Mois de la S.-F. à l’ENS
21.03.2006
L’Ecole Normale Supérieure de Paris organise un Mois de la S.-F. du 2 au 2o mai 2oo6. D’après le programme provisoire du mois, on risque bien d’y retrouver des noms comme Pierre Bordage, Sylvie Denis, Roland C. Wagner ou notre visqueusement adulé H. P. Lovecraft, avec notamment une interprétation opéra rock de sa Couleur tombée du ciel. Avec également des projections de films, des séances de jeu (sick !) et autres tables rondes sûrement trucculentes, sinon sérieuses, sur la « S.-F. et les sciences physiques », « -et les sciences du vivants », « -et les sciences humaines », sans parler de conférences sur les thèmes divers des « Aberrations temporelles dans la littérature de science-fiction », de « La science-fiction entre discours et lectures » ou encore de « Science-fiction et modernité littéraire ».
Le mois de la science-fiction à l’ENS se propose d’offrir un espace de diffusion et d’approfondissement de la connaissance de la science-fiction, qui permette au public de saisir toute la richesse de ce genre, souvent réduit à ses expressions les plus sommaires. Les connaisseurs y trouveront l’occasion d’approfondir leur culture.
Sont prévus trois types d’événements :
1. Des activités de recherche : deux approches seront principalement adoptées, une approche littéraire et une approche philosophique. Alors que les journées d’études et les conférences les distingueront clairement, les tables-rondes seront l’occasion de les croiser en ouvrant la réflexion sur les diverses composantes disciplinaires de la science-fiction : littérature, philosophie, sciences.
2. Des événements culturels qui présenteront la science-fiction dans ses différentes formes d’expression (littérature, illustration, cinéma, théâtre, musique, etc.)
3. Des activités organisés par les élèves de l’ENS. Mois “off”.
Merci Laurence, via nooSFere.
Bad News From The Stars
27.02.2006

Couverture de l’édition américaine de La Parabole des Talents d’Octavia Butler,
visuel © John Blackford et Don Puckey, 1998
Les Xénos avaient récemment présenté son dernier livre, Fledgling, avant qu’elle ne passe la plume à gauche, vendredi d’après certains, samedi selon d’autres. Octavia Butler souffrait d’hypertension et c’est en sortant de chez elle, à Lake Forest Park dans les faubourgs de Seattle, qu’elle a trébuché et que sa tête a heurté le bord d’un trottoir. Moche, surtout qu’elle n’avait que cinquante-huit ans.
À première vue, Octavia se situait à l’intersection de plusieurs groupes déconsidérés : c’était une femme, noire et homosexuelle. De quoi mourir dans l’oubli si elle n’avait été, — de surcroît —, auteur de science-fiction.

