China Miéville - Perdido Street Station
Perdido Street Station © Gordillo, 2004

Presque jamais jusqu’ici je n’avais dévoré un livre aussi lentement et avec autant de délectation. Jamais ! D’habitude lorsque le 5/6 sur l’échelle des guilis est atteint j’essaie de finir le bouquin aussi rapidement que possible, mais là, avec Looking for Jake, faramineux recueil de nouvelles de China Miéville, musculeux pape du new weird et trop à gauche pour être honnête, je suis tombé de haut, un peu comme Humpty Dumpty dans la chanson ; sauf que je n’avais ni armée ni chevaux royaux pour tenter de me ramasser à la cuiller, juste une boîte de kleenex pour effacer les traces de mon embarras.

En gros, j’ai dû mettre un bon tiercé de mois pour uploader la totalité du tome dans mon cerveau encore trop peu posthumain, juste parce que je n’avais jamais envie que ça se termine, tant la texture, l’atmosphère et les idées de ces textes étaient délectables. Essayez de vous imaginer une raisonnable peufnée de g?y? champur? accompagnée d’un magnum de sh?ch? de patate douce (ou d’awamori pour les plus solides). L’analogie est parfaite. A part peut-être que si on tentait d’ingurgiter du China Miéville, on risquerait bien de se trouver nez à nez avec un relent/mélange âcre de poussière, de graisse de machine, de terreau humide dans la bouche et une forte impression de décalage.

Ô malaise-guili, quand tu nous tiens par la queue du derrière de la next door girl, ça devient carrément de la folie. Aïe.

Après avoir goûté à China Miéville, on en reveut, on en a des cauchemars de milieu de régime dissocié. Et c’est les détails qui en pâtissent. Attention au spoiler, je viens de glisser.

Details
Crackle © alankin

Quatrième de couverture
Step into a London ravaged by unearthly creatures at once utterly alien and chillingly familiar. In China Miéville’s award-winning novella ‘The Tain’, we learn the reason for the invaders’ terrible revenge. In addition to ‘The Tain’, this superb collection contains thirteen short stories, of visionary cityscapes and urban paranoia, ghosts, monsters and impossible diseases. Several of the stories are published here for the first time including one in comic-strip form, illustrated by Liam Sharp.

China Miéville > Looking for Jake
Looking for Jake and other Stories

de China Miéville
Éditeur : Pan Books (Août 2oo6)
Format : Poche - 32o pages
ISBN : o-33o-43418-7

utopod 006 > Goûter, savourer, en reprendre

Nos colocataires de l’utopod ont à nouveau sévi avec un épisode oo6 qui se présente comme une geste culinaire, bien goûteuse et juteuse à souhait et qui finit traîtreusement par nous montrer une putride croupe vénéneuse pleine d’une horreur cosmique aux éons non comptés. Pour les moins fragiles du diaphragme d’entre nous.

Ai-je besoin de mentionner que Jean-Pierre Andrevon nappé du fin accent chaux-de-fonnier de l’excellent Philippe Hertig vaut son pesant de cervelle trépidante et un 6/6 sur l’échelle de guilis obtenu bien trop facilement ? Une fois encore, c’est rageant en bien.

utopod 006 > Goûter, savourer, en reprendre, de Jean-Pierre Andrevon
null

La concurrence étant ce qu’elle est, votre serviteur, rongé par des seilles de jalousie en ces jours sombres au goût fadasse de fin du web, s’est finalement décidé à vos offrir l’intégralité de cette perle de la science perdue de l’audiobook francophone qu’est Le Monstre sur le seuil lu par Jacques Dufilho dont nous vous entretenions il y a quelques jours.

dufilho.jpg

confocal.jpg
Confocal Microscopy, image © University of Delaware, 2004

À tout seigneur tout honneur. Pas plus tard que vendredi passé, notre Administrateur xénobiophilique, Garde des Marches du Levant, Hérault des Armées de l’ombres et blogueur émérite publiait une hagiographie utopodienne digne de la Geste de sire Arzur Pendragon. Rendons-lui la politesse et annonçons l’avènement du plus abominable, du plus suintant, du plus profond et donc hautement passionnant blogue science-fictif : Under Vhoorl’s Shadow (traduisez : « À l’ombre des vieux poulpes en fleur »).

Tout le monde connaît le sieur Howard Phillips Lovecraft, hm ? Dans le doute, je m’en vais tout de même commettre un petit rappel des faits :

Nostr’homme naquit le 20 août 1890 à Providence, dans l’état de Rhode Island (nord-est des États-Unis). Enfant maladif, il fréquenta peu l’école mais lut beaucoup dès son plus jeune âge. Son grand-père se chargea (avec goût) de la construction de son imaginaire en lui mettant entre les mains Les mille et une nuits, L’iliade et L’odyssée et en lui narrant d’inquiétantes historiettes gothiques de son cru.
 
Le petit Lovecraft rêvait de devenir astronome, mais il ne put jamais suivre de formation universitaire, et pour cause : une dépression nerveuse l’empêcha d’achever ses études secondaires. L’impossibilité de parfaire sa formation fut, sa vie durant, une grande source de frustration. Si Lovecraft affûta ses premières armes littéraires en poésie, il se consacra, dès la fin des années 1910, à l’écriture de nouvelles fantastiques.
 
En 1924, il épousa Sonia Haft Greene et déménagea à Brooklyn. Le couple ne parvint pas à faire face à ses difficultés financières ; c’est sans doute de cette époque que datent les conceptions racistes et paranoïaques de Lovecraft, ce dernier ne comprenant pas qu’un homme de « race blanche » tel que lui fût incapable de trouver du travail au milieu d’une population immigrée et… laborieuse. Le mariage ne dura pas et Howard s’en retourna dans le Rhode Island chez l’une de ses tantes.
 
