Le fameux zine Locus nous propose dans son numéro de 2oo6.o2 une liste de lectures pour l’année 2oo5, basée sur les notations de ses collaborateurs :

Recommended Reading 2oo5

Extraordinaire, j’en reconnais quelques-uns ! Je commence à avoir un pied dans la SFFFsF*#!!+?. On va bientôt penser que je suis tombé dedans quand j’étais encore plus petit.

Manifesto
This recommended reading list, published in Locus Magazine’s February 2006 issue, is a consensus by Locus editors and reviewers — Charles N. Brown, Gary K. Wolfe, Jonathan Strahan, Faren Miller, Russell Letson, Nick Gevers, Carolyn Cushman, Tim Pratt, Karen Haber, and Rich Horton — and other professionals, including Gardner Dozois, David G. Hartwell, Ellen Datlow, Kelly Link & Gavin Grant, and others. It takes at least two positive mentions to make the final list. Essays by many of these contributors are published in the February issue.

Merci Lucain.


Le calmar géant de Vingt mille lieues sous les mers, illustration de l’édition originale Hetzel

Hier, Hervé, dans son commentaire sur mon article traitant des Cthulego, s’étonnait que des parents puissent polluer l’esprit de leurs enfants en y déversant des monstruosités tentaculaires d’origine lovecraftienne. Pour ne pas trahir sa pensée, je le cite :

« (…) le plus zourff à l’ouest dans cette histoire c’est qu’aucun des joueurs de lego (entre 4 et 12 ans environ ?) n’aura jamais lu HP. c’est donc le paternel ou la maternelle qui va bourrer le pôv crâne fragile des bambins avec cette mythologie Niarg Chtulu Nyarlatotep. Et je me demandais si c’était moins pire que la télé. »

Petite précision : il n’y avait pas besoin d’attendre les Cthulego pour que les enfants se rincent l’œil dans l’encre délétère des pieuvres. Durant ma pré-adolescence, à l’époque où je jouais encore aux Lego qu’on disait « techniques », l’école (et aussi une part de curiosité typique des myopes boutonneux) me fit découvrir quelques-uns des fondateurs du genre fantastique. Je lus Verne, Hugo, Ovide, Homère, sans me douter qu’un jour, je finirais dans un bouquet de tentacules lovecraftiens.


Scylla, bas-relief du Ve siècle avant J.-C., collections du British Museum

En bref, voici quelques mines (marines) que ces dignes auteurs posèrent à la surface de mon enfance : dans l’Odyssée (chant XII), Homère met en scène une créature tentaculaire, la fameuse Scylla (??????). Dans ses Métamorphoses (IV, 687-740), Ovide nous décrit les exploits de Persée face à un monstre marin serpentin. Victor Hugo, dans Les travailleurs de la mer (chap. II), édifie une créature terrifiante et poulpesque. Jules Verne, dans ses très célèbres Vingt mille lieues sous les mers (chap. XVII), terrifie des générations de bambins à coups de tentacules de calmar géant.


Hydre contemporaine (Hydra Vulgaris). Illustration : droits réservés

Alors, quand H.P. Lovecraft publie en 1926 The Call of Cthulhu, il n’invente rien, en tout cas pas du point de vue mythologique, psychanalytique ou morphologique. Ses prédécesseurs avaient déjà méticuleusement dragué le fond des océans, laissant la cyclopéenne R’lyeh à la portée de son écriture frénétique (dont l’encre, je n’en doute pas, se composait de mélanine et de mucus, comme celle des pieuvres).

Alexandre Hougron, du lycée de Sèvres, dans un excellent article paru sur le site de l’Académie de Versailles (et dont je me suis inspiré), nous présente ainsi cette filiation :

« Dans l’Antiquité gréco-latine, le monstre serpentin ou tentaculaire est plutôt associé à la primordialité à travers l’Hydre de Lerne, les Géants (dont les jambes sont serpentines). On retrouve aussi l’image serpentine dans les Gorgones ou dans Echidna (fille de Gaïa), ce qui permet de dévoiler la dimension érotique des créatures anguilliformes ou tentaculaires, bien soulignée par Roger Caillois, par exemple dans son étude La Pieuvre. Au moyen âge, le Serpent et le Dragon viennent prendre la suite des Hydres et Dragons antiques également sur ce plan, car le serpent de la Genèse est aussi de plus en plus associé à la fin de l’époque médiévale avec la luxure.
 
