Morceaux choisis de Nippon 2007
06.09.2007
Ce week-end, à Yokohama, dimanche succédait péniblement à samedi.
Les premières conférences s’éveillaient vers dix heures, au ralenti. L’affluence encore maigre en disait suffisamment sur la soirée de la veille.
Dès la fin de la cérémonie des Hugos, les room parties (fêtes de chambre?) commençaient à chauffer à petit feu pour peu à peu s’engorger d’une foule résignée à célébrer le fandom science-fictif. De toute évidence, les couloirs et chambres de l’hôtel Intercontinental n’avaient pas été conçues pour accueillir telle assemblée, d’où la température rapidement insupportable, qu’on nous invitait à calmer à coup d’alcool fort. Du sake, dans les chambres nippones (la majorité), ou de l’akvavit, dans le coin suédo-norvégien.
Trop de monde, trop d’alcool, trop de fans bruyants et trop peu d’auteurs.
Malgré les effectifs statistiquement internationaux, la foule était en réalité assez nettement scindée en deux groupes: les japonais, et les autres. La barrière linguistique était encore une fois à l’oeuvre, malheureusement. C’était par ailleurs déjà le cas durant les conférences, rarement bilingues, ce qui aura empêché à maintes reprises les curieux de découvrir les recoins obscurs de la SF nippone, débattue en long et en large, mais sans sous-titres.
J’espère de tout coeur que les organisateurs de la WorldCon 2009 à Montréal (félicitations!) y prêteront une attention toute particulière!

Room party sur tatami.
Ce matin-là, donc, pour se mettre l’eau à la bouche, une conf’ discrète en compagnie entre autres de Pat Cadigan, Jire E. Goezen et Takashi Ogawa (traducteur de Bruce Sterling), sur le thème du cyberpunk vu par différentes cultures. En l’occurrence, le Japon, l’Allemagne, les USA et l’Angleterre.
On en retiendra surtout le constat assez frustrant des deux critiques germaniques qui, sans trop simplifier, qualifient la science-fiction allemande contemporaine de daube commerciale, s’inspirant largement des succès anglo-saxons sans jamais même approximer de loin de leur qualité. Une manière peut-être de rattraper le retard acquis durant la Guerre Froide, lorsque le cyberpunk était snobé au profit de classiques venus de l’Est, en grande partie en raison de la qualité lamentable des traductions de l’anglais.
Au Japon, en revanche, le cyberpunk avait rapidement attiré l’attention. Un engouement directement lié au boom technologique qui avait marqué la société en parallèle, ce même boom qui a fait du Japon une culture plus “futuriste” que bon nombre de romans de science-fiction contemporains.
Les grands écarts entre nos différentes cultures expliquent facilement les approches très différentes qu’ont chaque milieu vis-à-vis de la science-fiction. Et plus intéressant encore, chaque pays possède sa propre perception des SF étrangères, souvent assez éloignée de celle des auteurs eux-mêmes.
Petite note pour ceux qui affectionnent cette discussion récurrente: oui, les américains sont parfaitement au courant de l’amour inconditionnel et relativement unique des francophones pour Philip K. Dick. Ou du moins, Pat Cadigan l’est.

Takashi Ogawa, Pat Cadigan, Jire E. Goezen, un autre allemand aux cheveux verts, et une traductrice.
Chaque conférence crée sa propre dynamique, son propre esprit, en fonction de son thème, de ses invités et de son public.
Celle débattant de l’intégration de la science et de la religion dans la SF&F, par exemple, dégageait un sérieux à traumatiser un théologien en deuil. Une discussion riche, profonde et complexe, enrichie par les avis divergents de ses participants: Robert C. Wilson, clairement trop intelligent, ou Lisa C. Freitag, d’une intensité tragicomique assez effrayante.
L’occasion unique d’entendre des suggestions assez surprenantes, comme celle de “lire la Bible comme un roman de SF” (Wilson); ce qu’il a fait, et de conclure que ce n’est pas de la très bonne SF, trop incohérente et compliquée.
L’occasion, aussi, d’observer une espèce de substrat concentré du public de cette WorldCon, entre la religieuse extrémiste du fond des USA, le couple obèse mais discret qui écoute attentivement en prenant soin de ne pas s’en mêler, et un espèce d’engagé fanatique, borderline autiste, qui alimente et enrichit le débat de propos parfaitement incohérents.
Un sujet évidemment polémique que les auteurs dissèquent avec cet outil inattendu qu’est la science-fiction, démontrant une fois de plus la puissance de cette littérature de l’imaginaire conjectural. Mais un outil néanmoins compliqué, qui emporte le débat sur la limite très fine entre épiphanie et absurdité.

Un robot fan de science-fiction.
Ailleurs et plus tard, un auditorium bondé accueillait l’interview de Ted Chiang, la star à la biblio aussi flamboyante que rachitique. Son interlocuteur, un physicien japonais, n’a pas manqué pas de le relever, plusieurs fois, dans un anglais laborieux. En fait, Chiang semblait avant tout s’excuser d’un succès qu’il n’avait pas demandé, cherchant lui aussi des mots qu’il doit préférer écrire qu’expliquer.