Les années qui suivirent son retour à Providence furent les plus prolifiques de sa vie. Il publia bon nombre de ses œuvres dans les colonnes des pulps, notamment Weird Tales. Bien qu’il produisît à cette époque ses textes les plus fameux, la misère ne le lâcha pas d’une semelle. En 1936, alors que Lovecraft souffrait de malnutrition, on lui diagnostiqua un cancer de l’intestin qui l’emporterait l’année suivante, le 15 mars 1937.

Le maître de Rhode Island est aujourd’hui encensé, adulé malgré ses zones d’ombre (à chacun son Céline), pour avoir créé l’un des plus célèbres mythes modernes : celui de Cthulhu, créature tentaculaire et divinité déchue du lointain système de Xoth. Cela faisait belle lurette que notre Ami Hau Ruck (prononcez « Hhaou’ Rrouqr ») tournait autour du pot lovecraftien, ses doigts le démangeant comme ceux de l’inspecteur louisianais John Raymond Legrasse. L’écho crépusculaire d’une affreuse litanie (Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn !) torturait à tel point son esprit fiévreux qu’il allait à son tour réveiller le titanesque syndic de R’lyeh.

Le frénétique — et néanmoins génial — créateur des Xénobiophiles lança donc, en février dernier et à son corps défendant, un blogue consacré exclusivement aux gargouillis délétères des Grands Anciens. Afin de respecter le sabir dans lequel s’exprimait l’antiprophète de Providence, notre ami oublia la langue de ses ancêtres ; c’est donc en anglais qu’il rappellera régulièrement à l’ordre la horde des adorateurs médusés, hébétés dans la scansion sempiternelle de ce mantra sybillin :

Iä, iä, Chtulhu fhtagn !

Aujourd’hui, heureux d’assister à la naissance d’un nouveau site horrifique, admiratif devant une telle confession de foi, inquiet cependant devant la montée en puissance de la Chose lovecraftienne (tremblez, tremblez, pauvres pécheurs !), je ne peux que vous encourager à risquer vos mirettes under Vhoorl’s shadow, c’est-à-dire dans le coin le plus sombre de la Toile…

Under Vhoorl’s Shadow
Flux RSS
Flux RSS 2
Flux Atom

Une petite merveille audio pour vos feuilles verdoyantes, chers fidèles. Jacques Dufilho lisant Le Monstre sur le seuil de H. P. Lovecraft (le fichier audio n’offre malheureusement que la première partie du texte). Et le mieux, c’est quand même bien les efforts que le pôvre Jacques fait pour tenter de prononcer les topo/patronymes correctement en anglais. Et il est beau son accent à Jacques. Je vous recommande tout particulièrement son fascinant « Miskatonic » :

Le Monstre sur le Seuil - H.P. Lovecraft - Jacques Dufilho

dufilho.jpg

Merci Under Vhoorl’s Shadow.

C’est hallucinant ce que personne ne me tient au courant dans ce monde de brutes épaisses. Il a fallu que je retourne sur Monster Brains par hasard, dont nous vous parlions un peu plus tôt, pour découvrir avec une putride horreur cosmique que notre Maison d’Ailleurs préférée planifie une exposition basée sur The Commonplace Book de H. P. Lovecraft :

Concept
“An exhibition of unspeakable things” is an exhibition project of the Maison d’Ailleurs, Museum of science fiction (in Switzerland), based on a text by writer H. P. Lovecraft, the Commonplace Book. This work by Lovecraft, consisting of ideas to be developed at a later date, will be used as the basis for illustrations produced by brilliant comics authors/illustrators. The exhibition will present more than one hundred original works by artists whose only common ground is to be willing to embark on such a delirious journey.

Plus d’infos alléchantes et administratives chez Monstrer Brains.

Merci Under Vhoorl’s Shadow.

Archives Lovecraft

18.03.2007

The Temple of Dagon vient d’annoncer la réouverture de sa section contenant des nouvelles, poèmes et autres écrits du Grand Maître poissonneux lui-même. Une vraie orgie de délices putrides :

The Lovecraft Archive

Merci Under Vhoorl’s Shadow.

Illustration The Fountain
Bien qu’en retard, le guelu annoncé fin novembre s’invite enfin sur ce blog pour proposer une troisième excroissance à la famille jusqu’alors bicéphale des Xénos.

Ouverture des hostilités, donc, au travers d’un film qui ose mélanger SF, fantastique et métaphysique, dans une histoire en trois épisodes étalée sur 1000 ans et avec deux Wolverine de plus que la plupart des films à l’affiche (Le Prestige, Scoop, Flushed Away), soit trois.

Ça s’appelle The Fountain.

Avant d’entamer le vif du sujet, notez que le présent post ne dévoile rien de particulier quant à l’intrigue, pour quiconque se rassasie d’une ration hebdomadaire raisonnable de bandes annonces et de synopsis. Et puis, tout le monde le sait, c’est Émile le tueur.

On imagine assez bien Darren Aronofsky, le réalisateur, en maniaque tourmenté, occasionnellement l’oeil vitreux et la tignasse hirsute, le petit doigt tremblotant au rythme d’un métronome posé sur sa table de chevet pour s’endormir. Ses films précédents partageaient en effet un côté obsessionnel jusqu’au-boutiste qui avait choqué les âmes sensibles.

Dans Pi, l’obsession était d’ordre scientifique: il fallait trouver la solution au problème mathématique, quitte à en sacrifier sa raison. Dans Requiem For A Dream, chaque personnage alimentait une addiction culturelle (l’argent, la drogue, la télévision) qui l’entraînait dans une spirale infernale. The Fountain se défait de l’esprit quelque peu malsain de ses prédécesseurs et recentre le sujet: les trois héros ne sont qu’un et ils partagent une même obsession, émotionnelle cette fois. L’amour, au travers de la recherche d’immortalité.