La créature poulpeuse englobe en fait le serpent au plan mythique car elle cumule l’aspect anguilliforme avec ses tentacules et le monstre dévorant avec son bec acéré. C’est le moyen âge qui contribue à dissocier leur symbolique (la pieuvre étant plus païenne, du côté du Chaos, le serpent, plus chrétien comme emblématique du mal).
 
À y regarder de plus près, il existe un célèbre exemple de créature poulpeuse et dévorante : Scylla chez Homère au chant XII de L’Odyssée. Hugo puis Verne récupèrent cette figure qu’ils associent d’ailleurs volontiers à l’Hydre pour en faire une image de ce qu’il y a de plus abject et terrifiant dans la Nature. Mais Hugo greffe sur elle la symbolique luciférienne prêtée au serpent par le christianisme. »
 
(Alexandre Hougron, Lycée de Sèvres, La figure du monstre dans la littérature et au cinéma : monstre et intertextualité, site Internet de l’Académie de Versailles).


Une hydre inspirée de la fameuse Bête que je promenais innocemment
sous mon bras en me rendant au catéchisme…

Alors, Hervé, bien digérés, ces fruits de mer ? ;-)


Image capturée sur Brickshelf (photo : droits réservés)

À l’instar de notre grand Aurochs qui se préoccupe de nos chères têtes (pas si) blondes, je me devais de rappeler que l’enfance n’est rien d’autre qu’une innocente Île du docteur Moreau, qu’un candide laboratoire où chacun se crée les monstres et autres ectoplasmes de ses vieux jours. Avant le goûter, le petit Howard Phillips aurait adoré se détendre en compagnie de médusants Lego. Après l’Appel de Cthulhu en dévédé, les cafignons Cthulhu et les Deep Ones d’Innsmouth sur pécé, les Xénos sont enchantés de vous présenter les Lego Cthulhu ou, plus précisément, les Cthulego (tout droit sortis d’un esprit aussi inconnu qu’enfiévré). Avant de dégainer vos bocaux de Nutella, rêvez donc d’entendre un soir votre progéniture vous demander des Cthulego pour son anniversaire :

Cthulego Rises!
 
The villainous Lord Sinister and his evil henchmen have kidnapped professor Brixton-Smyth to find the lost gold. But in their haste they have awoken the sleeping monsters of the Cthulego Mythos! Lord Sinister and his men have two ways to escape, by land or by sea! Meanwhile Johnny Thunder rushes to help from his massive Zeppelin “The Avontuur”.
 
Can they escape the zombies?
What awaits them at the boat?
Who is the mysterious stranger with two swords?
Is the Bi-plane friend or foe?
Who is Dr. Who?
 
And can Johnny Thunder save the day? Of course he can! He’s the hero!!!

Soit dit en passant, thanks Pam, thanks Boing2.

Pour en terminer avec la très récente pseudo-polémique raciale de notre bien pâle Tifnord, que je devrai par ailleurs museler de la tête aux pieds un jour, histoire de retrouver l’exclusivité de découvrir des news de valeur sur Boing Boing, je prends la parole du haut de ma main blanche levée pour présenter Fledgling, le nouveau bouquin, non lu, d’horreur/sf d’Octavia Butler, une afro-américaine rompue aux joutes raciales par pavés interposés.

Et juste pour rependre le dessus sur mon sérieux en pleine dépantalonnade bâclée, le bouquin m’a l’air tout de même succulent.

