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Octavia Estelle Butler (1947-2006). Photo : droits réservés.

Californie, 2024. Lauren Oya Olamina, la fille d’un prédicateur noir, vit dans un quartier isolé de l’extérieur par un mur et du fil de fer barbelé. Dehors, le chaos, les meurtres et les viols incessants, mais aussi une drogue, la pyro, qui incite ses consommateurs à bouter le feu à tout ce qui bouge. Lauren ne croit plus au Dieu de son père, mais à un Dieu qui est changement et que nous pouvons façonner.

Un jour, malgré de nombreuses précautions, son quartier est saccagé et ses habitants tués, brûlés, violés et pillés. Lauren est jetée sur les routes, avec des milliers de déshérités qui ne pensent qu’à la détrousser, voire même la manger. Lauren porte sur elle un pistolet, mais son handicap est de taille : elle est hyperempathique. Elle éprouve tout ce que les autres ressentent — si elle blesse une personne, elle endure la même douleur qu’elle. Si elle la tue, elle s’évanouit. Pas pratique lorsqu’on est entourée de charognards…

Orson Scott Card avait raison de faire l’éloge d’Octavia Butler dans son How to Write Science Fiction and Fantasy (traduit en français chez Bragelonne sous le titre de Comment écrire de la fantasy et de la science-fiction). L’écriture de cette grande dame de la S.-F. étasunienne, dont nous déplorions la mort aussi subite que stupide en février de cette année, est fluide, dynamique, tissée avec la précision d’une dentellière. Aucune surcharge, aucune lenteur, juste la trame lisse et terrifiante d’un récit conduit comme un road-movie post-apocalyptique.

Premier volume d’un diptyque, La parabole du semeur (Parable of the Sower, 1993) est sortie en 2001 chez l’excellent éditeur gardois Au diable vauvert. Suit La parabole des talents (Parable of the Talents, 1998) qui narre l’histoire d’Asha, fille de Lauren et créatrice de jeux virtuels, qui découvre le journal humaniste de sa mère, Semence de la Terre. Mais je ne vous en dit pas plus, parce que je n’ai pas encore lu ce deuxième volume et que je n’ai pas envie de me faire engueuler par le plus assidu de nos lecteurs (qui se reconnaîtra).

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La parabole du semeur
La parabole des talents

(coffret)
Éditions Au diable vauvert
Vauvert, octobre 2001
388 pp. et 582 pp.
29 €

John Jarrold

25.08.2006

Grâce à l’altruisme de M. Jarrold et à son blog/livejournal d’insider, nous avons désormais l’un de nos bons pieds dans le business de la publication S.-F. :

jjarrold

Manifesto
Welcome to my world. This journal will relate to me, and the world of book publishing – particularly in regard to SF and fantasy, but also to publishing in general. As you’ll see from my profile, I worked full-time in London publishing between January 1988 and August 2002, since when I’ve worked directly with new authors and with publishers as an editor. I also began to work as a literary agent in 2004, and I have just over twenty clients.

More to follow…

Extrait
I’ve been working with unpublished authors, making structural editing and/or line-editing suggestions, for a little under three years now. Through the fifteen years I worked in London publishing, running SF and Fantasy imprints, I always loved working with authors and it’s great to be able to continue that work. Hopefully, I can also give these writers some insight into how commercial publishing actually works, since no one should approach writing without a firm grip on reality. And e-mail – I do over 90% of my editorial work on-screen – makes it easy for overseas writers to approach me. I get quite a few from the US, Australia and Europe. Onwards!

Dans son épisode 64 [2oo6.o7.27], Escape Pod, ur-matrice des podcasts de S.-F., nous sert l’histoire terrifiante d’un gentil coiffeur traditionnel plongé bien malgré lui dans dans un monde ultra-globalisé de manipulations politiques, de nanotechnologie et de bonne morale en final de compte. Le tout est servi/soutenu/élevé par une grosse performance et une débauche parfois hilarante de bruitages, grâce aux talents forains de Wichita Rutherford, un drôle d’amateur de bluegrass. Et même si son accent inimité peut parfois semer le doute chez les plus multilingues d’entre nous, l’ambiance générale et son épaule la persévérance sont samaritaines. Un des épisodes d’Escape Pod les plus complets à mon avis :

http
mp3
Escape Pod - podcast

Extrait
“There’s a reason we don’t use nano to cut the President-Chairman’s hair. You know about the assassination attempt three years ago?”

Everyone did. “I thought he was fully recovered.”

“What’s left of him. Yes. All of that civilian nano would interfere with crucial signals sent and received by the nano in use by the MedTechs. Can’t risk it. That bomb was nasty. What I’m telling you is classified, obviously. We have no intention of presenting Arrington to the world as less than the man he deserves to be.”