Graphiquement, le film brille. Des décors amazoniens aux paysages cosmiques, qui rappellent sans les envier ceux du Solaris de Soderbergh, les images distillent une riche ambiance suspendue entre mythe et métaphysique. Coincé au milieu, l’épisode contemporain semble bien froid face à l’héroïsme aventurier des conquistadores ou le futur symbolique et abstrait.

Fidèle au poste, Clint Mansell livre une bande originale à l’image de l’histoire: une ritournelle entêtante qui tourne et se répète, inlassablement. Il se développe ainsi une inéluctabilité musicale et narrative qui fait autant la force que la faiblesse du film: les éléments s’enchâssent minutieusement, les images valsent, les trames se recoupent et se complètent. La maniaquerie presque helvétique de l’horlogerie semble abolir tout espoir de tension ou d’ambiguïté.

Au final, le puzzle est si parfait qu’avec le recul on n’en distingue plus les pièces et l’oeuvre se résume à un tableau, certes resplendissant, mais aussi lisse, alors que notre esprit aurait voulu jouer avec un peu plus librement.

L’excellent (et tout bientôt plus prolifique que les Xénos) blog Au-dessus de Chiba (à une encablure de la maigre masure de votre serviteur par ailleurs) nous présente une petite gâterie bien alléchante dans son dernier papier : Bloodsilver, un roman western steampunk vampire uchronique de M. Wayne Barrow, qui méritera sans aucun doute bien plus que toutes nos attentions.

Et traduit par Johan Heliot et Xavier Mauméjean, nos apôtres francophones du steampunk, c’est pas peu dire.

On nous reprochera bien sûr de présenter un bouquin que nous n’avons même pas encore lu, mais apparemment ça en vaut bien la peine, et les Xénos comme liste de commissions, c’est quand même bien pratique, hein?

En fait, ça faisait quelques lurettes déjà que le Grand’Œuvre de Roland C. Wagner me tentait du bout de ses doigts inlassablement vrillés sur le mulot.

Et là, après la lecture de La saison de la sorcière, je ne sais quoi vous dire. J’ai des sentiments très divers sur ce bouquin, pensées que j’ai de la peine à mettre en forme pour ce papier, d’où le choix abject de lister lesdits sentiments sous forme de liste, non numérottée, la liste. Voici donc mes billevesées tripales sans analyse aucune :

  • J’ai bien aimé l’ouvrage dans son ensemble. Je l’ai lu sans anicroche, très prestement.
  • L’histoire est assez, voire très, délirante, et dans un sens plutôt positif. C’est même rafraîchissant, je trouve. Personnellement, je n’avais rien lu de similaire avant, mais une fois encore, le verso de mes über-oreilles de Dumbo sont loin d’avoir perdu leur humidité et ne feront donc jamais office de référence.
  • Je n’ai pas vraiment été attaché par les personnages que j’ai ressenti parfois un peu fades, mais peut-être qu’ils sont là juste pour servir de plus hautes sphères de l’histoire, un peu comme les bidasses-héros d’une guerre mondiale à l’échelle du monde entier.
  • Les guilis dans le slip n’étaient pas au rendez-vous. Sans toutefois que mère Déception n’y perde son chat.
  • Le côté rock et les références musicales ont canalisé certaines de mes pensées (les encore saines) en direction de Norman Spinrad, auteur que j’adore presqu’toujours. On y retrouve le ton engagé et rebelle un peu punk dudit N. S.. Pas étonnant que R.C.W. s’adonne au préfaçage de certains ouvrages traduits de Spinrad.

J’aimerais donc beaucoup lire les réactions/commentaires/analyses de ceux d’entre vous qui avez également lu La saison de la sorcière et en êtes sortis indemnes sous toutes les faces. Et par-dessus tout, j’aurais besoin des lumières de nos adeptes pour guider mes pas borgnes entre les méandres restant de l’œuvre de M. Wagner.

Et voilà, j’ai tellement perdu les pédales que je ne vous ai même pas présenté l’histoire de la Sorcière. Je vais de ce pas me pendouiller au bout d’une corde de remords ectoplasmiques en me passant Hey! (Rise Of The Robots) des Stranglers.

Sinon, si vous préférez le sérieux aux Xénos quelque peu délirants ces derniers temps, M. Wagner nous parle lui-même, et très bien en plus, de son bouquin via son blog :

La rançon du succès
Une leçon de modestie

Quatrième de couverture
La Chine a envahi la Mongolie, la France est occupée par les Etats-Unis, une guerre civile sans précédent menace l’Inde, lorsqu’une vague d’attentats à peine croyables bouleverse la planète. Un ptérodactyle géant arrache le Tout Eiffel, des statues de Mao ravagent Pékin, un Godzilla dévaste le port de Yokohama et des soucoupes volantes auraient procédé à des abductions dans l’Arkansas. Face à ce terrorisme surnaturel, la communauté internationale se lance dans une chasse aux sorcières d’un nouveau genre, enrôlant de force tout ce que la planète compte de magiciens potentiels. Le futur n’est plus ce qu’il était, et ce n’est décidément pas la bonne saison pour sortir de prison.

Roland C. Wagner
C’est avec un humour tantôt grinçant tantôt désopilant, que Roland C.Wagner s’attache, depuis le début des années 1980, à dénoncer les dérives de l’impérialisme au travers textes engagés comme La saison de la sorcière, pax Americana ou plus récemment L.G.M. Ce qui ne l’empêche ni de rêver à des mondes lointains (Le chant du Cosmos, Les aventuriers des étoiles), ni de s’amuser (Les futurs mystères de Paris).

wagnersorciere.jpg
La saison de la sorcière

de Roland C. Wagner
Éditeur : J’ai Lu (4 Juillet 2oo6)
Collection : Science-fiction (JL8071)
Format : Poche - 222 pages
ISBN : 2290325589
XLII - exliibris

Sinon, RCW nous signalait via son Gomeux Disparate que plusieurs de ses textes étaient à disposition, gratos, sur le ouèbe, notre ami dans la lutte contre les DRM :

De la lecture à l’œil

Merci pour tout.