†Octavia E. Butler (1947-2006), photo © Glenn Zucman, 1999
Née le 22 juin 1947 à Pasadena, dans l’état de Californie, Octavia Estelle Butler était la fille timide et dyslexique d’un cireur de chaussures qui ne tarda pas à mourir. Parce que toutes les histoires afro-américaines ne peuvent pas finir mal, elle entra à l’Université d’État (CSU) et poursuivit des études postgrade à l’Université de Los Angeles (UCLA). La jeune femme, qui aurait commencé à écrire de la science-fiction à douze ans pour échapper à la solitude et à l’ennui, participa à des ateliers d’écriture dès la fin des années soixante. Bel investissement, car en 1984, elle remporta les prix Hugo et Nebula pour son roman Bloodchild. Depuis, elle ne cessa d’accumuler les récompenses, entre autres le Prix Nebula du meilleur roman en 2000 pour La parabole des talents (Parable of the Talents). Petite antichronologie de ses œuvres les plus fameuses :
Rest in peace, Octavia, and kisses to the stars.
(D’autres hommages lui sont rendus par Pam, Boing2, Steven Barnes et More Like This.)
Renaissance
11.02.2006
Incroyable ! En tentant presqu’vainement de me réveiller à coups lancinants d’Euronews ce matin, j’ai été littéralement étonné (et je pèse mes mots) par un sujet traitant de la première mondiale du polar cyberpunk français d’animation Renaissance, présenté dans le cadre d’Imagina, festival européen de la création de contenus numériques.
Mon étonnement teinté d’incontinence est probablement le fruit incestueux de la triplette cyberpunk+esthétique noir-blanc du tonnerre+ressemblance hystérique avec la BD autant cyberpunk NYC2123. On y retrouve exactement le même type de travail épuré du noir-blanc exacerbé où les tons de gris sont aussi rares que des beignets aux prostates de pastenague nourries exclusivement au plancton liophylisé. Maman !
Ca sort en salle le 15 mars 2oo6.
2054. Dans un Paris labyrinthique où chaque fait et geste est contrôlé et filmé, Ilona Tasuiev, jeune scientifique jalousée par tous pour sa beauté et son intelligence, est kidnappée. Avalon, l’entreprise qui emploie Ilona fait pression sur Karas, policier controversé, spécialisé dans les affaires d’enlèvement, pour retrouver au plus vite la disparue.
Karas sent rapidement une présence dans son sillage. Il n’est pas seul sur les traces d’Ilona, et ses poursuivants semblent prêts à tout pour le devancer.
Retrouver Ilona devient vital : la jeune femme est l’enjeu d’une guerre occulte qui la dépasse. Elle est la clef d’un protocole mettant en cause le futur du genre humain. Le protocole Renaissance….

Renaissance
Un film de Christian Volckman
Concept visuel original
Marc Miance
Histoire originale
Matthieu Delaporte & Alexandre de la Patellière
Scénario & dialogues
Matthieu Delaporte & Alexandre de la Patellière
Patrick Raynal & Jean-Bernard Pouy
Studio d’animation : Attitude Studio
Sortie : 15 mars 2oo6
Durée : 1h35
Les fins du monde
28.11.2005
Vous en avez pas marre, des fois? Toute cette attente et ils ne sont pas encore arrivés! Drôles de bonhommes, ceux-là. C’est vrai, ils viennent à cheval et cela n’est pas le moyen le plus rapide, d’accord. Mais ça fait quand-même déjà 2000 ans! Ils se fouttent de notre geule ou quoi? Bien sûr il y en a qui vous diront qu’ils sont déjà parmi nous. Ah oui? Dans ce cas, ils ne doivent sûrement pas travailler à plein temps… Un petit génocide par ici, un petit tremblement de terre par là, des escarmouches (grandiosement appelées “guerres”) à gauche et à droite, quelques vaches malades, un clown à la Maison Blanche et un certain nombre d’oiseaux enrhumés. C’est ça l’apocalypse? Bof. Moi en tout cas je m’attendais à quelque chose de plus substantiel, plutôt du genre CATACLYSME… Faut dire à ces messieurs de recommencer à bosser sérieusement. Sinon je vais encore devoir m’en occuper moi-même. (Ça fait peur, hein?)
Si vous aussi en avez marre, il existe un site qui vous montre comment procéder pour rectifier une ou deux choses. En voilà un petit avant-goût:
Difficulty: Easy
If you’re a terrorist with a small budget, you could always try to unleash an agricultural plague of apocalyptic proportions.
Already, there are many pests around, causing billions of dollars of damage. Locusts, rabbits, parasites, fungi, worms and insects often become a plague when they’re introduced to a place where they’re not supposed to be. The critters encounter no natural enemies, multiply wildly, and become a plague. That’s why Australia and New-Zealand have their rabbit problem and the US has its boll weavil.
So, study agricultural diseases. Track down some obscure Asian fungus or insect, and bring it over. Smuggle some sinister bird disease to the country you like to attack, and introduce it to its chicken farms. Bring in foot-and-mouth disease, or mad cow disease. Introduce weird weeds, exotic moths, sex-crazy rodents, hungry beetles and obscure insects. It might take a while before your Apocalypse kicks in. But boy, will it be some mess.
Utopiales Blog-O-Rama
23.11.2005