Rated PG. Contains implications of violence, heavy politics, and split ends.

Wichita Rutherford
Wichita’s World

Pseudopod - the sound of horror

Pseudopod est un nouveau podcast de l’équipe de l’inégaléable Escape Pod offrant de l’horreur au format court. Et c’est rafraîchi toutes les deux semaines. Bon début.

Souscrire à Pseudopod

Le premier jet, Bag Man, nous vient de Scott Sigler, auteur prolifique et accusé d’avoir diffusé déjà plusieurs de ses romans (sick !) d’horreur et de S.-F. via le sus-mentionné medium. Pour la petite histoire, le podcast de son Ancestor tourne en ce moment quotidiennement sur mon iPod. De l’horreur génétique à grande échelle sur fond de xénotransplantations. Mmmmh.

About Pseudopod

Pseudopod is the world’s first horror podcast magazine. Every two weeks we bring you chilling short stories from some of today’s best horror authors, in convenient audio format for your computer or MP3 player.

We pay our authors, but we will always be 100% free. We are supported through listener donations, so if you like what you hear, please consider giving via our PayPal button!

Our editors are Mur Lafferty and Ben Phillips. Pseudopod is a production of Escape Artists, Inc. Be sure to check out our other podcast, Escape Pod, for the best in science fiction and fantasy.

CONTENT ADVISORY: Unlike some other audio fiction podcasts, Pseudopod does not rate its fiction for age appropriateness. We are a horror podcast, and stories may feature strong language, graphic violence, or explicit sex. You should assume that stories Pseudopod are always for adults only. If you’re a parent, please listen where your kids won’t hear. It’s not our fault if they turn out like us.

Merci Boing2.

Notre désormais méta-prolifique Tifnord se plaignait, non sans justification, de notre manque de strabisme du côté de l’Asie, cette grande sœur dont les formes généreuses abreuvent les membres des Xénos depuis une bonne quinzaine d’années déjà. Et il a bien raison, notre héraut du permafrost en retrait. C’est pourquoi je, soutenu par ma bovine personne, m’en vais vous asperger d’une autre rasade de slime (à prononcer [slim] par les Biennois) aux relents de marée montante, ignorant copieusement les jérémiades de mon ur-compagnon de S.-F..

Donc, ma liste d’articles-à-faire était peuplée depuis plusieures conséquentes lurettes de moults sites/ouvrages consacrés à H.P.L. et au Mythe de Cthulhu qui méritaient tous une mention dans nos colonnes. Or, plutôt que de pondre un article par entité, la spontanéité, mère de ma créativité sans bornes, m’a poussé a tout empaqueter dans un gros même papier sans gêne.

Plouf :


The Official Cthulhu Mythos FAQ
Des FAQ assez succintes mais très utiles sur le mythe. On osera également consulter Wikipedia pour plus de détails et plus si affinité.
 

1.2.1. How do you say “Cthulhu”?
Very carefully.


Cthulhu Mythos Timeline
Une trame chronolgique du mythe depuis -2 trillions à +1 milliard.

January 2oo4: President Bill Clinton issues an Executive Order releasing any Innsmouth natives still held prisoner by the federal government, following the public revelation of the events in Innsmouth in 1928. A week later, Fred Carstairs dies. (”It Was the Day of the Deep One,” Cannon)


The Lurker in the Lobby
Site basé sur un bouquin, qui analyse les traces grasses des doigts oblongs de Lovecraft au cinéma et à la télévision. Ce qui me rappelle que j’avais adoré Re-animator [1985] [IMDb] en d’autres éons plus chevelus.

Re-animator [1985] - Herbert West


Cthulhu for president
Est-il besoin de commenter ce lien ? Hein ? Bon.

Cthulhu for President

This site is dedicated to the great old one, who should return from his slumber to take over the U.S. government and make this country a whole hell of a lot better as the leader of our executive branch. Or destroy it and drive everyone insane, kill us all, or something really nasty! Remember, Cthulhu for President, why vote for the lesser of two evils?


Tales of the Plush Cthulhu
Pour les âmes les plus facilement sensibles d’entre nous. Un chouette conte de Cthulhu raconté en finesse et avec brio au moyen de jolies petites peluches toutes chous. Très drôle et profondément débile.

Professor Blue Smush DinoBaby

“Wait, you plush fools!” cried Professor Blue Smush DinoBaby. “‘In
his house at R’lyeh dead Cthulhu waits dreaming.’ Do not disturb Him,
or you will doom us all!”