Octavia Butler’s first book in seven years is the new vampire novel Fledgling, and it was worth the wait. Butler built her reputation by writing fantastic adventure novels that contained subtle, considered and complicated stories about race politics (Butler is one of a sadly small number of African-American writers in science fiction). Fledgling isn’t science fiction, exactly — it’s a vampire novel with some of the trappings of sf.
 
Fledgling’s heroine is a young vampire who awakes, amnesiac and badly mutilated, in a cave. She soon encounters the smoking wreck of a village, and then a young man, whom she bites and then beds. The sexual politics of this are really creepy, since she appears to be an eleven-year-old girl (she is much older, but vampires age more slowly than humans).
 
What proceeds is a darkly erotic story of the family and race crisis that led to the extermination of her clan and her near-fatal injuries. On the way, Butler masterfully handles the moral dimension of feeding from, and becoming symbiotic with human (fans of Butler’s story Bloodchild will recognize the symbiosis theme here), all the while never neglecting to tell a fast-moving, action-oriented story that had me turning pages well past my bedtime. I even stood on a freezing subway platform and finished a chapter before putting the book away and heading out.
 
Butler’s novels earned her the MacArthur “genius” award, and it was well-deserved. Few writers in our field are so good at blending potato-chip page-turners with nutritious philosophical questions so seamlessly. Fledgling stands with Parable of the Sower and other classic Butler novels as a book that will provoke strong emotions and deep thoughts.

Merci encore mon Boing Boing à moi tout seul!

O. Butler > Fledgling” /><br />
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Fledgling
d’Octavia E. Butler
Éditeur : Seven Stories Press (8 Septembre 2oo5)
Format : Hardcover – 352 pages
ISBN : 1583226907

margin.notes

20.01.2006

Et un flux RSS de plus dans mon méta.chaos :

margin.notes est un blog présentant des oeuvres de fiction japonaises traduites ayant pour thèmes le mystère, l’horreur, la fantasy et/ou la S.-F..

David Wellington, connu (!#?) pour ses films et ses scénarios, est aussi l’auteur de trois romans d’horreur/fantastique publiés gratuitement en ligne sous licence Creative Commons :


Monster Island et Monster Nation sont les deux premiers volets d’une trilogie d’histoires de zombies publiée en ligne sous forme de série bloguée. Le troisième volet, Monster Planet, sera publié de la même manière à partir de 2oo6.o4.
 

Monster Island is a novel posted in blog format. It is set in Manhattan, one month after New York has been overrun by zombies. The novel is complete as of August, 2004 and commenting is closed (to prevent spam) but you may still contact us via email, or post a comment at the bottom of this page.
Monster Island is the first volume in a trilogy. The second volume, Monster Nation, is available now. Monster Nation tells the story of how the epidemic began and how it spread so rapidly.
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Monster Nation is a novel posted in blog format, concerning the opening days of a strange new epidemic and the end of the world. The novel is complete as of March, 2005 and commenting is closed (to prevent spam) but you may still contact us via email, or post a comment at the bottom of this page.
Monster Nation is the second volume in a trilogy. The first volume, Monster Island, is still available. Monster Island tells the story of what happened to New York City after the rise of the dead.
format
.http
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Thirteen Bullets, son dernier roman de zombies sous CC, est en cours de publication en ligne, également sous forme de blog et à raison de 3 chapitres par semaine.

Thirteen Bullets is a serial novel by David Wellington. Chapters are posted every Monday, Wednesday, and Friday. To browse the story so far, visit the table of contents.

 
Merci Boing Boing.

Dans sa rubrique On Books de l’excellent zine Asimov’s Science Fiction (édition 2oo6.o1), Paul Di Filippo, lui-même auteur de S.-F., présente une critique de The Captain of the ‘Pole Star’: Weird And Imaginative Fiction, un recueil de nouvelles méconnues d’Arthur Conan Doyle. Trente-sept nouvelles variant entre le fantastique, l’horreur, les histoires de fantômes et parfois même proches de la S.-F..