Beaucoup de japonais et un seul Ted Chiang.
La Masquerade conclusive était, pour tout dire, plutôt décevante. Forcément, dans un pays où se côtoient à tout bout de champ des femmes en kimono et des écolières habillées en soubrettes avec des cheveux roses et des pupilles de vampires, il ne suffit pas de se coller trois plumes sur les joues pour faire original. On retrouvait bien quelques design style anime japonais, mais au final, ce n’était guère plus impressionnant qu’un dimanche comme les autres sur le pont de Harajuku. Ou des soirées dans clubs tokyoïtes.

Ou pourquoi les paysans japonais ont peur des robots.

Ou ce qui arrive quand on joue trop à la poupée.
Une petite consolation suivait toutefois le court défilé: un quatuor de ninjas de démonstration, s’affrontant à l’épée, au double-sabre, au bâton, bref toutes les armes que vous avez vues dans les deux derniers Tarantino, auxquels certains membres de la troupe ont d’ailleurs participé.

Les tortues n’ont qu’à se rhabiller.
La convention terminée, on peut regretter une organisation aussi impeccable qu’impersonnelle, dans un espace n’invitant pas vraiment à la rencontre et l’échange. On aurait aussi espéré une mise en avant plus fière de la science-fiction japonaise et des débats anglo-nippons plus flamboyants. Mais comme on le sait, le mieux est l’ennemi du bien, et Nippon 2007 l’était tout à fait, bien. Et très intéressante, tant par ses débats originaux que ses rencontres uniques et inattendues. Si vous n’en avez pas encore assez vu, rendez-vous sur notre galerie Flickr de Nippon 2007!
Reste maintenant à déguster le butin du week-end, dont le flambant neuf recueil “Speculative Japan: Outstanding Tales of Japanese Science Fiction and Fantasy”.

Quand Star Trek rencontre la tradition nippone… je vous laisse imaginer la progéniture. Un(e) futur(e) fan de SF!
Nippon 2007 en images
03.09.2007

Nippon 2007 dans toute sa grande splendeur. Photo Les Xénobiophiles, 01.09.2007
Il doit désormais être de notoriété publique que deux joyeux drilles de l’équipe des Xénos ont rejoint les hordes anonymes de geeks et de nerds pour cette orgie S.-F. qu’est l’annuelle Worldcon. Pour la première au Japon (et en Asie), les organisateurs ont choisi le site de Minato Mirai à Yokohama pour se vautrer dans cette typique ambiance cyberpunk qu’ont pas mal d’endroits au Japon.

Le centre de conférences Pacifico Yokohama avec les courbes généreuses de l’hôtel Intercontinental en arrière-plan. Photo Les Xénobiophiles, 01.09.2007

Une autre vue du Pacifico Yokohama et de l’Intercontinental. Photo Les Xénobiophiles, 01.09.2007
En fait, en parlant de hordes, je devrais plutôt parler de petites bandes, car, comme tout le monde s’y attendait certainement, le centre de conférences Pacifico Yokohama ne débordait malheureusement pas de visiteurs, dû notamment au fait que Nippon 2007 était justement au Japon et que la plupart des fans, ainsi que quasi tous les lauréats des divers prix Hugo d’ailleurs, ont financièrement boudé la chose du bout de leurs nez trop éloignés du rêve. L’avantage fut que les auteurs présents étaient bien plus accessibles qu’on aurait pu le penser :

Les Xénos bavant autour d’une table de rêve. De gauche à droite: flou artistique, Robert Silverberg (sic !), Patrick Nielsen Hayden (éditeur), Alice (compagne de Cory Doctorow), Cory Doctorow (auteur-bloguer-altruiste), Charlie Stross (auteur), Theefer (collaborateur des Xénos) et Hau Ruck ! (collaborateur des Xénos, invisible et derrière son vieux DMC-FX9).
Sinon, empêtrés dans les mailles extrêmement serrées du truculent programme, nous avons eu la chance de suivre 2-3 discussions très intéressantes dont voici quelques extraits filmés d’une main tremblante d’émotion :
Is science fiction necessary? (montez le son et sortez votre méthode d’anglais, c’est de la faute au DMZ-LX9)
Vidéo Les Xénobiophiles, 01.09.2007
Discutant du rôle de la S.-F. et de son avenir, on retrouve de gauche à droite: Inge Heyer, la remplaçante de Peter Heck (auteur) dont j’ai complètement oublié le nom, Robert Charles Wilson (auteur, lauréat du Hugo 2006 pour le meilleur roman avec Spin) et Paul Cornell (auteur et source principale des éclats de rire de cette discussion). Vous aurez également remarqué en passant un exemple effarant de la camaraderie qui existe entre les fans et leurs idoles. Cet ancêtre du fandom qui se lève pour ajuster le nom de Robert Charles Wilson est tout simplement émouvant. Merci Nippon 2007.
Mundane or Transcendent? (1ère partie)
Vidéo Les Xénobiophiles, 01.09.2007
Mundane or Transcendent? (2e partie)
Vidéo Les Xénobiophiles, 01.09.2007
Là, le sujet, et surtout son énoncé, était un tantinet plus précis et geeky que le précédent, avec de gauche à droite Patrick Nielsen Hayden (éditeur), Charlie Stross (auteur geek par excellent), Cory Doctorow (auteur-bloguer-altruiste) et Robert Silverberg (auteur-légende old school mais qui a bien tenu la route). Le débat a tourné autour de la S.-F. « mondaine », qui essaie de décrire un futur proche le plus réaliste et plausible possible et la S.-F. « transcendante » qui se consacre à un futur beaucoup plus éloigné avec de nombreux éléments fantastiques moins proches de notre réalité. Avec les occasionnels apartés sur Robert A. Heinlein (?*!!).