Livres [ndlr: Attention lecteur sensible ! Par un mauvais jet du sort, votre rédaction préférée n'a pas encore lu ces livres et vous les présente quand même]

The Necronomicon Files – The Truth Behind Lovecraft’s Legend

de Daniel Harms

The Necronomicon Files
Éditeur : Weiser Books (août 2oo3)
Format : Broché – 342 pages
ISBN : 1578632692

Une étude exhaustive sur le Necronomicon sous toutes ses formes.

The Encyclopedia Cthulhiana: A Guide to Lovecraftian Horror

de Daniel Harms

The Encyclopedia Cthulhiana: A Guide to Lovecraftian Horror
Éditeur : Chaosium, Inc. (juillet 1998)
Format : Broché – 423 pages
ISBN : 1568821190

LE guide sur tout ce qui touche à tout.

Merci d’avance pour vos cadeaux par milliers.


Merci The Website at the End of the Universe, et alii.

Une fois extirpé, non sans bobos, du décevant Maître du Haut Château de Philip K. Dick, une gentille uchronie sur le thème alléchant d’une victoire de l’Axe à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, je me suis immédiatement plongé dans une autre uchronie un brin plus déjantée : le Rêve de fer de Norman Spinrad. Et ben, vous me croirez ou non, j’y ai trouvé mon bout de gras, un genre de petite laine qui réchauffe doucement le cœur au sens propre comme au sens figuré. Rien de moins. En fait, j’ai passablement adoré.

M. Spinrad nous sert là une belle tranche bien grosse et vertement grasse d’uchronie, également à la sauce Seconde Guerre Mondiale : le petit moustachu, à la moustache d’entretien facile (non-iron), se serait exilé aux Etats-Unis à l’issue désastreuse pour le Vaterland de la Grande Guerre et y serait devenu un écrivain de S.-F. adulé, dont l’ouvrage de référence s’intitule Le Seigneur du Svastika. Et, bigre de bigre, Rêve de fer, sous sa couverture francophone tout en joliesse (presqu’printanière), abrite justement ledit Seigneur. Voici donc l’œuvre majeure d’un Adolf écrivain de S.-F., mais toujours aussi malade et prêt à partager, de gré ou de force, sa perspective globalisante d’un monde/univers à une seule race de purhommes dominant les vils mutants putrides et autres télépathes de gauche.

On comprend assez vite le dégoût ou l’ennui qu’a pu causer Rêve de fer chez d’aucuns, car le tout est présenté comme s’il avait été vraiment écrit par un dérangé du bulbe, dans une langue qui n’est pas la sienne, obnubilé par la Kameradschaft masculine du cuir, les symboles ouvertement phalliques et la pureté raciale au service de cette verticalité.

Sans relâche et avec un réel brio, Spinrad nous livre les unes après les autres, en rafale, des descriptions lourdement burinées aux chenilles de Panzer de parades des troupes d’élite du Svastika dans leur cuirs et métaux luisants ou encore de batailles titanesques contre les forces mutantes à la bave et l’incontinence faciles, de gauche. Un style qui louche un peu du côté du maître incontesté de l’excès d’adjectifs percutants et sert parfaitement le propos du livre.

Finalement et en aparté, pour ceux à qui le martial industrial donne des guilis, l’ambiance rouleau-compresseur et hache à deux mains du Rêve me rappelle furieusement les hymnes bombastiques de Triarii, future légende du genre. Les détails se résument au sein de l’incroyable On Wings Of Steel de leur dernier album Pièce Héroique.

Donc : à ne pas mettre entre des mains trop simples ou facilement choquées, Rêve de fer ne permet ni le premier degré, ni le second.

Quatrième de couverture
Et si, écœuré par la défaite allemande en 1918, Adolf Hitler avait émigré aux Etats-Unis ? S’il s’était découvert une vocation d’écrivain de science-fiction ? S’il avait rêvé de devenir le maître du monde et s’était inspiré de ses fantasmes racistes et belliqueux pour écrire Le Seigneur du Svastika, un roman couronné par de prestigieux prix littéraires ? Etonnante uchronie et terrifiante parodie, Rêve de fer est une dénonciation sans appel et sans ambiguïté du nazisme.