Arthur Conan Doyle > The Captain of the ‘Pole Star’: Weird And Imaginative Fiction” /><br />
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The Captain of the ‘Pole Star’: Weird And Imaginative Fiction
d’Arthur Conan Doyle
Éditeur : Ash-Tree Press (22 Mai 2oo4)
Format : Relié, 465 pages
ISBN : 1-55310-068-9

Tout ce que je mérite, c’est une bardée au knut-fléau en parpaing de 20 isotope 12 et que le ciel me tombe sur la tête et me défonce au moins trois vertèbres en commençant par celle en haut à gauche.

La Maison de la culture du Japon à Paris accueille, depuis des lurettes que je ne saurais compter, une exposition sur les ?? (monstres, fantômes, êtres surnaturels, et alii) du bestiaire fantastique japonais. Et comme l’expo se termine déjà le 28 janvier prochain, je suis sûr de ne pas pouvoir y aller.

Encore pardon, Professeur Girard. m(_ _)m

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L’une des huit illustrations du ?????? – © Waseda University Library, 2003

INFOS PRATIQUES
 
Y?KAI – Bestiaire du fantastique japonais
Du mercredi 26 octobre 2005 au samedi 28 janvier 2006
 
Salle d’exposition (niveau 2)
Horaires du mardi au samedi de 12h à 19h / Nocturne le jeudi jusqu’à 20h (Dernière entrée : 30mn avant la fermeture). Fermé les jours fériés
Fermeture annuelle du 24 décembre au 3 janvier inclus
Fermeture exceptionnelle de l’exposition le mardi 6 décembre
Prix d’entrée 6€ / Tarif réduit 4€ / Gratuit pour les adhérents MCJP, les enfants de moins de 12 ans (obligatoirement accompagnés par un adulte)
Visite de groupe (20 personnes maximum) sur réservation uniquement (avec ou sans conférencier). Tél. 01 44 37 95 01 du mardi au samedi de 12h30 à 18h30
Organisation Maison de la culture du Japon à Paris (Fondation du Japon), Association pour la MCJP
En collaboration avec S2 Corporation

Cryptomundo

30.11.2005

Cryptomundo est un un blog obsédé par la cryptozoologie, thème d’une exposition à venir dont dont je vous avais brièvement entretenus il y a quelques temps.

« ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn »

La H.P. Lovecraft Historical Society a créé une adaptation filmée, et muette, de la fameuse nouvelle du visqueux Profond H.P. Lovecraft, The Call of Cthulhu.

Ce film de 47 minutes n’existe malheureusement que sous forme de DVD à commander sur le site (voir ci-dessous), mais l’extrait mis à disposition sur le site est excellent. J’adore le côté rétro et les décors de carton et papier mâché.

The Call of Cthulhu – an HPLHS Motion Picture

The Call of Cthulhu

At last, the stars are finally right…
 
The H.P. Lovecraft Historical Society presents its all new silent film of The Call of Cthulhu. The famed story is brought richly to life in the style of a classic 1920s silent movie, with a haunting original symphonic score. Using the “Mythoscope” process — a mix of modern and vintage techniques, the HPLHS has worked to create the most authentic and faithful screen adaptation of a Lovecraft story yet attempted.
 
This extraordinary motion picture is now available on DVD. The DVD also features a making-of documentary, high-fidelity and Mythophonic audio, special features, and intertitles in twenty-four languages.
 
Audience Award – Best of Show
Jury Award – Best Short Film
2005 HP Lovecraft Film Festival!
 
Order your DVD now!

J’avais déjà présenté un projet similaire dans un précédent papier.

Une exposition mélangeant la cryptozoologie (comprenez Sasquatch, Yéti, Dahu et autres animaux phantasmés) et l’art. A voir au Bates College Museum of Art (Lewiston, Maine) de juin à octobre 2006.

Cryptozoology: Out of Time Place Scale

Merci Boing Boing.


Image tirée de la fourre de la version japonaise du DVD de Kaïro.