42. Photo Les Xénobiophiles, 01.09.2007
On signalera en passant que la Worldcon est également un haut lieu de la mode mondiale.

Le cosplay permet aux moins jolis d’entre nous d’être aussi pris en photo. Photo Les Xénobiophiles, 01.09.2007
Les Hugo Awards
La cérémonie de remise des prix Hugo s’est avérée un chouya bizarre car aucun lauréat, si mes souvenirs ne me jouent pas de mauvais tours, n’était présent à Yokohama. Même pas Vernor Vinge, réceptacle du Hugo du meilleur roman pour Rainbows End. Heureusement que Georges Takei, Ultraman et ses potes étaient là pour nous redonner des guilis dans le slip.
- Meilleur roman : Rainbows End, Vernor Vinge
- Meilleure novella : A Billion Eves, Robert Reed
- Meilleure novelette : The Djinn’s Wife, Ian McDonald
- Meilleure nouvelle : Impossible Dreams, Tim Pratt
Voici la liste complète des Hugo 2007.
Vidéo Les Xénobiophiles, 01.09.2007
Vidéo Les Xénobiophiles, 01.09.2007
Sinon, pour conclure, Arte pense apparemment faire un sujet (date encore inconnue) sur la Worldcon pour son émission Tracks vu que les deux reporters qui s’étaient dépêchés sur place ont interviewé vos deux serviteurs sur le parvis de Minato Mirai, en cette belle nuit de 1er septembre. On verra bien l’horreur du résultat :

Les Xénos au quasi complet, heureux avec Cory Doctorow (tout à gauche, Hau Ruck ! au milieu et Theefer à droite).
Retrouvez toutes les vidéos des Xénos à Nippon 2007 ici.
Jean-Pierre Vaufrey > Technokarma
16.08.2007

Moneta. Photo © Jean-Pierre Vaufrey, 2007
Né à Morteau, dans le département du Doubs, Jean-Pierre Vaufrey vit aujourd’hui à La Chaux-de-Fonds, « la plus gothique des villes romandes » selon les dires d’un ami. Depuis une quinzaine d’années, ce sculpteur — qui cultive l’humilité — expose ses œuvres tant en Suisse qu’à l’étranger (notamment à la Maison d’Ailleurs d’Yverdon et aux Utopiales de Nantes).
Jean-Pierre a travaillé sur l’un des projets de Hans Ruedi Giger : le Garden Ghost Train, un train fantôme privé construit dans le jardin du Maître suisse de l’horreur science-fictive. Il a aussi conçu le bar d’un club de rock chaux-de-fonnier, des décors de films, des costumes de carnaval et une kyrielle se sculptures d’acier dont tous les amateurs de SF rêvent d’orner leur salon.
Bref, découvrez sans plus tarder le site Internet de ce chirurgien de l’acier, de ce magicien du chalumeau, et priez Héphaïstos qu’un jour vous puissiez contempler ses œuvres in vivo.
Baleine, Poulpe et autres monstres
16.05.2007
En 2003, après quelques faillites à répétition, les éditions Baleine se faisaient racheter par le Seuil. L’année suivante, un seul titre paraissait chez le maladif mammifère marin qui, au travers de la collection du Poulpe, avait lancé auparavant un joyeux (mais inégal) renouveau du polar francophone (aucun auteur n’étant édité deux fois au sein de cette série qui mettait en scène le fameux Gabriel Lecouvreur).
La semaine passée, lors de notre passage aux Imaginales, nous découvrions des bouches de MM. Heliot, Lebeau et Mauméjean que les éditions Baleine lançaient ce mois une nouvelle collection : Le Club Van Helsing (CvH ; il s’agit, vous l’aurez compris, du nom de ce professeur hollandais vampirocide inauguré par Bram Stoker).
Chacun des ouvrages du CvH réveillera un ancien monstre d’origine légendaire, littéraire ou cinématographique, lequel se verra combattu, comme dans un thriller fantastique, par un chasseur appartenant audit CvH. À l’instar des séries étasuniennes, les ouvrages sortiront par saison. Du coup, cinq bouquins à dix euros chacun débarquent ces jours dans les étals de nos libraires favoris (et donc défavorisés) :
- Gold Gotha, Guillaume Lebeau
Mickey Monster, Denis Bretin et Laurent Bonzon
Question de mort, Johan Heliot
Les Griffes de l’ennui, Jean-Luc Bizien
En Lettres de feu, Maude Tabachnik
Cela dit, inutile pour l’instant d’arpenter la Toile, car à l’heure où tombe ce cyberpapier, ni le site des éditions Baleine, ni la page du Club (coquille vide), ni même l’adresse du Seuil (en travaux) ne présentent lesdits ouvrages. Si votre libraire sent le moisi, armez-vous donc de gélules d’ail, d’un AK-47 à balles d’argent et… de patience.