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Rêve de fer

de Norman Spinrad
Titre original: The Iron Dream (traduction de l’américain par Jean-Michel Boissier)
Préface : Roland C. Wagner
Éditeur : Editions Gallimard (2o mai 2oo6)
Collection : Folio SF
Format : Poche – 382 pages
ISBN : 2070320529
XLII – exliibris

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Ted Chiang. Photo © James Patrick Kelly, 2004

Ç’a commencé comme ça. J’avais lu la critique d’un bouquin entre les pattes velues de notre cher Cafard cosmique. Je me jetais corps et âme (plus âme que corps, en ce mois de juillet) dans la crèmerie la plus proche et m’apprêtais à demander à la libraire-crémière si elle ne pouvait pas me fournir une bonne livre de nouvelles essèfes d’un certain…

Amnésie. Je ne me rappelais plus le nom de l’auteur encensé par la cosmoblatte. Seul indice que je livrais à la malheureuse demoiselle en attente de collaboration synaptique : l’écrivain était sans doute étasunien et fils d’immigrés chinois. Comme la laitière bibliophile avait quelques années de pratique en ??????? et autres crypto-sciences à but non lucratif, elle a su en quelques secondes m’orienter vers la couverture ambrée de La tour de Babylone (Stories of Your Life, and Others) de Ted Chiang.

Ted Chiang, je ne connaissais pas, alors j’ai jeté un œil — puis deux — sur le passif de nostr’homme. Ted est né en 1967 à Port Jefferson, dans l’état de New York. Il vit aujourd’hui à Bellevue, dans les faubourgs de Seattle (état de Washington). Après des études d’informatique à la Brown University (Providence, Rhode Island), il est admis au fameux atelier d’écriture S.-F. Clarion, qui se tient chaque été durant six semaines à l’Université d’État du Michigan.

Quand il est reçu aux cours Clarion, cela fait déjà quelques années que Ted écrit des nouvelles, lesquelles essuient tour à tour les habituels refus des revues spécialisées. À cette époque, il pense même arrêter d’écrire. Les recettes professées par Damon Knight et Kate Wilhelm ne doivent pas être mauvaises, car à partir de là, l’accueil des textes de Chiang changera du tout au tout.

Ted Chiang reçoit le Campbell New Writer Award en 1992 ; en 1990, un Nebula Award récompense la première nouvelle du recueil (celle qui lui a donné son nom en français : Tower of Babylon) ; L’histoire de ta vie (Story of Your Life) obtient deux prix en 1998 : un second Nebula et le Theodore Sturgeon Memorial Award ; Soixante-douze lettres (Seventy-Two Letters) le Sidewise Award en 2000 et L’enfer, quand Dieu n’est pas présent (Hell Is the Absence of God) se voit attribuer le prix Hugo et le Locus Award en 2002. Quand il ne reçoit pas des prix, Ted Chiang gagne sa croûte en tant que rédacteur technique indépendant.

Écrites entre 1991 et 2002 (soit Ted prend tout son temps, soit il n’en a pas), les nouvelles de La tour de Babylone ne sont pas mal du tout, avouons-le. On sent que leur auteur est un scientifique et qu’il a accuse un faible pour les mathématiques, car chaque texte y fait référence. On pourrait presque considérer qu’il s’agit là de hard science, mais ce serait réducteur. Chiang ne traite pas que de technologie et ses récits sont tour à tour psychologiques, mystiques, leur ambiance est parfois steam-punk voire crypto-uchroniques. Bref, on ne s’ennuie pas. Reste à savoir si l’artiste poursuivra son travail d’écriture pour nous pondre un bel et gros roman — à moins qu’il ne continue dans sa veine nouvelliste, ce qui ne serait pas non plus une mauvais idée.

Vous l’aurez compris : sur les plages, à la montagne ou simplement sur le balcon où vous suez à gros bouillon, n’hésitez pas à emporter Ted avec vous. Son ouvrage n’est pas imperméable, mais vous l’aurez lu bien avant que les premières moisissures ne se profilent aux coins de ses pages.

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Ted Chiang
La tour de Babylone
Éditions Denoël
Collection Lunes d’encre
Paris, 2006

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Ted Chiang
Stories of Your Life, and Others
Tor Books
New York, 2002

Voilà un papelard qui ne devrait pas déplaire à notre chroniqueur chéri-honni, dernier mais digne représentant du regretté Bos primigenius. Trêve de dithyrambe et autres billevesées, venons-en aux faits.

Il est de notoriété publique que notre cher webmestre accuse quelque faiblesse à l’endroit du geek et néanmoins génial écrivain de essèfe briton Charles Stross. Eh bien l’autre jour, en me baladant à la fraîche parmi les sites les plus recommandables de la blogosphère, ne tombé-je pas sur un pavé de nostre ami d’Édimbourg, ou plutôt sur le compte-rendu de la traduction de l’une de ses sécrétions scripturales. Petit historique.

De novembre 2001 à novembre 2002 (si j’en crois mes notes), Stross publie dans Spectrum SF (numéros 7 à 9) un roman-feuilleton, The Atrocity Archives. En mai 2004, chez Golden Gryphon, il réédite ce court roman en y ajoutant un deuxième récit, The Concrete Jungle. En janvier dernier, le bouquin sortait à nouveau chez Ace Trade. Puisque nous nous entêtons, contre vents et marées, à causer françois (ou plutôt ce qu’il reste de cet idiome), n’hésitons pas à entrer par la « petite » porte, celle d’un éditeur lutécien, Robert Laffont.