Alors qu’une très jeune admiratrice se perdait à mater les pochettes des films de son héros — Winnie l’Ourson —, je me suis permis de jeter un œil au rayon nippon de ma dévédéthèque de quartier. Par pur hasard, et de fort bon aloi, je suis tombé sur un réalisateur que je ne connaissais pas (pas plus que les autres cinéastes de l’archipel) : ?? ? Kurosawa Kiyoshi (né en 1955 à ?? K?be — rien à voir avec son homonyme ?? ? Kurosawa Akira). Au hasard, j’ai emprunté un long métrage dont le nom faussement égyptien invitait au voyage : ?? (prononcez ???, c’est-à-dire « Kaïro »), ce qui ne signifie rien d’autre que « circuit » (sous-entendu électrique — l’adaptation anglaise du titre étant d’ailleurs Pulse).

Il s’agit d’un film fantastique dont le propos sentirait presque le déjà-vu : un jeune informaticien replié sur lui-même (du genre nerd ou geek) meurt étrangement pendu, après avoir voulu franchir une énigmatique zone interdite. L’origine de cette folie ? Un site Internet fantôme, une sorte de twilight zone informatique qui se charge automatiquement sur les bécanes (et se connecte au Réseau en émettant la fameuse tonalité des modems 56 ko/s de l’époque — le film date de 2001). La suite est délectable, puisque bon nombre de jeunes et pimpantes personnes y passent aussi, laissant derrière elles des traces noirâtres sur les murs, à l’endroit de leur disparition (ombres mouvantes, mais ça, je vous laissse le découvrir par vous-même).


Kumiko Aso et Haruhiko Kato dans la même galère (genre « Radeau de la Méduse ») ;
sur le mur, il est écrit ???, c’est-à-dire « au secours ».

Un jeune homme vaillant (?? ?? Haruhiko Kato) et une jeune fille qui ne l’est pas moins (??? ?? Kumiko Aso) décident de tirer l’affaire au clair sans pour autant finir sinistrement embastillés dans un tube cathodique. Je ne vous raconte pas tout, sinon vous allez finir par me péter la gueule ou organiser une pétition pour me faire excommunier du blogue. Cependant, je peux quand même vous en dire un peu plus sur l’atmosphère délectable qui domine le film et qui nous accompagne sur quelque deux heures. À mesure que les braves âmes qui entourent les personnages principaux disparaissent dans les limbes de la Toile, une ambiance d’état de siège s’instaure, le brouillard se fait de plus en plus persistant, les rues se vident (ce qui, pour les spectateurs autochtones, représente sans doute une prouesse) et l’indicible envahit peu à peu le nôtre, de tube cathodique. Le propos central est celui de la solitude. Ces âmes errantes ne sont-elles pas, finalement, de simples pékins (je ne pouvais pas dire « tokyos »), des ?? otaku de la vie (comme beaucoup de Japonais, semble nous dire le réalisateur) ?

La trame du film est limpide, la tension constante et l’économie des moyens effarante : un bon Final Cut Pro et n’importe qui — avec un peu de sensibilité tout de même — peut faire la même chose. Mais ce satané Kurosawa Kiyoshi nous mène en bateau (c’est le cas de le dire — voir le film pour la solution de cet inside joke), et nous nous surprenons à écarquiller les paupières, à ronger nos ongles et à nous gratouiller les rouflaquettes (je dis ça pour les Hell’s Angels qui me liraient). Bref, la mayonnaise prend. Et je ne suis pas le premier à le dire. Voici ce qu’en raconte (et avec quelle fougue !) un certain Manuel Merlet, rédacteur de la rubrique cinéma du site fluctuat.net :