Confocal Microscopy, image © University of Delaware, 2004
À tout seigneur tout honneur. Pas plus tard que vendredi passé, notre Administrateur xénobiophilique, Garde des Marches du Levant, Hérault des Armées de l’ombres et blogueur émérite publiait une hagiographie utopodienne digne de la Geste de sire Arzur Pendragon. Rendons-lui la politesse et annonçons l’avènement du plus abominable, du plus suintant, du plus profond et donc hautement passionnant blogue science-fictif : Under Vhoorl’s Shadow (traduisez : « À l’ombre des vieux poulpes en fleur »).
Tout le monde connaît le sieur Howard Phillips Lovecraft, hm ? Dans le doute, je m’en vais tout de même commettre un petit rappel des faits :
Le petit Lovecraft rêvait de devenir astronome, mais il ne put jamais suivre de formation universitaire, et pour cause : une dépression nerveuse l’empêcha d’achever ses études secondaires. L’impossibilité de parfaire sa formation fut, sa vie durant, une grande source de frustration. Si Lovecraft affûta ses premières armes littéraires en poésie, il se consacra, dès la fin des années 1910, à l’écriture de nouvelles fantastiques.
En 1924, il épousa Sonia Haft Greene et déménagea à Brooklyn. Le couple ne parvint pas à faire face à ses difficultés financières ; c’est sans doute de cette époque que datent les conceptions racistes et paranoïaques de Lovecraft, ce dernier ne comprenant pas qu’un homme de « race blanche » tel que lui fût incapable de trouver du travail au milieu d’une population immigrée et… laborieuse. Le mariage ne dura pas et Howard s’en retourna dans le Rhode Island chez l’une de ses tantes.
Les années qui suivirent son retour à Providence furent les plus prolifiques de sa vie. Il publia bon nombre de ses œuvres dans les colonnes des pulps, notamment Weird Tales. Bien qu’il produisît à cette époque ses textes les plus fameux, la misère ne le lâcha pas d’une semelle. En 1936, alors que Lovecraft souffrait de malnutrition, on lui diagnostiqua un cancer de l’intestin qui l’emporterait l’année suivante, le 15 mars 1937.
Le maître de Rhode Island est aujourd’hui encensé, adulé malgré ses zones d’ombre (à chacun son Céline), pour avoir créé l’un des plus célèbres mythes modernes : celui de Cthulhu, créature tentaculaire et divinité déchue du lointain système de Xoth. Cela faisait belle lurette que notre Ami Hau Ruck (prononcez « Hhaou’ Rrouqr ») tournait autour du pot lovecraftien, ses doigts le démangeant comme ceux de l’inspecteur louisianais John Raymond Legrasse. L’écho crépusculaire d’une affreuse litanie (Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn !) torturait à tel point son esprit fiévreux qu’il allait à son tour réveiller le titanesque syndic de R’lyeh.
Le frénétique — et néanmoins génial — créateur des Xénobiophiles lança donc, en février dernier et à son corps défendant, un blogue consacré exclusivement aux gargouillis délétères des Grands Anciens. Afin de respecter le sabir dans lequel s’exprimait l’antiprophète de Providence, notre ami oublia la langue de ses ancêtres ; c’est donc en anglais qu’il rappellera régulièrement à l’ordre la horde des adorateurs médusés, hébétés dans la scansion sempiternelle de ce mantra sybillin :
Aujourd’hui, heureux d’assister à la naissance d’un nouveau site horrifique, admiratif devant une telle confession de foi, inquiet cependant devant la montée en puissance de la Chose lovecraftienne (tremblez, tremblez, pauvres pécheurs !), je ne peux que vous encourager à risquer vos mirettes under Vhoorl’s shadow, c’est-à-dire dans le coin le plus sombre de la Toile…
An Exhibit Of Unspeakable Things
20.03.2007
C’est hallucinant ce que personne ne me tient au courant dans ce monde de brutes épaisses. Il a fallu que je retourne sur Monster Brains par hasard, dont nous vous parlions un peu plus tôt, pour découvrir avec une putride horreur cosmique que notre Maison d’Ailleurs préférée planifie une exposition basée sur The Commonplace Book de H. P. Lovecraft :
“An exhibition of unspeakable things” is an exhibition project of the Maison d’Ailleurs, Museum of science fiction (in Switzerland), based on a text by writer H. P. Lovecraft, the Commonplace Book. This work by Lovecraft, consisting of ideas to be developed at a later date, will be used as the basis for illustrations produced by brilliant comics authors/illustrators. The exhibition will present more than one hundred original works by artists whose only common ground is to be willing to embark on such a delirious journey.
Plus d’infos alléchantes et administratives chez Monstrer Brains.
Merci Under Vhoorl’s Shadow.
Archives Lovecraft
18.03.2007
The Temple of Dagon vient d’annoncer la réouverture de sa section contenant des nouvelles, poèmes et autres écrits du Grand Maître poissonneux lui-même. Une vraie orgie de délices putrides :
Merci Under Vhoorl’s Shadow.
H. P. Lovecraft Week at Monster Brains
23.01.2007

Moon Beasts - © Jeff Remmer
Le blog artistique Monster Brains a lancé une semaine H. P. Lovecraft et c’est pas de la tarte de poulpe. Du très beau monde au portillon. Dont Michael Komarck qui nous présente d’ailleurs aussi d’autres merveilles sur son site bien à lui.