K-PAX

25.09.2006

aff_k-pax.jpg
Fragment de l’affiche du film K-PAX avec Kevin Spacey et Jeff Bridges
Photo © United International Pictures (UIP), 2001

Il y a six ans, une entreprise tessinoise basée à Mendrisio commercialisait de la marie-jeanne par le biais d’Internet. Elle s’appelait Kpax. La cyberboutique n’existe plus, la police ayant liquidé ce qui promettait d’être une affaire aussi juteuse que fumeuse. Mais pourquoi diable les si sérieux et respectables (!) Xénobiophiles vous font-ils perdre votre temps avec des histoires de chanvre plutôt que de vous parler de votre violon d’Ingres, cette chère S.-F. déjà passablement sujette aux drogues, et pas des moindres (consulter, à ce sujet, l’excellent ouvrage de François Rouiller, Stups & fiction aux éditions Encrage / Les Belles Lettres) ? Parce qu’un film fantastique porte le même nom (à un trait d’union près), alors qu’il est sorti au cinéma une année après la fermeture de la boutique de tétrahydrocannabinol. Les producteurs du film s’approvisionnaient-ils sur la Toile helvétique ? Nous ne connaîtrons sans doute jamais le fin mot de cette énigme.

Après cette plantureuse mise en bouche, venons-en aux faits, ou plutôt au film d’Iain Softley, K-PAX. L’intrigue se base sur une nouvelle de l’écrivain new-yorkais Gene Brewer, généticien de formation et auteur d’un recueil éponyme édité chez St. Martin’s Paperbacks. Le film s’ouvre sur l’apparition, au milieu du hall de la gare principale de New York, d’un personnage aussi aimable qu’étrange : Prot (joué par l’excellent Kevin Spacey). Alors qu’il aide une femme à se relever, après qu’elle s’est fait voler son sac à main, la police l’interroge sans ménagement. Calmement, il explique qu’il ne voyage pas en train et qu’il vient… d’une autre planète. Ces quelques mots suffisent à le faire transférer dans un hôpital psychiatrique de Manhattan où il rencontre le professeur Mark Powell (Jeff Bridges). Habitué aux élucubrations les plus abracadabrantes, le praticien écoute d’une oreille condescendante les révélations de cet homme venu d’ailleurs.

prot.jpg
Prot (Kevin Spacey) supporte mal la lumière terrestre.
Photo © United International Pictures (UIP), 2001

Au fil de leurs entretiens, le médecin est forcé de reconnaître que s’il n’est peut-être pas un extra-terrestre, Prot n’en est pas pour autant un idiot. Son patient lui décrit son origine avec une grande précision : il viendrait de la constellation de la Lyre à quelque mille années-lumière de notre Terre et aurait voyagé dans l’espace à une vitesse plusieurs fois supérieure à la constante c. Powell présente son malade à Steve (Brian Howe), un ami astrophysicien. Ce dernier reste bouche bée devant la pertinence des propos de Prot. Les convictions du psychiatre se voient peu à peu émoussées face à ce patient aussi énigmatique qu’attachant. Parce qu’il le soupçonne de souffrir de catatonie, Powell décide de soumettre Prot à des séances d’hypnose.

powell.jpg
Le Dr Powell (Jeff Bridges) incrédule. Au début.
Photo © United International Pictures (UIP), 2001

Fluide, au bénéfice d’un scénario simple et efficace, K-PAX conserve tout son mystère jusqu’à la fin — voire même au-delà. La fascination qu’exerce le personnage joué par Kevin Spacey n’est pas sans rappeler (avec toutefois plus de sérénité) celle d’un Jack Nicholson dans One Flew Over the Cuckoo’s Nest. Bref, un excellent film qui m’a donné bien envie d’en savoir un peu plus sur ce cher Prot et le cycle de nouvelles de Gene Brewer (un nom à cultiver du houblon, et non du chanvre, reconnaissons-le). Ah, j’allais oublier — saluez votre vidéothécaire de ma part ; il me doit une fière chandelle.

couv_dvd_k-pax.jpg
K-PAX, l’homme qui vient de loin
Universal Pictures, 2002
Durée : 115 minutes

couv_livre_k-pax.jpg
K-PAX
Gene Brewer
St. Martin’s Paperbacks, 2001
256 pages

Le troisième épisode de Pseudopod, podcast de l’horreur encore tout frais, nous sert un petit bijou de concentré de cauchemard d’enfance. Little Boy Leg Bone, bébé effrayant de Richard Warren, nous raconte l’histoire familière d’un petit garçon qui essaie tant bien que mal de vivre avec ses démons (ceux qui se cachent sous votre lit et dont un bon duvet/couverture bien tiré jusqu’aux oreilles nous protège si bien). Très efficaces ces frissons filtrés par le regard naïf d’un petit enfant. Même aux aurores et en pleine route pour le turbin ça rafraîchit.

Qui a dit que Pseudopod faisait dans le happy end ? Menteuuuuûr !

Enfin, moi personne ne me croit jamais. Moi si. Et c’est ça qui importe.

http
mp3
Pseudopod

Extrait
And Myrriden watched, perched on the dresser. Jack saw him through the corner of his eye. A tall man, tall like Daddy, but his legs and arms weren’t right–long and thin, they reminded Jack of spiders.