« Passé sa mise en place, le récit évacue toute péripétie. L’image n’est plus subordonnée à l’histoire, elle en est l’origine même et la fait évoluer. Ainsi les visions s’enchaînent. Elles se succèdent à un rythme rendu hypnotique par la récurrence des couleurs et des formes. Les corps s’effritent, le brouillard s’étend et la mort prend de l’ampleur. La force de la mise en scène est de rendre logique ces disparitions. Après avoir extrait toute substance des personnages au contact d’une technologie lisse et hostile, après avoir effacé en eux les dernières traces d’individualité, leur dissolution semble inéluctable, programmée. Les êtres sortent du champ, laissant derrière eux une ombre qui vient en renforcer la vacuité. Si ce film obsédé par le néant est peut-être une métaphore de la morbidité de la communication, il constitue surtout une longue mélopée dont les voix tentent de combler le vide ambiant.
Les signes s’y délitent, deviennent points pris dans l’infini de l’espace ou lignes de plus en plus restreintes et qui, malgré tout, résistent pour continuer à remplir le cadre, à lui insuffler de la vie. Car si la dimension visionnaire du film produit des magnifiques tableaux touchés par le doigt de la mort, elle en est aussi la part régénératrice. L’imagination et l’invention formelle ouvrent la voie du salut et de la renaissance. Elles haussent Kaïro au niveau du requiem, du chant dédié aux morts par les vivants. »


Kurosawa Kiyoshi (photographie © Filmfest München 2005)

Je vous invite à découvrir d’autres films de ce cher Kurosawa Kiyoshi, notamment ???? (Charisma), qui est — ô bonheur — fourni en doublette avec Kaïro, dans la même boîte (en principe, vous louez donc deux films pour le prix d’un). Cela dit, pour plus d’infos au sujet de ce réalisateur, visitez Fantastikasia, le susmentionné Fluctuat ou tout simplement Wikipédia en japonais ou en anglais. Sur ses réalisations les plus connues, la Strictly Film School vous livrera également de bons tuyaux.

N.B. Si vous vous chopez un spectre sur Safari ou dans Internet Explorer, rien ne sert de bloquer les pop-up’s. Jetez un œil sur Ghost Study (sont vraiment à l’ouest ces Californiens) ; vous y trouverez peut-être des infos sur votre nouveau compagnon…

Quelques phrases qui se voudraient finaudes, à propos du Chant de Kali, de Dan Simmons. “C’est un peu tard, jeune homme” (à défaut d’être court), voilà ce que pourront rétorquer les initiés. Ce premier ouvrage d’importance couché par Simmons date en effet de 1985. Pour paraphraser les nombreux et systématiquement élogieux commentaires qui y font référence, cet hymne sombre à la vénéneuse ville de Calcutta reste l’un de ses meilleurs livres.

Autant le dire, j’en suis resté baba. Mais ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas d’un stage à Goa, où les kilos perdus en sueur et autres lévitations déféquantes sont autant de témoignages d’un débouchage (sic !) définitif des chakras. Ce livre agit comme une méthode pénible, un lent apprentissage de la vraie souffrance (cruel, mais juste). Les cieux peu propices à la déconnade sont en effet lourds du côté de Calcutta. Mais voilà voilà, ça pourrait être pire, pas ?

Effectivement. Pire, ça le deviendra peu à peu, et sans trop de peine. On hésite parfois à deviner la suite, parfois un tantinet prévisible, passqu’on se met à avoir les chocottes, voilà pourquoi. Quant à la grandiose fin de l’ouvrage, un terrible crescendo spiralesque de descente aux enfers (bien dit), on peut allègrement arguer que Simmons fait tout comme il faut, à mon humble avis.

Le Chant de Kali est un livre brillant, dont la version française (traduction Bernadette Emerich, une petite bise aussi) est plus que recommandable. C’est une lecture dont on ressort avec une couleur triste, un progressif retour au beau pays qu’est la Suisse, en somme.