Motorized Giant Mouse on Periodic Table/Ouija Board, © David Clark
L’autre jour, terrassé par une fatigue cartilagineuse, j’ai eu l’outrecuidance d’omettre mes confrères blogueurs dans mon cyberpapier sur les Utopiales. Rectification, donc, et palinodies en ces quelques lignes. Vous vous en doutiez, bon nombre de dactylophages ont commis leurs propres comptes-rendus et autres galeries d’images sur l’événement. C’est le cas de Still Crazy After All These Years, qui mentionne de nombreux liens (dont les Xénobiophiles — merci !), du blogue des Mercredis de la S.-F. genevois, de nooSFere, de Sébastien et de l’artiste Eika?ia.
J’espère ainsi avoir fait pénitence,
Amicalement, Tifnord
Les Utopiales 05 — un rapport subjectif
20.11.2005

« Totem 10 », © Patrice Hubert, 2005
Quiconque s’en revient des Utopiales souffre d’une double gueule de bois. La première, biologique, va de soi : durant le festival, on boit volontiers un verre en bonne compagnie tout en évitant de se coucher trop tôt. La seconde, mentale, s’apparente à la nostalgie du futur, en ce qu’elle procède d’une désaccoutumance à la drogue la plus suave : l’imaginaire. Les quatre jours qu’a duré ce salon ont été, comme je pouvais m’y attendre, d’une richesse inouïe. Abondance de conférences, de tables rondes, de spectacles, mais aussi — et surtout — de rencontres chaleureuses. Pour un néophyte comme moi, qui traversait pour la première fois les quelque neuf cents kilomètres qui séparent Lausanne des Utopiales, l’événement s’est révélé à la hauteur des espérances. Quel plaisir de rencontrer la délégation québécoise (Élisabeth Vonarburg, Jean Pettigrew, Joël Champetier, Patrick Senécal) venue en force cette année, de bavarder aimablement avec Jean-Michel Margot, neuchâtelois de naissance et étasunien d’adoption, de partager un coin de table (même ronde) avec des auteurs confirmés comme Francis Valéry et Patrick Senécal, de parler d’écriture avec de nouvelles plumes comme Hervé Thiellement et Emmanuelle Maia, et surtout, de refaire le méta-monde au sein de la surpuissante délégation suisse (la Cité des congrès avait des airs de Nouvelle-Helvétie).
Je ne décrirai pas les Utopiales dans leur entier. Avant tout parce que je n’ai de loin pas tout vu (d’ailleurs, c’est impossible), mais aussi parce que l’objet principal de mon émerveillement n’était pas le riche programme de la manifestation, mais, comme je le disais plus haut, la rencontre de personnes attachantes. En effet, s’il ne fallait retenir qu’une spécificité des amateurs de S.-F. (au sens premier du latin ?m?t?r), ce serait celle de l’étrange familiarité qu’adoptent entre eux les membres de minorités — minorité de la science-fiction dans le maelström littéraire francophone, minorité des Québécois au coin d’une Amérique anglophone, minorité des Romands au bord d’une Helvétie germanique.
Voici, de manière lapidaire, quelques instantanés du festival de Nantes :
La S.-F. au Québec (jeudi 10 nov. de 15h à 16h)