Myrriden held a flute to his lips. White, bone white. A leg bone, Jack knew that. Little Boy Leg Bone. The soft music sounded like wind through dry leaves and the distant cry of dogs. It made Jack’s shins ache.

cerveau.jpg
5 Years on Air, © Lebedev, Soloviev et Pashenko de l’Art. Lebedev Studio, 2006

Au début, ce n’était qu’une tasse de café et un croissant au beurre dans l’un des quartiers les plus populaires de ma ville. Entre deux cigarettes, un pote graphiste me recommanda un film que j’avais raté au cinéma (pour la simple raison que je n’y vais plus) : The Jacket. Alors que je m’apprêtais à en louer le dévédé dans un vidéo-club flambant neuf du centre-ville, l’esclave de service me recommanda chaudement d’emprunter aussi une autre galette dont la thématique s’avérait assez proche : L’effet papillon (The Butterfly Effect). De retour dans les rayons de la boutique, je tombai sur Memento puis sur L’échelle de Jacob (Jacob’s Ladder), films dont d’autres amis m’avaient aussi touché mot et que je n’avais encore jamais visionnés (parce que j’en avais tout bonnement oublié les titres). Bref, je sortis de la « crèmerie » avec, sous le bras, quatre longs métrages qui traitaient tous, avec plus ou moins de talent, du thème de la mémoire. Ou, plus précisément, de sa perte.

Une rétrospective improvisée sur le thème de l’amnésie occupa donc les quatre soirées qui suivirent. Dans les quelques lignes ci-dessous, je vais brièvement vous faire part de mes impressions en me gardant bien de déflorer le dénoûment de chaque film (je déteste qu’on me fasse ce coup-là — je ne vais pas vous le faire subir). Les voici, dans l’ordre de leurs sorties sur grand écran.

L’échelle de Jacob (Jacob’s Ladder), 1990
Le film s’ouvre sur une scène de guerre. Au Viêt Nam, quelques soldats têtent paisiblement leurs joints quand, soudain, certains d’entre eux commencent à se sentir mal. Les balles se mettent aussi à pleuvoir de partout et ce qui devait être une jolie soirée au clair de lune se transforme rapidement en enfer chaotique. L’un des Américains, Jacob Singer (Tim Robbins) s’échappe dans la jungle mais reçoit aussitôt un méchant coup de baïonnette dans le ventre.

De retour à la vie civile, Jacob est travaillé par ses souvenirs de combat. Jusque-là, me direz-vous, rien que de bien classique. Oui, mais ce ne sont pas que les fantômes du passé qui hantent notre vétéran. D’autres apparitions, bien moins humaines celles-là, commencent à le poursuivre. Hallucinations, folie, effets post-traumatiques ou… secret d’état ?

Dirigé par Adrian Lyne (Indecent Proposal, Lolita) sur un scénario de Bruce Joel Rubin (Ghost, Deep Impact), L’échelle de Jacob garde son secret jusqu’au bout. La mémoire est ici le terrain d’un combat bien réel contre la mort qui, dès le début du film, semble bien avoir pris ses quartiers dans le corps et l’esprit du personnage principal.

jacob.jpg
Dans la tête de Jacob Singer (joué par Tim Robbins), la guerre du Viêt Nam continue.
Image © Lions Gate, 1998

Memento, 2000
Leonard (Guy PearceL.A. Confidential, Ravenous) n’a plus de mémoire à court terme. Ou plutôt, celle-ci ne dure que quinze minutes. Tous les quarts d’heure, il ne se rappelle plus ce qu’il vient de faire (amnésie antérograde). Ennuyeux, surtout quand on a décidé de liquider l’assassin de sa femme. La solution qu’a trouvée Leonard : se tatouer les indices qu’il glane sur son chemin et les confronter aux polaroïds qu’il balade dans sa poche. Dans les premières secondes du film, il descend un certain Teddy (Joe PantolianoDaredevil, The Sopranos). Scène après scène, on en sait un peu plus sur les événements qui ont mené Leonard à commettre ce crime, car le film se déroule (en partie) à l’envers. Leonard, par contre, ne sait toujours pas ce qu’il fabrique là. Quelques souvenirs qui ont précédé la mort de sa femme lui reviennent parfois l’esprit, mais est-ce bien la réalité ?

Petit chef-d’œuvre de construction, ce film est basé sur Memento Mori, une nouvelle de Jonathan Nolan (qui vient de fêter ses trente ans…) mise en scène par le frère aîné de son auteur, Christopher Nolan. Malgré un relativement petit budget (cinq millions de dollars) et un distributeur novice, ce film a obtenu dès sa sortie un joli succès, et pas seulement d’estime.

memento.jpg
La mémoire de Leonard (joué par Guy Pearce), c’est sa peau.
Image © Sony Pictures, 2001

L’effet papillon (The Butterfly Effect), 2004
Evan (Ashton KutcherJust Married, That ’70s Show) souffre depuis son enfance d’un handicap de sa mémoire à court terme, trouble qu’il semble avoir hérité de son père interné en hôpital psychiatrique. Une fois à l’université, il suit en toute logique des études de psycho. Il s’intéresse à la mémoire et notamment à la sienne qui lui laisse un temps un peu de répit. Dans la chambre qu’il partage avec un imposant et libidineux korbak, il se plonge dans la lecture de son journal, série de cahiers qui lui tiennent lieu de thérapie depuis qu’il est gamin. C’est là que le fantastique intervient : à la lecture de ses notes, il s’aperçoit qu’il est capable de se replonger dans le passé (corps et âme) et de le modifier.