Quatrième de couverture
Il est des lieux maléfiques qui ne devraient pas exister. Il est des villes malfaisantes où l’on ne peut demeurer. Calcutta est de celles-là. Avant Calcutta, pareille idée m’aurait fait rire. Avant Calcutta, je ne croyais pas au mal, et surtout pas comme s’il était une force indépendante des hommes. Avant Calcutta, je n’étais qu’un imbécile. ” Robert Luczak est envoyé à Calcutta par sa maison d’édition pour récupérer le mystérieux manuscrit d’un poète que tous croyaient mort depuis huit ans. Mission simple en apparence, mais qui prend des allures de descente aux enfers dès lors que son chemin croise celui des Kapalikas, secte vouée à l’adoration de la meurtrière Kali dont les membres font régner la terreur sur la ville. Sacrifices humains, cadavres ressuscités, meurtres en pagaille… Luczak comprendra – mais trop tard – que rien n’arrête le chant macabre de Kali.

D. Simmons > Song of Kali” /><br />
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Le chant de Kali
de Dan Simmons
Titre original: Song of Kali (traduction de l’américain par Bernadette Emerich)
Éditeur : Editions Gallimard (3 février 2005) [1985 pour l'édition originale]
Collection : Folio science-fiction
Format : Poche – 372 pages
ISBN : 2070316440

Laurie Lipton

01.09.2005

Pour ceux que le vortex de la petite mort chahute encore parfois, voici un semblant de tour du propriétaire, version Laurie Lipton.

Family Reunion
Family Reunion
66 X 96.5 cm, charcoal and pencil on paper, 2005

Facelift
Facelift
53 X 40 cm, pencil on paper, 2005

Des farceurs, quasi-doublés de fieffés croquants, se sont bien amusés à représenter graphiquement les créatures fantastiques décrites par J. L. Borgès dans son Livre des êtres imaginaires:

Fantastic Zoology

Mandragore
La Mandragore

The complete series of illustrations for The Book of Imaginary Beings was done by the graduate students in the Department of Illustration and Art of the Book at the Vakalo School of Art and Design in Athens, Greece. The project was carried out under the Art Direction of Hector Haralambous and Dimitris Kritsotakis and started with a few selected students. As it went on many more students insisted that they had fallen in love with the theme of the book and that they would like to do it as well.
It was so successful that it ended with the completion of 20 original series of illustrations of 150 – 200 drawings each. The best drawings were designed by Costas Koutsoukos. George Mastrandonis, lecturer of Web Design at the Digital Design Workshop of Vakalo School of Art and Design, and his students designed a web site for The Book of Imaginary Beings, a site that contains not only these illustrations but also the complete text of the book as well as a “search” feature that has been deployed extending the site’s research usability.

Mis à jour 2oo6o326 @ 1o24

Koutsoukos Kostas nous signale que le site a changé de place :

http://www.hum.au.dk/romansk/borges/vakalo/zf/Default.htm
http://www.uiowa.edu/borges/vakalo/zf/Default.htm

Hattori Naoto

31.08.2005

Aliens, virii, Mona Lisa cyberpunk et fées cruelles, quelles belles illustrations pour une chambre de fille! L’art c’est vraiment essentiel pour grandir.

Hattori Naoto

Biogasholic
Biogasholic
4.1″ X 5.9″, Acrylic on board, 2004

Merci Horrible.

Tiraillé habilement entre la honte insurmontable de lire une traduction et la brûlure de l’envie aux conjoints des lèvres, je me suis éventuellement arraché une plume du cul bien limée et j’ai acheté I Am Legend de Richard Matheson en bon français.

Un peu déçu par la mine bouffie du pavé-dantec que j’ingurgite en ce même temps, j’ai donc pris une pause entre deux avions et j’ai lu I Am Legend en un jour. Maigre exploit, bien peu glorieux mais sans racines, aucune. Dévoré, ingéré, phagocyté pores-béants.

Image: Aller simple via la fosse sceptique pour Anne Rice et ses histoires de vampires tapettes aux relents de pôvre transsexuel rance refoulant l’imberbe de son pubis mal bandé.

Légende de l’image: Je parlais l’autre jour d’un nouveau roman pour boutonneux sur les vampires et la voie scientifique que l’auteur avait choisie pour traiter du sujet. Ben là, c’est exactement ça, juste avec 50 ans d’avance et le rythme d’une bossa nova des hanches qui ferait pâlir le Buena Vista Disney Club, et ce malgré un quasi-constant huis-clos (certes classique) de la gorge. Une grandiose (re)lecture du mythe du vampire et du grand classique film de zombies. Différent.