Premier livre du sieur Stross traduit en gaulois dans la fameuse collection Ailleurs et demain (trad. de Bernard Sigaud), Le bureau des atrocités semble être un drôle de bouquin ou, plutôt, un bouquin drôle — un informaticien, Bob Howard, bosse pour ledit Bureau des atrocités. Il a appris que les nazis ont failli gagner la Seconde guerre mondiale en pratiquant quelques sacrifices humains et autres évocations du malsaint (!) Patron. Howard a pour mission de retrouver une chercheuse rousse (!!) aux États-Unis. Ce faisant il découvre une mystérieuse organisation nazie qui aurait survécu dans un autre monde grâce aux mauvais soins de quelques esprits fort malins.

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas encore lu cet ouvrage à première vue succulent ; mais, l’appétit grandissant, j’avais envie de partager cet engoûment avec nos fidèles lecteurs par le truchement de quelque mise en bouche. Comme je ne veux pas faire le méchant, je vous livre aussitôt la notice de Publishers Weekly :

Lovecraft’s Cthulhu meets Len Deighton’s spies in Stross’s latest, as the Scottish author explains in his afterword to this offbeat book offering two related long novellas, “The Atrocity Archive” and “The Concrete Jungle” (the latter previously unpublished). With often hilarious results, the author mixes the occult and the mundane, the truly weird and the petty. In “Atrocity,” Bob, a low-level computer fix-it guy for the Laundry, a supersecret British agency that defends the world from occult happenings, finds himself promoted to fieldwork after he bravely saves the day during a routine demonstration gone awry. With his Palm, aka his Hand of Glory (a severed hand that, when ignited, renders the holder invisible), and his smarts, he saves the world from a powerful external force seeking to enter our universe to suck it dry. In “Jungle,” Bob teams up with a cop, Josephine, to save the Laundry from a powermonger who seeks to stage an internal coup by using zombies as her minions. Amid all the bizarre happenings are the everyday trappings of a British bureaucracy. Bob gets called on the carpet by his bosses because he requested backup during an emergency without first getting his supervisor’s okay and filling out the requisite forms. Though the characters all tend to sound the same, and Stross resorts to lengthy summary explanations to dispel confusion, the world he creates is wonderful fun.

Ça fait envie, hm ?

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Charles Stross
Le bureau des atrocités
Traduction de Bernard Sigaud
Éditions Robert Laffont
Collection Ailleurs et demain No 191
Octobre 2004, 384 pages

Un monde peuplé exclusivement d’athées où la religion est tombée en désuétude et où nos chérubins étudient Nietzsche et Descartes au berceau ? Un monde où les-dits athées achètent des divinités à leurs enfants en lieu et place d’animaux domestiques avec pour règle principale de ne jamais leur vouer un culte ? Cthulhu dépité et un peu lent à la détente ? Des montées incontrôlées de testostérone dans le slip de pré-adolescents presqu’pubères ? Le tout mariné dans le jus rance de crampes d’abdos compulsives ?

On retrouve Charlie Stross dans ce qu’il fait de mieux : un humour tordu en pleines ténèbres bercées par des Grands Anciens pas vraiment trop immondes et certainement pas innommables :

A Boy and His God

C’est notre Tifnord national qui va être content, si ce n’est comblé. Je viens effectivement de terminer une courte nouvelle de Paul Di Filippo traitant du sujet favori de notre coblogueur champion des terrains gelés : les bouquins.

Canto, Vellum, Incunabula, Papyrus, Breviary, Septuagint ou encore Microfiche sont les livr’héros de The Reluctant Book, ce conte merveilleusement délirant, très philosophique, cruel même. Et ne me prenez surtout pas pour un pervers tombé dedans tout petit, mais ces bouquins sont loin d’être des cousins, même germains, de ces parangons de souplesse parfaitement typographiés que sont les poches enfantés dans la douleur par un autre héros du genre, l’éditeur Suhrkamp. Les livres de Di Filippo sont de bizarres petites créatures poilues, au service des « Maîtres Bibliopléxistes », et dont une partie de la mémoire peut être utilisée pour stocker/uploader des textes/livres/articles/encyclopédies. Bref, on baigne une fois encore en pleine histoire de furries, plaquée d’une fiche couche de steampunk à la bonne morale.

Le livre conçu comme un être vivant, agréable et chaud au toucher, rassurant et dont le contenu est maléable selon le bon vouloir de son propriétaire, c’est du bien beau comme je les aime.