Ce film est un cas d’école en matière de paradoxes temporels. Produit et scénarisé par deux réalisateurs quasi inconnus (Eric Bress et J. Mackye Gruber), il se base (comme son nom l’indique) sur une théorie du météorologue étasunien Edward N. Lorenz selon laquelle « The flap of a butterfly’s wings in Brazil set off a tornado in Texas » — à savoir le désormais célèbre « effet papillon ».

butterfly.jpg
Evan Treborn (joué par Ashton Kutcher) plongé dans ses souvenirs de cellulose.
Image © New Line Home Entertainment, 2004

The Jacket, 2005
Ce film débute lui aussi en pleine guerre — mais cette fois du Golfe (à chaque génération son Viêt Nam). Un soldat, Jack Starks (Adrien BrodyThe Pianist, The Village), reçoit une balle en pleine tête. Miraculé, il est renvoyé aux États-Unis. De retour au pays, son barda sur l’épaule, il aide une jeune mère (ivre) et sa fille Jackie à reprendre la route puis est pris en auto-stop par un détraqué. Ce dernier a tôt fait de descendre un flic croisé sur la route…

Retrouvé inconscient sur la scène du crime (où il a reçu une nouvelle balle), Jack est incapable de se défendre lors du procès qui suit cette mésaventure, et pour cause : il ne se souvient de rien. Il est condamné à la détention en hôpital psychiatrique. Là, le Mengele de service (le Dr Thomas Becker, joué par Kris Kristofferson) pratique des expériences sur le pauvre Jack. Il enferme son cobaye dans le tiroir d’une morgue non sans lui avoir auparavant passé une camisole de force et une bonne dose de drogue expérimentale. Dans son enfer claustrophobique, Jack se rend compte qu’il est capable de voyager dans l’avenir, et plus précisément à la Noël 2007.

Desservi par un scénario parfois bancal qui malmène les paradoxes temporels, ce film d’un certain John Maybury mérite toutefois le détour, ne serait-ce que pour l’excellente prestation de notre cher Adrien Brody.

jacket.jpg
Jack Starks (joué par Adrien Brody), cobaye malgré lui.
Image © Warner Home Video, 2005

En visionnant ces quatre longs métrages, il est assez aisé de repérer les influences, les filiations, surtout entre The Jacket et ses prédécesseurs, L’échelle de Jacob et L’effet papillon. Parmi ces quatre films, Memento se tient un peu à l’écart, en cela qu’il n’a pas recours au surnaturel et que sa réalisation est un véritable bijou, à la fois sur le plan du scénario que des prises de vue.

Les quatre personnages principaux ont pour motivation de corriger un événement désastreux de leur passé — voire de leur avenir. Ils ont aussi en commun la volonté de reconquérir, en fin de compte, une certaine maîtrise de leurs mémoires défaillantes.

Bref, ces quatre dévédés valent la peine d’être vus. Voire même revus, au cas où votre mémoire vous ferait défaut…

FLURB

Voici un nouveau webzine de l’étrange, compilé dans la frustration par l’illustre Rudy Rucker, écrivain de S.-F. et de science aussi.

FLURB

Manifesto
Hi, I’m Rudy Rucker, editor of Flurb.

Recently Paul Di Filippo and I wrote a story called “Elves of the Subdimensions.” I wanted to put it in my soon-forthcoming SF story collection, Mad Professor, which meant there wasn’t time to place our story in a printed magazine. So Paul and I tried a couple of SF webzines, and horrors, the fuddy-duds turned us down! Our tale was maybe too…astonishing.

And then I had a revelation that, if all I want is a Web publication of a piece, there’s no reason to go through the same painful “submission” (how apt a word) process that is standard for ink on paper zines. Thing is, if I want to see something on the Web, then why not do it myself?

So I decided to start Flurb and present the kinds of stories I like to read. Hip, witty, deep, unafraid. []

Brilliant et bien ??? : un musée dédié aux superhéros noirs apparaissant dans les comics américains, le cinéma, la télévision ou les jeux vidéos :

Museum of Black Superheros

S’il s’avère que vous en connaissez un, ou plusieurs, qui ne figure pas déjà au panthéon, n’hésitez pas à rejoindre la grande famille du ouèbe altruiste et soumettez votre sombre héros [facile !] au musée.

Frozone - The Incredibles
Frozone - The Incredibles [Disney / Pixar 2oo4]

Historical Overview
To begin with, the history of black superheroes is not easily assembled since early on, much of the work was not reported on. There aren’t volumes of books out there on the subject, and even if you look at historical books put out by major publishers - the coverage on their own black superheroes is sparse at best.

Also, companies prefer to sweep any negative and stereotypical characters from their past under the rug in order to preserve their images today. Therefore, the search for early black superheroes turns up more negative images than anything else. The history as a whole needs to be looked at in order to fully appreciate the black superheroes being created today.

Pour les rafraîchissements de la fin, notre Tifnord avait déjà blagué sur la multiethnicité dans la S.-F. en ces mêmes colonnes.

angelica.jpg
Image tirée du film The Eye des frères Pang © Boomerang Pictures et Cinéart, 2002

Ce n’est pas la première fois qu’une greffe d’organe sert de thème principal à un film d’épouvante. Pour ne citer que quelques exemples, ce type d’intrigue à déjà fait florès (avec plus ou moins de bonheur) en 1960 dans Les yeux sans visage de Georges Franju, en 1991 dans Body Parts d’Eric Red et en 1993 dans la série Body Bags. Mais comme nous parlons trop rarement de fantastique et de science-fiction asiatiques sur les Xénobiophiles, j’ai pensé qu’il ne serait pas surfait de vous présenter un long-métrage hongkongo-thaïlandais.