De gauche à droite : Joël Champetier, Patrick Senécal, Jean-Claude Dunyach (modérateur), Jean Pettigrew et Élisabeth Vonarburg
C’est bien connu, les Québécois constituent une minorité linguistique dans un continent qui rêve de les manger tout crus. Du coup, ils luttent, et bravement. Sur scène, pour nous présenter la situation des littératures de l’imaginaire au Canada francophone, Élisabeth Vonarburg, écrivain prolixe (que Frank Delannoy nous a présenté le lendemain), Joël Champetier, nouvelliste et romancier, Jean Pettigrew, directeur littéraire des éditions Alire, des revues Solaris et Alibis, enfin Patrick Senécal, auteur à ce jour de sept romans (d’aucuns l’appellent le « Stephen King québécois »). Tiens, en parlant de Solaris, saviez-vous qu’il s’agit là de la plus ancienne revue de science-fiction et de fantastique francophone encore en vie ? Elle a fêté ses trente ans l’année passée (en publiant à cette occasion un numéro spécial) et n’est pas prête de baisser sa garde.
La S.-F. romande à la conquête du monde (jeudi 10 nov. de 16h à 17h)

De gauche à droite : Hervé Thiellement, Emmanuelle Maia, Lucas Moreno (modérateur), Jean-François Thomas, François Rouiller et Georges Panchard
Si le titre de ce café littéraire s’avère quelque peu optimiste, il n’en reflète pas moins une tendance que j’ai fortement ressentie à Nantes : l’imaginaire romand a le vent en poupe. Il convient de saluer le succès de Forteresse, le roman de Georges Panchard (dont notre Ami Auroch se délectait après une amère lecture des Racines du mal de Dantec), l’excellent essai de François Rouiller, Stups et fiction, dont est né une exposition montée fin mai à Lausanne et présentée dans le cadre des Utopiales 05, le tout nouveau roman fantastique d’Emmanuelle Maia, La Croix du Néant, qui vient à peine de sortir de presse (il était encore chaud quand je l’ai acheté à la librairie du festival) et le premier roman de Hervé Thiellement, Le Monde de Fernando, tome 1: Les Souterriens, paru en mai (au sujet de cet ouvrage, consulter notamment l’article d’ActuSF et l’entretien que l’auteur a accordé à Fantastinet). Quelques esprits chagrins rétorqueront que Hervé est d’origine française, certes, mais la Cité de Calvin n’a-t-elle pas adopté ce docteur en biochimie et génétique né en… Centrafrique ?
La nostalgie du futur (vendredi 11 nov. de 14h à 15h)

De gauche à droite : Christopher Priest, Francis Valéry, John Crowley, Neil Stephenson, Patrick J. Gyger (modérateur)
Y a-t-il besoin de présenter cette brochette de papes de la S.-F. ? Allez, rapidos : Christopher Priest est anglais et s’adonne à la S.-F. depuis trente-cinq ans ; Francis Valéry est franco-luxembourgeois et publie des nouvelles, des essais, des romans de S.-F. (notamment) depuis la fin des années septante ; John Crowley, étasunien, a commencé de pondre de la fantasy, du fantastique et de la S.-F. depuis la même époque que Francis Valéry (il avait débuté sa carrière en travaillant pour la télévision et le cinéma) ; Neil Stephenson, étasunien tantôt classé dans la hard science, dans le cyberpunk et dans la fusion, est un monstre sacré de la S.-F., célèbre (entre autres) pour la trilogie du Cryptonomicon. Tout le monde connaît le modérateur, Patrick J. Gyger, puisqu’il est conservateur de la Maison d’Ailleurs et directeur artistique des Utopiales (pour la dernière fois cette année). Il vient de publier un ouvrage sur les voitures volantes dont j’ai parlé dans un précédent « papier ». Qu’ont dit ces illustres messieurs sur la nostalgie du futur ? Surtout que l’avenir n’est plus ce qu’il était depuis un certain temps. Le futur vieillirait-il mal ? Non, (et c’est moi qui surenchéris) on s’en contrebalance de toute façon, puisque l’avenir est un « espace » potentiel qu’il s’agit de coloniser par l’imagination, au même titre que nos passés rêvés, nos hagiographies et nos chroniques royales.
Écriture mode d’emploi (samedi 12 nov. de 11h à midi)

