux spasmes nauséux. Deux articles à la queue l’un de l’autre, un quasi zeste d’ouroboros sur Neil Gaiman, que je n’avais jamais lu auparavant et qui remonte déjà dans mon estime à peine forgée.

C’est effectivement en visitant son site pour me (laissez-moi rire) documenter un tantinet avant de pondre mon précédent opus que j’ai heureusement trébuché sur A Study in Emerald, l’une des trois nouvelles offertes à la lie sur ledit site. Et là, paf ! Classique claquement de rotule, ou de gencive (ça revient au même), au rude contact du fameux parpaing de vingt de la surprise : une imparable uchronie lovecraftienne, et d’obédience steampunk de surcroît, qui, même si j’avoue ne pas encore l’avoir lu, me rappelle insidieusement L’Instinct de l’équarisseur de Thomas Day dont l’Horrible nous entretenait jadis.

Hmm, c’est très trucculent tout ça. Et teinté d’humour noir, voire émeraude, mais là je brode. Et hop :

A Study in Emerald .pdf

Le fameux zine Locus nous propose dans son numéro de 2oo6.o2 une liste de lectures pour l’année 2oo5, basée sur les notations de ses collaborateurs :

Recommended Reading 2oo5

Extraordinaire, j’en reconnais quelques-uns ! Je commence à avoir un pied dans la SFFFsF*#!!+?. On va bientôt penser que je suis tombé dedans quand j’étais encore plus petit.

Manifesto
This recommended reading list, published in Locus Magazine’s February 2006 issue, is a consensus by Locus editors and reviewers — Charles N. Brown, Gary K. Wolfe, Jonathan Strahan, Faren Miller, Russell Letson, Nick Gevers, Carolyn Cushman, Tim Pratt, Karen Haber, and Rich Horton — and other professionals, including Gardner Dozois, David G. Hartwell, Ellen Datlow, Kelly Link & Gavin Grant, and others. It takes at least two positive mentions to make the final list. Essays by many of these contributors are published in the February issue.

Merci Lucain.

Publiée dans Odyssey en 1998, Extracts from the Club Diary est une délicieuse uchronie aux parfums de ???? narrant la saga d’un Club anglais très particulier puisque voué à la découverte de l’origine de la dépendance de ses membres au café et à leur recherche du parfait caoua.

Tout commence en 1889, dans une ambiance très steampunk un peu à la Homunculus de J. P. Blaylock, avec ces maniaques des effluves noires qui décident de former un club exclusif pour élucider l’horrible mystère de leur obsession quasi freudienne. L’objet de leurs études, palabres et autres séances de touche-pipi caféinées, est poussé encore plus loin, franchissant des limites scandaleuses, au-delà de falaises dont je préfère taire ici le nom putride, quand ils décident de mettre leurs sciences combinées à contribution et se lancent éperdument dans la confection de la machine à café parfaite.

La saga nous guide ensuite jusque dans un futur relativement proche à travers les pages du journal tenu par le secrétaire du Club, s’arrêtant sur les étapes marquantes de l’histoire du XXe siècle et présentant pour chaque époque une emphase sur les progrès technologiques dérivés des inventions hurluberlues de nos suceurs de baies amères.

Je vote oui des deux mains, en rythme.

Extrait
For his part, Smith-Carrington was instrumental in obtaining for us a supply of the astonishing Wolf Coffee of Java on his expedition of 1893; this decoction is prepared by the passage of the beans through the gut of the rare Javanese cherry-eating wolf. The acids and other perfusions of the wolf remove the cherry and treat the bean itself to a most strange fermentation, following which the raw ejecta may be obtained from the spoor of the animal. The resultant bean, once cleansed, has a most astonishing and subtle flavour, quite unlike that of the same beans prepared by the traditional method of sun-drying the cherries. Sir Bosworth Hughes of the Royal Society is currently working to isolate the responsible reagents from the gut of the cherry-eating wolf; it is his hope that one day we shall be able to drink Wolf Coffee without the need for the lupine intermediary, so to speak. This is a matter of some importance to those of delicate sensibilities.
© 1998, Charles Stross

Et pour terminer, la mousse sur le ristretto : Coffee may up female libido.

Erwelyn.com a une excellente liste de bouquins (de films, de jeux et de BDs) de steampunk. J’ai surtout été remué par les ancêtres du genre réunis sous l’étiquette du proto-steampunk.

J’avais auparavant mentionné le dossier steampunk de LeFantastique.net.

Je venais de finir « La Lune seule le sait » de Johan Eliot, un ouvrage qui a réchauffé le périnée de nombreux apostats, dont certains avec qui je partage cette rambarde électronique. L’idée du livre m’a plu, un plaisir largement gâché, cependant, par une écriture en trois couleurs, une peinture à l’huile qui fatigue les yeux, et l’estomac. Même qu’on a un peu marre, parfois, de le lire, le Johan. On le voit venir de loin.