Sorti en 2002, présenté à Montréal en 2003 lors du festival FanTasia, The Eye (?? Gin gwai en cantonnais, Jian gui en mandarin) a reçu les hommages de la critique tant asiatique qu’occidentale. Deuxième film cosigné par les désormais célèbres frères Oxide (??) et Danny Pang (??), The Eye présente l’histoire de Mun (?), jeune femme aveugle depuis l’âge de deux ans, qui subit une greffe de la cornée. Dès les premiers jours qui suivent son opération, elle aperçoit, malgré une forte myopie initiale, des silhouettes sombres ou défigurées errer dans les couloirs de son hôpital.

pansement.jpg
Mun (Angelica Lee) se fait ôter les bandages qui couvrent ses yeux fraîchement opérés.
Image © Boomerang Pictures et Cinéart, 2002

Syndrôme post-opératoire ? Phénomène paranormal ? Mun, dont le personnage est joliment interprété par l’actrice et chanteuse malaysio-taïwanaise Angelica Lee (???), est suivie par un jeune psychiatre, Wah (?, dont le rôle est tenu par Lawrence Chou Chun-Wai ???). Mun doit apprendre à faire le lien entre les objets qu’elle reconnaissait autrefois par le toucher et qu’elle voit maintenant ; elle doit aussi s’habituer au visage que lui renvoie son miroir… mais est-ce bien le sien ?

angel_lawr.jpg
Mun (Angelica Lee) et Wah (Lawrence Chou Chun-Wai) en quête d’explications en Thaïlande.
Image © Boomerang Pictures et Cinéart, 2002

L’ambiance générale du film est plutôt réussie et le travail de l’image très fin. Le scénario, même s’il n’est pas follement original, contient quelques jolis rebondissements et les frères Pang parviennent à capter notre attention durant une heure quarante. Pour le public occidental, les croyances taoïstes et bouddhistes qui sous-tendent l’intrigue ajoutent une touche d’originalité au traitement du thème des revenants. Bref, un film fantastique qui se laisse regarder sans peine, notamment dans la version audio française très bien réalisée. Gageons que le visage greffé en avril à l’hôpital Xijing (??) de Xi’an (??) ne causera pas le même genre de déboires à son nouveau propriétaire…

couv_the_eye.jpg
The Eye (??)
Oxide & Danny Pang
Boomerang Pictures & Cinéart
2002

thecall.jpg
Visuel de la page d’ouverture de The Call © Pirelli & C.S.p.A, 2006

Ça m’apprendra à rechercher sur Internet des informations au sujet de John Malkovich. En tapotant son nom dans mon moteur de recherche favori, ne suis-je pas tombé sur une pub de Pirelli ? Bon, d’aucuns me diront qu’ils sont au courant de l’affaire depuis une bonne huitaine de mois. Eh bien pas moi, et tel le dernier des enfants de chœur, je m’en vais vous pondre un micro-papier sur la question. Voilà.

Si je me permets d’atterrir comme un cheveu sur la soupe avec mon article à deux roubles, c’est que le court-métrage en question — The Call — impressionne par les moyens qu’il met en œuvre : un acteur archi-célèbre (notre cher John), une mannequin-pin-up-catcheuse de compétition (Naomi Campbell), un réalisateur qui doit commencer à se faire cher, même s’il ne produit que de la daube (Antoine Fuqua), l’agence de pub italienne Armando Testa et l’agence de médias Maxus BBS. Coût de l’opération ? Soixante pour cent du budget publicitaire de Pirelli. Une bagatelle.

Le film mange à tous les rateliers : une grosse cuillérée de William Friedkin pour l’ambiance exorcisante, une once de frères Wachowski pour le coup de fil ainsi que la thématique du pater salvator mundi, et enfin un brin de patine pitofienne pour l’esthétique gothico-électrifiante.

En résumé, un prêtre est appelé par téléphone pour régler son compte au Patron (!), incarné cette fois en ange ténébreux du plus bel effet (une Naomi attifée comme une Joséphine Baker qui aurait bouffé du canard sous Neo Citran). Se taper une aussi jolie diablesse, « facile » me direz-vous, sauf si ledit succube habite le moteur d’une voiture aussi allumée que la Pontiac Firebird de l’affreux K2000. Une nuit en compagnie de la tigresse sino-jamaïcaine de Streatham et le beau John s’en sort avec le col romain à peine défraîchi. Il en a vu d’autres, le bougre.

Puisque vous mourrez (peut-être) d’impatience, sachez que ce film de dix minutes ne peut être visionné que sur la Toile et depuis le site grandiloquent spécialement ouvert par Pirelli. Vous avez le temps de le mater et remater tranquillement, car toute la stratégie de communication du fabricant de gommes risque fort de tourner encore quelque temps autour du pot. Morale de l’histoire et slogan de la marque : Power is nothing without control. La prochaine fois que vous passez la nuit en compagnie d’un top-model, souvenez-vous-en.

Une fois extirpé, non sans bobos, du décevant Maître du Haut Château de Philip K. Dick, une gentille uchronie sur le thème alléchant d’une victoire de l’Axe à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, je me suis immédiatement plongé dans une autre uchronie un brin plus déjantée : le Rêve de fer de Norman Spinrad. Et ben, vous me croirez ou non, j’y ai trouvé mon bout de gras, un genre de petite laine qui réchauffe doucement le cœur au sens propre comme au sens figuré. Rien de moins. En fait, j’ai passablement adoré.

M. Spinrad nous sert là une belle tranche bien grosse et vertement grasse d’uchronie, également à la sauce Seconde Guerre Mondiale : le petit moustachu, à la moustache d’entretien facile (non-iron), se serait exilé aux Etats-Unis à l’issue désastreuse pour le Vaterland de la Grande Guerre et y serait devenu un écrivain de S.-F. adulé, dont l’ouvrage de référence s’intitule Le Seigneur du Svastika. Et, bigre de bigre, Rêve de fer, sous sa couverture francophone tout en joliesse (presqu’printanière), abrite justement ledit Seigneur. Voici donc l’œuvre majeure d’un Adolf écrivain de S.-F., mais toujours aussi malade et prêt à partager, de gré ou de force, sa perspective globalisante d’un monde/univers à une seule race de purhommes dominant les vils mutants putrides et autres télépathes de gauche.