De gauche à droite : Claire Panier-Alix, Francis Valéry, Pierre-Paul Durastanti (modérateur), Élisabeth Vonarburg, Jean-Claude Dunyach, Claude Ecken
Grand moment que ce café littéraire… Si mes souvenirs sont bons, Claire Panier-Alix a ouvert la discussion en parlant de son — déjà — vaste travail d’écriture en fantasy. Ç’a été ensuite le tour de Jean-Claude Dunyach, qui a rappelé les normes techniques propres à l’édition et qui a ensuite passé la parole à une Élisabeth Vonarburg à peine sortie du lit (la pauvre). Claude Ecken a tenté çà et là de parler de son travail. Bref, le tout ne manquait pas forcément d’intérêt, mais n’entrait pas pour autant dans le vif du sujet, à savoir répondre à cette question de base : « au quotidien, en dehors de la ponctuation et des ateliers d’écriture, comment devient-on écrivain ? ». Francis Valéry s’est levé en pleine table ronde, devant les autres participants interloqués. Il a demandé à Lucas Moreno (initiateur des Mercredis de l’imaginaire de La Chaux-de-Fonds) d’avoir la gentillesse de lui apporter deux coupes de champagne… parce qu’il s’emmerdait. Il a menacé de quitter la discussion si l’on ne se mettait pas aussitôt à parler de ça — de l’écriture au jour le jour, de l’appel de l’encre, du choix existentiel qu’implique une carrière littéraire. Bref, du tout bon Francis, comme je l’aime.
Stups et fictions (samedi 12 nov. de 17h à 18h)

De gauche à droite : Norman Spinrad, François Rouiller, Jean-Marc Ligny, Roland C. Wagner, Richard Tanniger (modérateur)
Là, je dois avouer que je suis surtout venu pour François. Au fond. L’exposition et le livre dont j’ai parlé plus haut sont déjà des garanties de ne pas s’ennuyer. Il a lancé la discussion et il a assuré, François. Ensuite, Roland C. Wagner a parlé des drogues enthéogènes ; quant à lui, chaque fois qu’une question lui était posée, Jean-Marc Ligny parlait de son bouquin, Inner City, et chaque fois que Norman Spinrad intervenait, je ne comprenais que dalle. Respect tout de même, car un Étasunien qui insiste pour s’exprimer en français, ça ne court pas les rues, en tout cas pas celles de Nantes.
Il reste encore une kyrielle de d’expositions, de conférences sur le grand Jules, de films (comme l’inénarrable Kentucky Fried Movie que John Landis est venu lui-même présenter sur scène), de spectacles (comme le très réussi Fantasmatographe) et d’autres remises de prix dont je pourrais vous parler. Que Laurence Rodriguez et Frank Delannoy me pardonnent de n’avoir parlé des prestigieuses rencontres qu’ils ont menées avec, respectivement, les frères Bogdanov et Élisabeth Vonarburg : mes doigts sont sur le point de tomber, et je laisse aux plus curieux d’entre vous le soin de lire l’entretien avec Patrick J. Gyger publié dans Libération, ou encore d’écouter (pendant quelques heures encore) l’émission de France Culture sur les Utopiales (avec la participation de Bruno della Chiesa). Bien entendu, d’autres blogues livrent leurs impressions des Utopiales 2005 — et sans doute bien mieux que moi. Du coup je ne les citerai pas… sauf un, celui d’une journaliste italienne, Selene Verri.
Bonne lecture, et à l’année prochaine.