Sans surprise, une fois de plus, la fin est une cheville brisée à 180°, comme je les affectionne.

Merci quand même, Nathalie.

Quatrième de couverture
Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l’abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil… Chaque nuit, les vampires le traquent jusqu’aux portes de sa demeure, frêle refuge contre une horde aux visages familiers de ses anciens voisins ou de sa propre femme.
Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l’ultime survivant d’une espèce désormais légendaire.

C. Doctorow > Down and Out in the Magic Kindgom” /><br />
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Je suis une légende
de Richard Matheson
Titre original: I Am Legend (traduction de l’américain par Nathalie Serval)
Éditeur : Gallimard (9 mai 2001) [1954 pour l'édition originale]
Collection : Folio science-fiction
Format : Poche – 228 pages
ISBN : 2070418073

Une liste de bouquins/nouvelles/et alii de Jules Verne en format électronique, dont des oeuvres mises à disposition par le Projet Gutenberg.

Maléfique

31.07.2005

Vendredi dernier, au cours d’une frénésie de zapping spasmodique appuyée d’un ennui post-ccna bien traumatique, je suis tombé par hasard sur Maléfique, un film bien malade diffusé comme Film de minuit sur la TSR, qui m’a littéralement aplati sur ma natte de tatami.

A classer plutôt dans l’horreur fantastique que dans la SF pure, l’histoire est celle du journal intime d’un ancien détenu aux pouvoirs occultes trouvé par les quatre protagonistes du film et censé contenir des formules magiques permettant de jouer au passe-muraille. Un scénario somme toute assez classique. Par contre, c’est par son ambiance torturée, glauque, poisseuse, pisseuse, malsaine et presqu’étouffante (la quasi totalité du film se passe dans une cellule de prison) que le film m’a happé. Une sale impression de cauchemar sans début ni fin et l’effacement progressif de la limite entre notre réalité et celle du mauvais côté des choses – un style très lovecraftien – ont causé un afflux sanguin un peu gamin dans mon short. Le nom de Yog Sothoth est d’ailleurs clignement contenu dans certaines formules prononcées par ces prisonniers inconscients.

Les personnages, stéréotypiques sans abus, en rajoutent d’ailleurs encore une bonne couche: un transsexuel haltérophile et protecteur d’un taré congénital omnivore (il a même mangé sa petite soeur de 6 mois), un intellectuel sodomite par choix et dont la vie a brusquement changé après 2 minutes de lucidité et l’auteur du journal qui s’injectait des placentas frais en intraveineuse pour rajeunir.

Couronne sur la cerise: une chouette fin assez inattendue et qui rendrait presque triste.

Maléfique
Film d’Eric Vallete (2002, F, 90′) avec Gérald Laroche (Carrère), Philippe Laudenbach (Lassalle), Clovis Cornillac (Marcus), Dimitri Rataud (Pâquerette), Didier Bénureau (Picus)
Prix du Jury – Festival de Gérardmer 2003

Maléfique
Maléfique
Maléfique
Maléfique

Bande annonce, extrait et interview ici.

Synopsis
Une cellule. Quatre détenus. Carrère, jeune chef d’entreprise accusé d’escroquerie. Marcus, 35 ans, transsexuel en cours de métamorphose. Pâquerette, 20 ans, attardé mental. Lassalle, 60 ans, intellectuel, meurtrier de sa femme. Derrière une pierre de la cellule mystérieusement descellée, ils découvrent un livre : le journal d’un détenu, Danvers, qui occupait ce lieu au début du siècle. Ce journal renferme des formules aux pouvoirs magiques qui permettraient de s’évader… Mais depuis la découverte du livre, des phénomènes étranges et inquiétants se multiplient dans la cellule. – Fantastic’Arts