Alors, comme j’aimais bien la franche coloration des couvertures Folio SF, une brute mauve pâle qui ramènerait Mishima au phalanstère de la rue Lepic, j’ai laissé faire. Après tout, « L’Instinct de l’équarisseur » de Thomas Day promettait une magnifique recette.

Le début de l’ouvrage est remarquable. La fanfare court avec beaucoup de spontanéité, pas de faux plis, et surtout, pas de transpiration visible sous les bras. Sherlock Holmes et Sir Arthur Conan Doyle sont associés dans un alléchant caprice de temps diagonal et d’air méthanolé. Dans ses cent soixante-cinq premières pages, ce livre m’a conseillé d’être enthousiaste, et j’ai obtempéré avec le sourire.

Nanti d’une écriture fluide qui dispense l’humour comme on va acheter le pain, l’auteur nous donne envie de croire à beaucoup des haletantes mascarades de son ouvrage.

Mais voilà. Rome ne s’est pas bâtie en un jour, et c’est sans doute en revenant un peu trop tard du Monoprix que Thomas Day a rédigé la deuxième partie de son ouvrage. Chose rare, il ne restait plus de pizza surgelée aux anchois. Saperlipopette. Margarita. Dans la cuisine, le sucre était toujours à la même place. Mais où diable était ce poivrier ?

Voici les conditions frugales dans lesquelles le reste de la rédaction se concocta.

En gros, l’après-midi passe, et la pluie commence à tomber. A force de la voir passer, la fanfare, on finit bien par se rendre compte que les costumes sont mal coupés, que les boutons dorés sont en plastique, et puis la couleur… Bref, c’en est à un point que même les parents, fiers encore dix minutes auparavant, aimeraient que leurs enfants rentrent vite à la maison, et qu’on n’en parle plus.

Day n’a pas su imprimer à tout son ouvrage cette sale envie de faire trépigner le lecteur, de l’isoler dans un cabinet forestier, à en bénir les lentilles de la veille au soir.

Passé les émois frisés du début, voici qu’apparaît progressivement une idée saugrenue : Sir Arthur aurait fait un aussi bon boulot que Thomas Day, sûrement.

A noter la très exhaustive bibliographie en fin d’ouvrage, de nombreuses idées de lecture pour un monde verglacé de cathodisme, et puis la preuve que « L’Instinct de l’équarisseur » a tout de même été longuement soupesé et salé.

Sans rancune, donc.

Quatrième de couverture
Sherlock Holmes existe bel et bien ! Simplement il se trouve avec le professeur Watson sur une Terre parallèle ayant jadis reçu la visite des Worsh, des extraterrestres désormais parfaitement intégrés à la communauté humaine, qui bénéficie de leur technologie avancée ; et notre Conan Doyle, capable de se rendre sur cette autre Terre grâce à une invention de Watson, se contente dans notre monde de raconter les vraies aventures du célèbre détective - très édulcorées, cela va sans dire. Car Holmes, l’” Assassin de la Reine “, n’a pas grand-chose à envier aux monstres qu’il pourchasse… Le fabuleux trio, au fil de ses aventures, va devoir affronter pas moins de deux Jack l’Éventreur, et combattre l’infâme professeur Moriarty, ennemi juré de Sherlock Holmes, qui va tout faire pour découvrir la clé de l’immortalité - un secret qui se dissimulerait dans un bien mystérieux Instinct de l’équarrisseur…

T. Day > L’Instinct de l’équarisseur” /><br />
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L’Instinct de l’équarisseur
de Thomas Day
Éditeur : Gallimard (2004)
Collection : Folio SF
Format : Poche - 414 pages
ISBN : 2070426076

Dossier Steampunk

01.09.2005

Le que-je-viens-de-découvrir portail SF LeFantastique.Net a un excellent dossier sur le steampunk, ses origines, sa présence dans la littérature francophone et, bien entendu, une spéciale The Difference Engine.

C’est par la grâce du Lucain aux rebonds imprévisibles que je suis tombé sur l’incroyable La Lune seule le sait de Johan Heliot.

Jusque là, j’avais lu trop peu de steampunk pour avoir une idée d’ensemble, mais dès le premier bouquin du genre (The Difference Engine, de William Gibson et Bruce Sterling), j’ai instantanément compris que j’adorais cet environnement et son mélange d’uchronie et d’anté-technologique.

Avec La Lune seule le sait, mon engouement puéril s’est encore aggravé et s’est surtout confirmé en une obsession frénetique. J’ai rarement lu un bouquin qui me faisait applaudir, postillonner et sautiller sur place dans des lieux publics (un peu comme une lycéenne retrouvant ses copines à Shibuya environ une heure après la fin des cours). Une vraie pétasse à la verge de l’incontinence. Merci P&G.