Spawn of Cthulhu - © Michael Komarck, 2oo4
Merci Taro.
Charles Stross > The Atrocity Archives
29.11.2006
Hmmm. The Atrocity Archives… ? Pfff. Charles Stross… ? Ça ressemble à une vieille choucroute mal réchauffée qui aurait sauté l’étape de la réfrigération, non ? Et en fait c’est bien de ça qu’il s’agit : notre Tifnord bien-aimé s’était déjà attiré les foudres vengeresses de notre plus fidèle commentateur en parlant des Atrocity Archives de C. Stross sans avoir daigné au préalable caresser ce Grand’Œuvre de ses mirettes encore bien humides derrière les oreilles. Tout ça pour flatter votre serviteur dans le bon sens. Ah l’amitié, la fourbe.
Mais que fichtre fait la police dans cette blogosphère ?! Car nous sommes bien en face de ce que votre bovin expat’ aime à considérer comme une horde farouche de guilis dans le slip. Et pas des moindres : je parle bien de ceux à deux mains appliqués de l’intérieur (de bas en haut par habitude) que toute vessie adulte abhorre loin au-delà des montagnes du cauchemar que se plaît à fabriquer la faible imagination humaine pour passer le temps.
Le papier de notre Héraut du Permafrost étant bien plus touffu qu’une vache maigre apeurée dans un coin sombre d’un parc anglais les sabots enfoncés dans une herbe mi-haute glacée de rosée pré-matinale, je ne vais pas vous la refaire en changeant de main.
J’avais simplement envie de partager mon enthousiasme sans limite pour quasiment tout ce que nous pond ce nerd de la S.-F. hybride auquel j’ai déjà vendu mon âme pour trop peu. Et mon corps suivra tantôt sans trop de doutes amers.
En bref, si on aime la bonne S.-F. qui tient la route, teintée ici d’horreur lovecraftienne, là de romans noirs d’espionnage anglais, et encore un peu loin sur la gauche de cauchemars de sysadmin de base, en n’oubliant pas de passer par une pincée d’uchronie, on aime aussi The Atrocity Archives. On peinera même à résister à la maligne tentation de remplacer la chaleur humide de la matrice maternelle avec ce concentré de beau, bon, délicieux et bestial que sont les AA. Merci quand même maman.
Très très formidable pour ceux pour qui sont nés les Xénos.
(Et je ne vous ai encore même pas parlé d’Accelerando, autre monstre difforme de brillance enfanté par Stross. A juste titre car Accelerando mérite bien plus qu’une simple lecture. Une double ration diluée dans quelques gouttes d’eau pure s’annonce déjà si délicieuse que mes mollets en frémissent d’impatience engoncés dans mes fines chaussettes anti-economy class syndrom. Réjouis-toi populace assoiffée de sueur et de sang !).

The Atrocity Archives
de Charles Stross
Éditeur : Ace Trade (3 Janvier 2oo6)
Format : Poche - 368 pages
ISBN : 0441013651
L’honorable Escape Pod, souverain pontif des podcasts S.-F. et bientôt référence du genre si ce n’est déjà fait, nous embaume de temps en temps avec des chroniques/revues/critiques de films de derrière des fagots dont je préfère taire la cosmique terreur.
La dernière (2006.08.21!) mouture de ces EP Reviews nous vient du vénérable Dr. Sullivan, sorte de brilliant dandy au cynisme et à l’humour d’autant plus décalés que sa voix semble facturée pour éveiller le côté féminin en chacun de nous autres mâles humains, l’humidité en moins bien entendu.
En partant de Full Metal Yakuza, un film du japonais Miike Takashi, le réalisateur japonais le plus dégoûtant du moment, et en le comparant avec RoboCop, le Docteur traite du mythe de Frankenstein et de ses moultes versions/reprises/part II avec une aisance aussi dérountante que brève. C’est de loin l’une des meilleures revue/critique de film ever. Un pur délice qui n’a rien, mais alors rien du tout, avoir avec les miasmes habituellement putrides de vos serviteurs xénobiophiles.
J’adore ces gens qui me poussent entre les griffes des tétines chaudes et malsaines d’une frénésie compulsive de soif d’en savoir plus, sans que je prête plus gare à l’épée émoussée du divorce et de la déchirure familiale qui pendouille comme une parodie obscène de la vie au-dessus de ma tête à l’aérodynamisme progressif. Ouf alors.
Jonathon Sullivan MD, PhD, practices Emergency Medicine at Detroit Receiving Hospital, and conducts cerebral resuscitation research at Wayne State University. His fiction has appeared in Bones of the World, 3SF, and Maelstrom. He lives in Farmington Hills, Michigan, with his wife Marilyn, a.k.a Karuna, the Bodhisattva of Infinite Compassion.
Notre désormais méta-prolifique Tifnord se plaignait, non sans justification, de notre manque de strabisme du côté de l’Asie, cette grande sœur dont les formes généreuses abreuvent les membres des Xénos depuis une bonne quinzaine d’années déjà. Et il a bien raison, notre héraut du permafrost en retrait. C’est pourquoi je, soutenu par ma bovine personne, m’en vais vous asperger d’une autre rasade de slime (à prononcer [slim] par les Biennois) aux relents de marée montante, ignorant copieusement les jérémiades de mon ur-compagnon de S.-F..
Donc, ma liste d’articles-à-faire était peuplée depuis plusieures conséquentes lurettes de moults sites/ouvrages consacrés à H.P.L. et au Mythe de Cthulhu qui méritaient tous une mention dans nos colonnes. Or, plutôt que de pondre un article par entité, la spontanéité, mère de ma créativité sans bornes, m’a poussé a tout empaqueter dans un gros même papier sans gêne.
Plouf :
The Official Cthulhu Mythos FAQ
Des FAQ assez succintes mais très utiles sur le mythe. On osera également consulter Wikipedia pour plus de détails et plus si affinité.
Very carefully.
Cthulhu Mythos Timeline
Une trame chronolgique du mythe depuis -2 trillions à +1 milliard.
The Lurker in the Lobby
Site basé sur un bouquin, qui analyse les traces grasses des doigts oblongs de Lovecraft au cinéma et à la télévision. Ce qui me rappelle que j’avais adoré Re-animator [1985] [IMDb] en d’autres éons plus chevelus.
![Re-animator [1985] - Herbert West](http://www.3x6.net/sf/wp-content/uploads/2006/08/reanimator.gif)
Cthulhu for president
Est-il besoin de commenter ce lien ? Hein ? Bon.