Le visuel des Utopiales 2005, signé Moebius
Ansible 220 > Extraits
11.11.2005
Pour ceux qu’affecte émotionnellement la collecte frénétique de rognures de gros orteils et/ou de boulettes de cérumen d’auteurs de SF et autres crypto-hobbits du genre P. Jackson, Ansible est un proto-fanzine sur la SF et ses soeurs de sang livré sous forme de newsletter dont les cris primaux datent de 1979, année terrifiante de l’entrée du canton du Jura dans la Confoederatio Helvetica. C’est parsemé d’humour anglais, d’infos sur les événéments liés à la SF, de petites phrases lancées à tout va et regrettées peu après, et, pour les korbôs en mal de morbide, d’une chronique funéraire qui nous apprend généreusement qui a définitivement abandonné l’écriture/la direction/la production en cours de route pour des heures plus vaporeuses.
Ansible is Dave Langford’s infamous British SF/fan newsletter, published since 1979. The current series (from 1991) was hosted for many years at Glasgow University, but the primary site is now news.ansible.co.uk, which also archives the first series (1979-1987).
What goes around in sf criticism, comes around. In Slate’s analysis of the complete Star Wars cycle as `The greatest postmodern art film ever’, critic Aidan Wasley probes `its secret, spiky intellectual heart’ (oh, please let him be joking), goes on about its knowing postmodernism, and realizes in a blinding flash that `The Force is, in other words, a metaphor for, or figuration of, the demands of narrative. The Force is the power of plot.’ [...]
[...] Simon R. Green wishes to make our flesh creep: `In my current novel there’s a character who is a water elemental, and an assassin. Just guess what they call her. The Liquidator.’ [...]
[...] Anne Rice returns, still writing about immortal supernatural beings but with a certain change of emphasis: her new one is `a novel about the 7-year-old Jesus, narrated by Christ himself. “I promised,” she says, “that from now on I would write only for the Lord.”‘ Newsweek (MSBNC.com) headlines this as `her most daring book yet’ — though the Rice approach looks safely devout, and there seems little chance that the infant Christ will radiantly sink his teeth into deserving throats. [...]
David Langford, ancien physicien chercheur de l’Atomic Weapons Research Establishment, est connu comme auteur et critique caustique de SF, mais malheureusement impunément ignoré comme leader avantgardiste du brushing-casque, très pratique comme nid temporaire pour essaim de Ceratopogonidae et imbattable contre les tempêtes de bruines froides écossaises:

David Langford devant des livres rangés dans une bibliothèque [Image © David Langford, released under GFDL]

© zéro50 fonds d’art-chives / Têtes à Clap, 2005
Ceux qui ont aimé — comme moi — l’univers crypto-uchronien de l’Institut Benway sont invités à découvrir le nouveau rejeton poétique de Mael Le Mée : le Fantasmatographe. Dans le contexte des Utopiales, le jeudi 10 novembre à 19h15, ce spectacle d’une demi-heure vous fera goûter les péripéties de Bob Huston Jr., « aventurier visionnaire et névrosé, enrôlé par le très secret Groupe de Recherche et d’Intervention Eidolique ».
Mais qu’est-ce qu’une eidolie ? Traditionnellement, il s’agit d’un type d’images mentales décrit par le psychiatre Henri Ey (1900-1977) dans le contexte de l’hypnose. Dans l’esprit foisonnant de Mael Le Mée et de son acolyte musicien Jérôme Noirez, il est question de formes troublantes, de visages ou d’animaux que l’imagination démasque dans les nuages, les vieux murs ou qu’elle déniche parmi les motifs du papier peint. Pour rendre justice à votre curiosité, voici un extrait du communiqué de presse annonçant l’événement :
Le montage de cette animation est due aux bons soins d’Aurélien Guégan, sa retouche à Aurélien Police. Le tout est produit par Ciné-Ouïe, Têtes à Clap – zéro50 fonds d’art-chives et Badlands, avec « l’aimable autorisation de la Société Internationale d’Exploitation Fantasmatographique ».
Rendez-vous le 10 à Nantes, à 19h15 pétantes…