Toutes ces débilités pour dire que La Lune… est absolument monstrueux, fantastique, soufflant, tout en étant à la fois rigoureux, technologique, inventif et divertissant. Sans parler de l’écriture qui est très riche et noble en restant légère et fluide. Un délice.

Ma mémoire-tampon s’étant encore trompée de semaine dans le mois et mon dernier backup datant d’avant le début de la lecture de La Lune…, je ne vais pas me lancer dans une critique de l’intrigue, ni des personnages, ni du choix de pseudo de J. Heliot. Ni d’ailleurs des tendances pédérastes chez les ragondins à pattes courtes du Saskatchewan. Pour un avant-goût de l’intrigue, lisez le 4e de couverture au bas de cet article.

Par contre, je me permets impunément de semer ici un nano-spoiler: la scène où Jules V., le personnage principal, se prépare pour sa première sortie sur la lune est sans hésitation mon moment préféré du bouquin. Cette scène contient tout ce qui me cause des guilis dans le short: chair, acier, technologie débridée où se mélangent de la gelée isolante d’insectoïde, des pondeurs d’aliens convertis en systèmes respiratoires quasi-autonomes, un Jules subjugué et un lecteur bavant sa jouissance sur son voisin de banquette de bus. La verve de J. Heliot nous y fait croire tout naturellement, presqu’aussi simplement qu’une tartine au Vegemite, et encore mieux qu’une mélopée de Claude V. avec une ECG plate.

Je ne peux donc que m’admettre vaincu, les deux genoux à terre, la queue entre les jambes et le dithyrambe pendouillant franchement au bord de mes lèvres pupleuses. La Lune seule le sait est mon succube, mon kanashibari du moment.

Quatrième de couverture
Printemps 1889. Un vaisseau hybride de chair et de métal fait irruption dans le ciel de Paris, stupéfiant la foule venue célébrer la clôture de l’Exposition universelle. L’humanité entre en contact avec les extraterrestres Ishkiss et découvre une technologie qui surpasse ses rêves les plus fous. Dix ans plus tard, l’Europe s’est transformée grâce à l’alliance rendue possible entre la vie et le métal. Pourtant, la révolte gronde, menée par les artistes et les écrivains exilés en Amérique. La science fabuleuse apportée par les créatures d’outre-espace est devenue un instrument d’oppression entre les mains de l’Empereur français. Les droits des peuples sont bafoués, les opposants déportés grâce à la nef ishkiss vers le nouveau bagne que Louis Napoléon vient d’inaugurer dans les entrailles de la Lune. Quels sont les véritables desseins des alliés du maître de l’Empire ? La réponse offre la clé de l’éternité. Un seul homme sur Terre est peut-être capable de l’entrevoir : celui dont les rêves à présent dépassés ont à longueur de pages fasciné ses semblables… La Lune seule le sait a été récompensé par le prix Rosny-Aîné 2001 du meilleur roman de science-fiction francophone.

J. Heliot > La Lune seule le sait” /><br />
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La Lune seule le sait
de Johan Heliot
Éditeur : Editions Gallimard (8 octobre 2003)
Collection : Folio Science Fiction
Format : Poche - 365 pages Éd. rev. édition
ISBN : 2070421902


Complément d’infos

En surfant pour trouver des infos sur Johan Heliot, je suis tombé sur un blog qui faisait justement une critique élogieuse de La Lune seule le sait et où J. Heliot lui-même a pondu un commentaire. Il y laisse des conseils de lecture pour les plombés de steampunk:

Hello,
Je tombe avec suprise (agréable !) sur cette page, alors je me permets d’y ajouter quelques conseils de lectures, pour ceux que le steampunk aurait conquis : toujours chez mon éditeur, Mnemos, “L’instinct de l’équarisseur” de Thomas Day (sorti en Folio SF), où on découvre un Sherlock Holmes pas très orthodoxe (en vrai, ça dépiaute à donf !), “La Ligue des Héros” et “L’Ere du Dragon” de Xavier Mauméjean, un véritable comics littéraire rien qu’avec des mots (et quelques images aussi !). Ailleurs, je conseille “l’Equilibre des paradoxes” de Michel Pagel (paradoxes temporels à la veille de la première guerre mondiale, beaucoup d’humour et très rock !), reparu récemment chez Denoël, collection Lunes d’Encre, et “La cité entre les mondes” (ambiance africaine et Agatha Christie plus extra-terrestres…) de Francis Valéry, en Présence du Futur, faut fouiller chez les bouquinistes hélas… Ben voilà, pour les auteurs français. Sinon, les puristes se jetteront sur les romans fondateurs du genre, “Les voies d’Anubis” de Tim Powers, total chef d’oeuvre, “Homonculus” de James Blaylock, tous deux en J’ai Lu. Bonne lecture ! - Commentaire de Johan Heliot sur tigroux.net.