Tales of the Plush Cthulhu
Pour les âmes les plus facilement sensibles d’entre nous. Un chouette conte de Cthulhu raconté en finesse et avec brio au moyen de jolies petites peluches toutes chous. Très drôle et profondément débile.

his house at R’lyeh dead Cthulhu waits dreaming.’ Do not disturb Him,
or you will doom us all!”
Livres [ndlr: Attention lecteur sensible ! Par un mauvais jet du sort, votre rédaction préférée n’a pas encore lu ces livres et vous les présente quand même]
The Necronomicon Files - The Truth Behind Lovecraft’s Legend
de Daniel Harms
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Éditeur : Weiser Books (août 2oo3)
Format : Broché - 342 pages
ISBN : 1578632692
Une étude exhaustive sur le Necronomicon sous toutes ses formes.
The Encyclopedia Cthulhiana: A Guide to Lovecraftian Horror
de Daniel Harms

Éditeur : Chaosium, Inc. (juillet 1998)
Format : Broché - 423 pages
ISBN : 1568821190
LE guide sur tout ce qui touche à tout.
Merci d’avance pour vos cadeaux par milliers.
Merci The Website at the End of the Universe, et alii.
Cthulhu > le film moderne
03.08.2006

Voici un film moderne sur notre Grand Ancien chéri. Ca s’annonce déjà probablement moins pittoresque et plus cher que The Call of Cthulhu, dont nous vous parlions il y a des très belles lurettes, mais comme tout ce qui touche à H. P. Lovecraft se transforme en beaume à mon petit cœur palpitant, je me permets d’en faire mention en ces putrides pages avant même que la bête ne sorte officiellement.
Le site
Le trailer
Le blogue
La fiche IMDb
Et même si le film s’avèrera être de la daube de ragondin avariée, il aura permis à Tori Spelling de retrouver une once de boulot pour un instant et en dehors d’une série méga-produite par son vieux papa. Mais c’est fou ce qu’elle a une gueule de Profond, cette petite.
Cthulhu is loosely based on the works of Howard Phillips Lovecraft (1890-1937), in which we are introduced to the Cthulhu mythos, an elaborate cosmology of incomprehensibly alien gods able to move between dimensions whose existence dwarfs and will soon destroy humankind, The Cthulhu itself, whose name is only an approximation of inhuman speech, has lain asleep on the ocean floor since the dawn of time and is being summoned by human and half-human followers to rise and claim the world. Like many others, we believe this agenda is being pursued by those who live among us innocuously, but whose actions promote sprawl, pollution, climate change and war.
We’re also into the gay stuff, so there’s some of that as well.
Mythos Wiki
14.07.2006
Un vieux chéri de votre serviteur, The Temple of Dagon, blogue-source d’information sur tout ce qui touche à H. P. Lovecraft et au Mythe de Cthulhu, annonce la parturition dans la douleur d’un wiki dédié au dit Mythe. Le résultat n’en est certes encore qu’à ses premiers renvois lactés, mais comme tout bon vrai wiki pur-sang, votre collaboration est non seulement possible, mais aussi nécessaire et certainement bienvenue :
Paul Di Filippo > The Reluctant Book
13.07.2006
C’est notre Tifnord national qui va être content, si ce n’est comblé. Je viens effectivement de terminer une courte nouvelle de Paul Di Filippo traitant du sujet favori de notre coblogueur champion des terrains gelés : les bouquins.
Canto, Vellum, Incunabula, Papyrus, Breviary, Septuagint ou encore Microfiche sont les livr’héros de The Reluctant Book, ce conte merveilleusement délirant, très philosophique, cruel même. Et ne me prenez surtout pas pour un pervers tombé dedans tout petit, mais ces bouquins sont loin d’être des cousins, même germains, de ces parangons de souplesse parfaitement typographiés que sont les poches enfantés dans la douleur par un autre héros du genre, l’éditeur Suhrkamp. Les livres de Di Filippo sont de bizarres petites créatures poilues, au service des « Maîtres Bibliopléxistes », et dont une partie de la mémoire peut être utilisée pour stocker/uploader des textes/livres/articles/encyclopédies. Bref, on baigne une fois encore en pleine histoire de furries, plaquée d’une fiche couche de steampunk à la bonne morale.
Le livre conçu comme un être vivant, agréable et chaud au toucher, rassurant et dont le contenu est maléable selon le bon vouloir de son propriétaire, c’est du bien beau comme je les aime.
[…]
Canto had not asked to be born a book, any more than he had chosen the ratios of his mixed genotype and his consequent motley appearance. But having received such an assignment from fate (in the case of the subservient Canto and his fellow books, of course, fate wore an all-too-human guise), he generally tried to make the best of things. Being a book–at least in this collection–did not hold the terrors associated with many other chimerical employments: toxin tester, vacuum worker, seabed miner. Boredom, lack of freedom, the rigors of new textual creation and mixing–these were the worst things a book generally faced.
[…]
© Paul Di Filippo 2000, 2001
“The Reluctant Book” was first published in Science Fiction Age, May 2000.
Monster ModRen 4
23.05.2006
Worth1000.com nous revient avec un concours de photoshopette sans gêne avec pour thème les monstres de films d’horreur qui guignent dans l’art classique :

D’après Don Quixote - Pablo Picasso, 1955.