Bien des futurs meilleurs ont failli exister, et pour s’en assurer, nul besoin de consulter nos uchronies favorites : il suffit d’une simple visite en notre chère Maison d’Ailleurs, centre d’utilité cosmique et de salubrité mentale, pour s’en assurer sans détour. Jusqu’au 23 avril 2006, les amateurs de transports peu communs pourront avantageusement y admirer les nombreux prototypes du véhicule de rêve, celui qui décolle littéralement et nous libère de nos rugosités goudronneuses : la voiture volante. Une exposition mise sur pied par Patrick J. Gyger retrace l’histoire de ces automobiles qui ont failli nous mener au-delà de nos cités-dortoirs. Cette rétrospective sert d’avant-goût, — ou plutôt d’avant-propos —, à l’ouvrage richement documenté que le susmentionné directeur du Musée de la science fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires vient de signer aux Éditions Favre (vous pouvez l’acheter sur place et bien entendu le commander par Internet ici ou là).

Première de couverture de l’ouvrage de Patrick J. Gyger aux Éditions Favre, Lausanne, 2005
Comme vous le constaterez lors de votre prochain passage à Yverdon-les-Bains, la Maison d’Ailleurs propose (au premier étage) un prélude au prélude, et non des moindres : une présentation détaillée de l’Institut Benway, établissement spécialisé dans la confection d’organes de confort. À mesure qu’il découvre les douze grands panneaux de l’exposition, le visiteur se voit proposer une foulitude de glandes et autres morceaux de chair prêts à l’emploi, le tout dans une esthétique magnifiquement calquée sur celle des années cinquante. Dix portraits d’organes, une quinzaine de cadres de poulpogrammes (technique de biophotographie à partir de poulpes caméléons vivants électrocutés, inventée par le docteur Castex, membre de l’Institut) ainsi qu’un test psychologique en dix panonceaux achèvent de convaincre le consommateur sceptique. En guise de mise en bouche, voici deux exemples de produits de la gamme Benway et des extraits de textes les accompagnant :

© zéro50 fonds d’art-chives / Têtes à Clap, 2005
Les Ongles à Scrotum
Transpiration, réveil difficile, stress et besoin d’apaisement… Les occasions sont nombreuses de se gratter les bourses. Cet Organe de Confort de l’Institut Benway a été conçu pour tous les hommes distingués qui souhaitent concilier bonnes manières et besoin naturel pressant. Grâce aux Ongles à Scrotum, vos bourses sont grattées à tout moment, sans les mains. Discrétion assurée. Un modèle créé par et pour des chirurgiens, qui a aussi satisfait de nombreux dentistes ! Lime adaptée et vernis amer (BitrexTM) pour onychophages sur commande (n°477-RG ou n°477-HJ)
« Je suis une rongeuse invétérée et j’avoue avoir eu un peu peur quand Jean-Pierre s’est fait offrir par sa mère les Ongles à Scrotum. Mais le BitrexTM a tout arrangé. Je me suis même mise à la manucure, en cours du soir ! »