Extrait
[...]
Canto had not asked to be born a book, any more than he had chosen the ratios of his mixed genotype and his consequent motley appearance. But having received such an assignment from fate (in the case of the subservient Canto and his fellow books, of course, fate wore an all-too-human guise), he generally tried to make the best of things. Being a book–at least in this collection–did not hold the terrors associated with many other chimerical employments: toxin tester, vacuum worker, seabed miner. Boredom, lack of freedom, the rigors of new textual creation and mixing–these were the worst things a book generally faced.
[...]
© Paul Di Filippo 2000, 2001
“The Reluctant Book” was first published in Science Fiction Age, May 2000.

Paul Di Filippo s’imagine/s’inquiète/s’énerve de ce que pourrait devenir la publicité des grandes maisons d’édition si elle portée sur nos téléphones portables et passablement personnalisée. Pas vraiment de la S.-F., mais un brin d’anticipation très très près de chez vous :

Can You Read Me Now? (traduction française babélisée)

Extrait
Jogging through Penn Station, I was trying to call my wife, but I got Dan Brown instead.
“Hi there, reader! I’m Dan Brown, best-selling author of The Da Vinci Code. How are you doing today?”
“Uh, fine, I guess… Say, how did my call go through to you?”
“Don’t worry, you’ll get to speak to your intended party eventually. But your call was automatically and temporarily rerouted to me by your service provider. It’s all part of the new package you signed up for.”
© Paul Di Filippo

Merci Locus Online.

Hier Avant-hier, 365 tomorrows nous offrait une charmante petite chose sur le rôle des implants post-singularité dans la disparition des agendas tels que nous les connaissons. Encore mieux que la SIT.

Internal Clock
Flux RSS des nouvelles

I, Legend

30.04.2006

Horreur ! Malheur ! Enfer et damnation! Will “I hate robots” Smith aurait été choisi pour incarner le rôle du dernier humain dans la nouvelle adaptation filmée de I Am Legend de Richard Matheson dont je vous parlais il y a fichtrement longtemps. La première version s’intitulait The Omega Man (Le survivant en vb) et nous montrait un Charlton Heston dans tout ses états.

Bon, vous me direz que Will Smith est d’une certaine manière un survivant lui aussi et je vous rétorquerai que vous poussez quand même un poil loin. Heureusement que ma fille ne devra jamais voir ça en vf !

Le survivant

Smith To Star In Sci-Fi Thriller

Merci The Website at the End of the Universe.

Pour ceux qui osent parfois le trempage du bout de leurs doigts boudinés dans la raie fessière de cette folle aventure qu’est l’écriture (S.-F. et alii), Charlie Stross nous offre via son blogue un excellent papier sur les différentes formes qu’un auteur peut donner à la narration d’une histoire et nous explique pourquoi celle conjuguée à la deuxième personne peut être tiptop et innovante si on évite certains pièges. Très enrichissant.

Conjugate characters, not verbs

Extraits
[...] Writing is the nearest thing to telepathy we have discovered (to steal a leaf from Stephen King’s On Writing). It’s a technique we use for serializing a stream of consciousness, freezing it for posterity, and injecting it into other human heads whereupon, by some process we don’t fully understand, it is unpacked and hopefully creates a structural cognate of the original author’s conscious experience in the reader’s mind. Alas, it’s also a piss-poor substitute for real telepathy (whatever that would feel like): you never read the same story the same way twice, and no two readers ever read it quite the same way. The structural cognate that a book gives rise to in the reader’s mind is intimately dependent on the state of that mind, and human minds evolve over time. [...]

[...] If the first-person telepathy module is a bunch of electrodes in the brain of one actor, feeding us their stream of consciousness, and the third-person telepathy module is a brain-sucking mosquito bouncing around the actors, the second-person telepathy module is an alien mind control parasite that gloms onto you, sticks its electrodes into your brain, and tells you what to think. It’s got amazing potential for fine-grained insight into the guts of a story — after all, the second person is the most immersive viewpoint — but it’s a very hard tool to use without tickling the reader into noticing it. Alien mind control parasites tend to be one of those things that make most humans go “eek!” and run away very fast, and the same is true of this story-telling mode. [...]

A se demander si je fais vraiment une fixation sur la Chose ou si c’est plutôt l’effet d’un tour de passe-passe de derrière des fagots dont je préfère autant taire le nom ici, mais voici encore un papier caressant les sensibles aisselles poudrées de H. P. Lovecraft.