On comprend assez vite le dégoût ou l’ennui qu’a pu causer Rêve de fer chez d’aucuns, car le tout est présenté comme s’il avait été vraiment écrit par un dérangé du bulbe, dans une langue qui n’est pas la sienne, obnubilé par la Kameradschaft masculine du cuir, les symboles ouvertement phalliques et la pureté raciale au service de cette verticalité.

Sans relâche et avec un réel brio, Spinrad nous livre les unes après les autres, en rafale, des descriptions lourdement burinées aux chenilles de Panzer de parades des troupes d’élite du Svastika dans leur cuirs et métaux luisants ou encore de batailles titanesques contre les forces mutantes à la bave et l’incontinence faciles, de gauche. Un style qui louche un peu du côté du maître incontesté de l’excès d’adjectifs percutants et sert parfaitement le propos du livre.

Finalement et en aparté, pour ceux à qui le martial industrial donne des guilis, l’ambiance rouleau-compresseur et hache à deux mains du Rêve me rappelle furieusement les hymnes bombastiques de Triarii, future légende du genre. Les détails se résument au sein de l’incroyable On Wings Of Steel de leur dernier album Pièce Héroique.

Donc : à ne pas mettre entre des mains trop simples ou facilement choquées, Rêve de fer ne permet ni le premier degré, ni le second.

Quatrième de couverture
Et si, écœuré par la défaite allemande en 1918, Adolf Hitler avait émigré aux Etats-Unis ? S’il s’était découvert une vocation d’écrivain de science-fiction ? S’il avait rêvé de devenir le maître du monde et s’était inspiré de ses fantasmes racistes et belliqueux pour écrire Le Seigneur du Svastika, un roman couronné par de prestigieux prix littéraires ? Etonnante uchronie et terrifiante parodie, Rêve de fer est une dénonciation sans appel et sans ambiguïté du nazisme.

revedefer.jpg
Rêve de fer

de Norman Spinrad
Titre original: The Iron Dream (traduction de l’américain par Jean-Michel Boissier)
Préface : Roland C. Wagner
Éditeur : Editions Gallimard (2o mai 2oo6)
Collection : Folio SF
Format : Poche - 382 pages
ISBN : 2070320529
XLII - exliibris

Ouf, je viens de terminer l’écoute du podcast de Come, Let Me Whisper, condensé de nouvelles de Russell L. Burt, que j’ai découvert en divaguant sur Podiobooks.com (l’hôte de Voices: New Media Fiction, l’anthologie S.-F. dont je vous parlais un peu plus tôt).

Et, en toute sincérité, j’ai vraiment bien aimé. M. Burt nous sert de l’horreur, du bizarre, du macabre, du fantastique, du lovecraftien (gniark!), et même un peu de gérontophilie, tout ça mariné dans une ambiance sudiste très particulière vu que la plupart de ses nouvelles se passent au Tennessee, d’où vient justement l’auteur. Et son lent accent chuitant ajoute une bonne couche de faux exotisme colonialiste au tout et trouve bien sa place dans l’atmosphère générale de l’oeuvre. Assez dépaysant.

J’ai particulièrement apprécié Wedding Vows, une drôle d’allégorie sur le mariage entre conjoints de confessions différentes, et Casey’s Sacrifice, autre hommage au maître de l’excès d’adjectifs. Mais aussi Work Ethic, magnifique coup de chapeau au rude boulot du patron. Pour ce qui est du reste, Come, Let me Whisper nous prend la main et nous ballade dans l’horreur et le fantastique, quelquefois très (trop?) classiques, les histoires de fantômes et trempe même le bout d’un gros orteil dans la litière de la S.-F..

Et le bougre a décidé de continuer l’expérience en sérialisant son roman Revelations, à coup de tranches mal aiguisées d’une quinzaine de minutes chacunes de quinze à beaucoup de minutes. Bigre.

Come, Let me Whisper
Promo audio sur Podiobooks.com
Flux RSS du podcast

Russell  L. Burt > Come, Let me Whisper” /><br />
<img src=

Manifesto
Come, let me whisper, words that no man should speak aloud
Their rightful place a page, to be torn from its source
Shredded from existence, At least hidden from light
That only a darker man may read, For flighty society
defines no place, Save that of closets with locks
Clubs without signs, And, of course, their minds

Poe Podcast Project

09.03.2006

En voilà un lien qui devrait faire frissonner notre bien trop calme Horrible. The SciFi Podcast Network héberge un podcast de textes d’Edgar Allan Poe :

Site officiel
Flux RSS du Poe Podcast Project

Poe Podcast Project

Manifesto
Edgar Allan Poe, a controversial literary and historical icon, remains one of the most influential writers, having given birth to the detective story with The Murders in the Rue Morgue. In fact, the annual Mystery Awards are called “Edgars” in his honor.
 
His lyrical poems, most notably The Bells and The Raven, and short prose narratives are still popular reads and subject matter for many literature courses.
 
However, Edgar Allan Poe’s mellifluous prose and verses make wonderful listening as well as fascinating reads. Poe himself supplemented his income with public readings of his works. The Podcast Entertainment Network is proud to carry on the tradition with the Poe Podcast Project, allowing listeners of yet another generation to enjoy readings of Poe works some 150 years after his death.
 
The Poe Podcast Project is a collaborative anthology series celebrating the life and works of Edgar Allan Poe. All podcasters are welcome and need not be a part of the PEN or TSFPN families. If you’re interested in contributing to the project, please contact us with your idea and for specifics on audio files.

Merci Boing2.