D’après La jeune fille à la perle - Johannes Vermeer, 1664.
Merci Boing2.
I, Legend
30.04.2006
Horreur ! Malheur ! Enfer et damnation! Will “I hate robots” Smith aurait été choisi pour incarner le rôle du dernier humain dans la nouvelle adaptation filmée de I Am Legend de Richard Matheson dont je vous parlais il y a fichtrement longtemps. La première version s’intitulait The Omega Man (Le survivant en vb) et nous montrait un Charlton Heston dans tout ses états.
Bon, vous me direz que Will Smith est d’une certaine manière un survivant lui aussi et je vous rétorquerai que vous poussez quand même un poil loin. Heureusement que ma fille ne devra jamais voir ça en vf !

Neil Gaiman > I, Cthulhu
23.03.2006
Neil Gaiman nous aide à maigrir des abdos pour l’été à venir avec une sorte de revisite du mythe de Cthulhu et de sa bible, le tout chou Necronomicon : notre cher mais fétide divinité colérique dicte ses mémoires à un élu de la race humaine. Ça sonne très « fait à la main », un peu comme si mon parrain posait sa bière un instant et décidait d’écrire ses mémoires en dialecte bernois, mais sans les tentacules :
I, Cthulhu
or What’s A Tentacle-Faced Thing Like Me Doing In A Sunken City Like This (Latitude 47 ° 9’ S, Longitude 126 ° 43’ W)? 
Pour ceux à l’oeil aguerri voire aiguisé aux sottises du ouèbe, vous noterez l’orthographe volontairement torturée du nom de notre immense pieuvre difforme dans l’URL pointant vers ce texte :
http://www.neilgaiman.com/exclusive/shortstories/chulthhustory
Et même si d’aucuns doutent de l’orthographe de son petit nom, il est universellement connu que « Cthulhu » se prononce /k?’?u?lu?/, /k?’???lu?/, ou /k?’t???lu?/ [1]
Down from the skies they came, with filmy wings and rules and regulations and routines and Dho-Hna knows how many forms to be filled out in quintuplicate. Banal little bureaucruds, the lot of them. You could see it just looking at them: Five-pointed heads – every one you looked at had five points, arms whatever, on their heads (which I might add were always in the same place). None of them had the imagination to grow three arms or six, or one hundred and two. Five, every time.
No offence meant.
We didn’t get on.
They didn’t like my party.
They rapped on the walls (metaphorically). We paid no attention. Then they got mean. Argued. Bitched. Fought.
Okay, we said, you want the sea, you can have the sea. Lock, stock, and starfish-headed barrel. We moved onto the land – it was pretty swampy back then – and we built Gargantuan monolithic structures that dwarfed the mountains.
You know what killed off the dinosaurs, Whateley? We did. In one barbecue.
© Neil Gaiman, 1986

Les Chulthhukrs en vacances
Merci The Website At The End Of The Universe.
[1] Selon la translitération IPA que cet imbécile d’Internet Explorer ne supporte pas. Désolé. Si l’effacé Tifnord, notre expert en textose, avait une meilleure idée, je veux bien m’y soumettre.
Les pieuvres de mon enfance
17.02.2006

Le calmar géant de Vingt mille lieues sous les mers, illustration de l’édition originale Hetzel
Hier, Hervé, dans son commentaire sur mon article traitant des Cthulego, s’étonnait que des parents puissent polluer l’esprit de leurs enfants en y déversant des monstruosités tentaculaires d’origine lovecraftienne. Pour ne pas trahir sa pensée, je le cite :
Petite précision : il n’y avait pas besoin d’attendre les Cthulego pour que les enfants se rincent l’œil dans l’encre délétère des pieuvres. Durant ma pré-adolescence, à l’époque où je jouais encore aux Lego qu’on disait « techniques », l’école (et aussi une part de curiosité typique des myopes boutonneux) me fit découvrir quelques-uns des fondateurs du genre fantastique. Je lus Verne, Hugo, Ovide, Homère, sans me douter qu’un jour, je finirais dans un bouquet de tentacules lovecraftiens.

Scylla, bas-relief du Ve siècle avant J.-C., collections du British Museum
En bref, voici quelques mines (marines) que ces dignes auteurs posèrent à la surface de mon enfance : dans l’Odyssée (chant XII), Homère met en scène une créature tentaculaire, la fameuse Scylla (??????). Dans ses Métamorphoses (IV, 687-740), Ovide nous décrit les exploits de Persée face à un monstre marin serpentin. Victor Hugo, dans Les travailleurs de la mer (chap. II), édifie une créature terrifiante et poulpesque. Jules Verne, dans ses très célèbres Vingt mille lieues sous les mers (chap. XVII), terrifie des générations de bambins à coups de tentacules de calmar géant.