Voilà quelques petits éons déjà que mon aggrégateur RSS me nourrit régulièrement des trames XML de The Temple of Dagon, blog extraordinaire voué à la diffusion de la parole du Maître de nos pires cauchemars et au mythe de Cthulhu. Véritable source de guilis pour les mordus, The Temple of Dagon propose des études sur le mythe, de la poésie et de la prose, de l’art et d’autres délices à ne manquer sous aucun prétexte, si ce n’est la peur d’une mort certaine et horrible. Et on y trouve des contes aussi :

The Last Weblog of Jonathan Lippincott, en suivant une trame lovecraftienne des plus pures, a une approche singulièrement moderniste du mythe en ce sens que le narrateur s’exprime via son blogue tout frais et qu’il le fait dans un style un tantinet simple(t), très « je blogue les choses de ma vie de tous les jours que je veux partager avec ma grande famille sur la toile ». Et, horreur !, malheur !, malheureusement, et bien contre son gré, cet ambitieux désir de partage communautaire mènera notre homme à sa perte. Ah le ouèbe et ses innommables dangers ! J’écouterai les conseils avisés de ma femme la prochaine fois.

En regards de ces périls cachés, là, tout près, on ne peut qu’admirer cet éclair d’humoristique lucidité par lequel A. R. Yngve nous révèle la terrible vérité qui se cache derrière le spam et les arnaques nigérianes.

En fait, j’aime. Et ça rigole, si si.

The Last Weblog of Jonathan Lippincott
Flux RSS de The Temple of Dagon

Extrait
“Go home, sergeant. You may want to check what your kids are doing with the computer.”
 
A flash of worry crossed Bolland’s face, and he hurried out through the door.

Ouf, je viens de terminer l’écoute du podcast de Come, Let Me Whisper, condensé de nouvelles de Russell L. Burt, que j’ai découvert en divaguant sur Podiobooks.com (l’hôte de Voices: New Media Fiction, l’anthologie S.-F. dont je vous parlais un peu plus tôt).

Et, en toute sincérité, j’ai vraiment bien aimé. M. Burt nous sert de l’horreur, du bizarre, du macabre, du fantastique, du lovecraftien (gniark!), et même un peu de gérontophilie, tout ça mariné dans une ambiance sudiste très particulière vu que la plupart de ses nouvelles se passent au Tennessee, d’où vient justement l’auteur. Et son lent accent chuitant ajoute une bonne couche de faux exotisme colonialiste au tout et trouve bien sa place dans l’atmosphère générale de l’oeuvre. Assez dépaysant.

J’ai particulièrement apprécié Wedding Vows, une drôle d’allégorie sur le mariage entre conjoints de confessions différentes, et Casey’s Sacrifice, autre hommage au maître de l’excès d’adjectifs. Mais aussi Work Ethic, magnifique coup de chapeau au rude boulot du patron. Pour ce qui est du reste, Come, Let me Whisper nous prend la main et nous ballade dans l’horreur et le fantastique, quelquefois très (trop?) classiques, les histoires de fantômes et trempe même le bout d’un gros orteil dans la litière de la S.-F..

Et le bougre a décidé de continuer l’expérience en sérialisant son roman Revelations, à coup de tranches mal aiguisées d’une quinzaine de minutes chacunes de quinze à beaucoup de minutes. Bigre.

Come, Let me Whisper
Promo audio sur Podiobooks.com
Flux RSS du podcast

Russell  L. Burt > Come, Let me Whisper” /><br />
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Manifesto
Come, let me whisper, words that no man should speak aloud
Their rightful place a page, to be torn from its source
Shredded from existence, At least hidden from light
That only a darker man may read, For flighty society
defines no place, Save that of closets with locks
Clubs without signs, And, of course, their minds

Ogawa Takashi, traducteur (notamment de Bruce Sterling), éditeur, critique et agent japonais de l’éminent Locus Magazine, présente via le site de The Japanese Literature Publishing and Promotion Center un petit papier sans prétention aucune sur la nouvelle génération d’écrivains de S.-F. japonais. Et même si j’en suis ressorti un peu ébranché, embrassé par la gentille vacuité de l’article, le bougre m’a bien donné envie de découvrir Ogawa Issui.

A New Generation Of Japanese SF Writers (traduction française babélisée)

Voyez comme votre serviteur se vautre dans la simplicité, la panse à l’air secouée par les vagues impies d’un rire aux spasmes nauséux. Deux articles à la queue l’un de l’autre, un quasi zeste d’ouroboros sur Neil Gaiman, que je n’avais jamais lu auparavant et qui remonte déjà dans mon estime à peine forgée.