Hydre contemporaine (Hydra Vulgaris). Illustration : droits réservés
Alors, quand H.P. Lovecraft publie en 1926 The Call of Cthulhu, il n’invente rien, en tout cas pas du point de vue mythologique, psychanalytique ou morphologique. Ses prédécesseurs avaient déjà méticuleusement dragué le fond des océans, laissant la cyclopéenne R’lyeh à la portée de son écriture frénétique (dont l’encre, je n’en doute pas, se composait de mélanine et de mucus, comme celle des pieuvres).
Alexandre Hougron, du lycée de Sèvres, dans un excellent article paru sur le site de l’Académie de Versailles (et dont je me suis inspiré), nous présente ainsi cette filiation :
La créature poulpeuse englobe en fait le serpent au plan mythique car elle cumule l’aspect anguilliforme avec ses tentacules et le monstre dévorant avec son bec acéré. C’est le moyen âge qui contribue à dissocier leur symbolique (la pieuvre étant plus païenne, du côté du Chaos, le serpent, plus chrétien comme emblématique du mal).
À y regarder de plus près, il existe un célèbre exemple de créature poulpeuse et dévorante : Scylla chez Homère au chant XII de L’Odyssée. Hugo puis Verne récupèrent cette figure qu’ils associent d’ailleurs volontiers à l’Hydre pour en faire une image de ce qu’il y a de plus abject et terrifiant dans la Nature. Mais Hugo greffe sur elle la symbolique luciférienne prêtée au serpent par le christianisme. »
(Alexandre Hougron, Lycée de Sèvres, La figure du monstre dans la littérature et au cinéma : monstre et intertextualité, site Internet de l’Académie de Versailles).

Une hydre inspirée de la fameuse Bête que je promenais innocemment
sous mon bras en me rendant au catéchisme…
Alors, Hervé, bien digérés, ces fruits de mer ? ;-)
Cthulego ou l’enfance d’un monstre
15.02.2006

Image capturée sur Brickshelf (photo : droits réservés)
À l’instar de notre grand Aurochs qui se préoccupe de nos chères têtes (pas si) blondes, je me devais de rappeler que l’enfance n’est rien d’autre qu’une innocente Île du docteur Moreau, qu’un candide laboratoire où chacun se crée les monstres et autres ectoplasmes de ses vieux jours. Avant le goûter, le petit Howard Phillips aurait adoré se détendre en compagnie de médusants Lego. Après l’Appel de Cthulhu en dévédé, les cafignons Cthulhu et les Deep Ones d’Innsmouth sur pécé, les Xénos sont enchantés de vous présenter les Lego Cthulhu ou, plus précisément, les Cthulego (tout droit sortis d’un esprit aussi inconnu qu’enfiévré). Avant de dégainer vos bocaux de Nutella, rêvez donc d’entendre un soir votre progéniture vous demander des Cthulego pour son anniversaire :
The villainous Lord Sinister and his evil henchmen have kidnapped professor Brixton-Smyth to find the lost gold. But in their haste they have awoken the sleeping monsters of the Cthulego Mythos! Lord Sinister and his men have two ways to escape, by land or by sea! Meanwhile Johnny Thunder rushes to help from his massive Zeppelin “The Avontuur”.
Can they escape the zombies?
What awaits them at the boat?
Who is the mysterious stranger with two swords?
Is the Bi-plane friend or foe?
Who is Dr. Who?
And can Johnny Thunder save the day? Of course he can! He’s the hero!!!
Octavia E. Butler > Fledgling
01.02.2006
Pour en terminer avec la très récente pseudo-polémique raciale de notre bien pâle Tifnord, que je devrai par ailleurs museler de la tête aux pieds un jour, histoire de retrouver l’exclusivité de découvrir des news de valeur sur Boing Boing, je prends la parole du haut de ma main blanche levée pour présenter Fledgling, le nouveau bouquin, non lu, d’horreur/sf d’Octavia Butler, une afro-américaine rompue aux joutes raciales par pavés interposés.
Et juste pour rependre le dessus sur mon sérieux en pleine dépantalonnade bâclée, le bouquin m’a l’air tout de même succulent.
Fledgling’s heroine is a young vampire who awakes, amnesiac and badly mutilated, in a cave. She soon encounters the smoking wreck of a village, and then a young man, whom she bites and then beds. The sexual politics of this are really creepy, since she appears to be an eleven-year-old girl (she is much older, but vampires age more slowly than humans).
What proceeds is a darkly erotic story of the family and race crisis that led to the extermination of her clan and her near-fatal injuries. On the way, Butler masterfully handles the moral dimension of feeding from, and becoming symbiotic with human (fans of Butler’s story Bloodchild will recognize the symbiosis theme here), all the while never neglecting to tell a fast-moving, action-oriented story that had me turning pages well past my bedtime. I even stood on a freezing subway platform and finished a chapter before putting the book away and heading out.
Butler’s novels earned her the MacArthur “genius” award, and it was well-deserved. Few writers in our field are so good at blending potato-chip page-turners with nutritious philosophical questions so seamlessly. Fledgling stands with Parable of the Sower and other classic Butler novels as a book that will provoke strong emotions and deep thoughts.
Merci encore mon Boing Boing à moi tout seul!

Fledgling
d’Octavia E. Butler
Éditeur : Seven Stories Press (8 Septembre 2oo5)
Format : Hardcover - 352 pages
ISBN : 1583226907


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