C’est effectivement en visitant son site pour me (laissez-moi rire) documenter un tantinet avant de pondre mon précédent opus que j’ai heureusement trébuché sur A Study in Emerald, l’une des trois nouvelles offertes à la lie sur ledit site. Et là, paf ! Classique claquement de rotule, ou de gencive (ça revient au même), au rude contact du fameux parpaing de vingt de la surprise : une imparable uchronie lovecraftienne, et d’obédience steampunk de surcroît, qui, même si j’avoue ne pas encore l’avoir lu, me rappelle insidieusement L’Instinct de l’équarisseur de Thomas Day dont l’Horrible nous entretenait jadis.

Hmm, c’est très trucculent tout ça. Et teinté d’humour noir, voire émeraude, mais là je brode. Et hop :

A Study in Emerald .pdf

Neil Gaiman nous aide à maigrir des abdos pour l’été à venir avec une sorte de revisite du mythe de Cthulhu et de sa bible, le tout chou Necronomicon : notre cher mais fétide divinité colérique dicte ses mémoires à un élu de la race humaine. Ça sonne très « fait à la main », un peu comme si mon parrain posait sa bière un instant et décidait d’écrire ses mémoires en dialecte bernois, mais sans les tentacules :

I, Cthulhu
or What’s A Tentacle-Faced Thing Like Me Doing In A Sunken City Like This (Latitude 47 ° 9’ S, Longitude 126 ° 43’ W)?
Google Maps

Pour ceux à l’oeil aguerri voire aiguisé aux sottises du ouèbe, vous noterez l’orthographe volontairement torturée du nom de notre immense pieuvre difforme dans l’URL pointant vers ce texte :

http://www.neilgaiman.com/exclusive/shortstories/chulthhustory

Et même si d’aucuns doutent de l’orthographe de son petit nom, il est universellement connu que « Cthulhu » se prononce /k?’?u?lu?/, /k?’???lu?/, ou /k?’t???lu?/ [1]

Extrait
Down from the skies they came, with filmy wings and rules and regulations and routines and Dho-Hna knows how many forms to be filled out in quintuplicate. Banal little bureaucruds, the lot of them. You could see it just looking at them: Five-pointed heads – every one you looked at had five points, arms whatever, on their heads (which I might add were always in the same place). None of them had the imagination to grow three arms or six, or one hundred and two. Five, every time.

No offence meant.

We didn’t get on.

They didn’t like my party.

They rapped on the walls (metaphorically). We paid no attention. Then they got mean. Argued. Bitched. Fought.

Okay, we said, you want the sea, you can have the sea. Lock, stock, and starfish-headed barrel. We moved onto the land – it was pretty swampy back then – and we built Gargantuan monolithic structures that dwarfed the mountains.

You know what killed off the dinosaurs, Whateley? We did. In one barbecue.

© Neil Gaiman, 1986

Les Chulthhus en vacances
Les Chulthhukrs en vacances

Merci The Website At The End Of The Universe.

[1] Selon la translitération IPA que cet imbécile d’Internet Explorer ne supporte pas. Désolé. Si l’effacé Tifnord, notre expert en textose, avait une meilleure idée, je veux bien m’y soumettre.

L’Ecole Normale Supérieure de Paris organise un Mois de la S.-F. du 2 au 2o mai 2oo6. D’après le programme provisoire du mois, on risque bien d’y retrouver des noms comme Pierre Bordage, Sylvie Denis, Roland C. Wagner ou notre visqueusement adulé H. P. Lovecraft, avec notamment une interprétation opéra rock de sa Couleur tombée du ciel. Avec également des projections de films, des séances de jeu (sick !) et autres tables rondes sûrement trucculentes, sinon sérieuses, sur la « S.-F. et les sciences physiques », « -et les sciences du vivants », « -et les sciences humaines », sans parler de conférences sur les thèmes divers des « Aberrations temporelles dans la littérature de science-fiction », de « La science-fiction entre discours et lectures » ou encore de « Science-fiction et modernité littéraire ».

Manifesto
Le mois de la science-fiction à l’ENS se propose d’offrir un espace de diffusion et d’approfondissement de la connaissance de la science-fiction, qui permette au public de saisir toute la richesse de ce genre, souvent réduit à ses expressions les plus sommaires. Les connaisseurs y trouveront l’occasion d’approfondir leur culture.
 
Sont prévus trois types d’événements :
1. Des activités de recherche : deux approches seront principalement adoptées, une approche littéraire et une approche philosophique. Alors que les journées d’études et les conférences les distingueront clairement, les tables-rondes seront l’occasion de les croiser en ouvrant la réflexion sur les diverses composantes disciplinaires de la science-fiction : littérature, philosophie, sciences.
2. Des événements culturels qui présenteront la science-fiction dans ses différentes formes d’expression (littérature, illustration, cinéma, théâtre, musique, etc.)
3. Des activités organisés par les élèves de l’ENS. Mois “off”.

Merci Laurence, via nooSFere.