© zéro50 fonds d’art-chives / Têtes à Clap, 2005
La Glande de Contre-culture Rasta
Discrètement greffé sous l’aisselle, cet Organe de Confort de l’Institut Benway ravira tous les amateurs de cultures alternatives. Deux heures seulement après la pose que vous opérerez chez vous sans permis, la Glande de Contre-culture Rasta synthétisera une quantité de reggastérone et de draidlocaïne parfaitement adaptée à votre corpulence. Vos systèmes pileux, auditif et nerveux évolueront rapidement jusqu’à faire de vous un parfait Rasta, sans effort, en moins d’une semaine. Bientôt disponible : la Glande de Contre-culture Gothique.
« Cadre dans une grande entreprise de commerce international, je rêvais depuis longtemps de vacances alternatives. L’implantation de la Glande de Contre-culture Rasta m’a permis de partir au bout du monde sans même quitter mon loft. J’ai pu ainsi traiter pléthore de dossiers en retard ! »
« Mère seule avec quatre enfants, je n’arrivais plus à comprendre mon aîné. Heureusement, j’ai découvert la Glande de Contre-culture Rasta. Depuis, tout est clair. »
Splendide, non ? Et songez au bien-être que promettent les autres merveilles technologiques de l’Institut : la Dentition Stomacale, la Surpeau à Piercing, la Glande Salivaire aromatisée, la Glande à Idées, les Vers de Jouvence, les Barrettes de Mémoire et… l’Anus Parlant ! Prix de chacune de ces créations goûtues spécialement conçues pour améliorer votre quotidien : entre 10 et 20 € la pièce, frais de port en sus. Vous les trouverez en vente à l’accueil de la Maison d’Ailleurs ainsi que dans plusieurs librairies françaises : La Mauvaise Réputation à Bordeaux, Lieu Unique Boutique à Nantes (les Utopiales 2005 offrent une belle occasion d’y faire un tour, non ?), et ALaPlage à Toulouse. Si vous avez mal aux pieds, vous pouvez toujours passer commande par courriel.
Vous devez vous demander quels sont les joyeux drilles à l’origine de cette jolie mystification artistico-médicale ? Tout d’abord Mael Le Mée, nouvelliste et scénariste né en 1977 qui, après des études de cinéma, a joué à maintes reprises l’envoyé spécial en festival pour des revues telles que Repérages, Cinéastes, Mad Movies, Synopsis ou encore la Gazette des Scénaristes. Responsable de la rubrique cinéma de Pif Gadget, il planche également sur les scénarii de deux séries télévisées pour France 2 et France 5. Sinon, le reste du temps (ou plutôt : quand il lui en reste), il s’attelle à la noble tâche de concevoir et de rédiger les textes de l’Institut Benway. Comment — et pourquoi — en est-il venu à développer cet univers enchanteur ? Tout d’abord parce qu’il aimait jouer au docteur quand il était gamin. Sans doute aussi parce qu’il a dirigé il y a trois ans l’édition d’un livre d’univers de jeu de rôle s’inscrivant dans d’imaginaires années cinquante (RétroFutur, éditions Multisim). L’important fonds documentaire collecté pour cet ouvrage, et qui comptait fin 2003 quelque six mille de revues de la première moitié du XXe siècle, est désormais à la disposition des graphistes, artistes, écrivains, historiens et agences de communication (voire même des simples curieux). Le nom de ce trésor : zéro50 fonds d’art-chives.
Autres artistes dont je tiens à saluer l’excellent travail inspiré par ce fonds, tout d’abord un certain Célestin qui a créé le style Benway pour les Utopiales 2004, mais aussi Benoît Chanaud, Julien Drochon et Grégory Pach de de l’association Docile. Ces habiles graphistes sont parvenus à recréer, par moult procédés typographiques, effets de mise en page et autres subterfuges chromatiques, un climat visuel qui fait parfaitement illusion. D’autres intervenants ont usé leurs doigts à la surface de l’univers Benway, n’oublions pas de les mentionner — il s’agit d’Aurélien Police, de Cécile Roubiot et d’un certain Alfred. Jérôme Noirez, complice musicien, compositeur, écrivain et spécialiste de musique médiévale, se charge quant à lui de l’univers sonore propre à l’Institut.
Mentionnons au passage que cette exposition est disponible à la location, « à un tarif spécialement étudié », et qu’elle peut s’accompagner d’une conférence et d’animations (pour les enfants !). Les autres projets de l’Institut Benway ? La finalisation du site Internet puis « la publication d’un somptueux livre-catalogue d’organes [...], ainsi que la réalisation d’un film de réclame cinématographique, d’une dramatique radiophonique et d’une gamme de produits dérivés comme le slip kangourou dédié aux porteurs du testicule hallucinogène. »
Pour de plus amples informations :
Institut Benway
26, rue Gaspard-Philippe
FR-33 800 Bordeaux
contact@institut-benway.com
Sur ce, je vous souhaite une excellente visite et… bonne glande.
WonderFest
28.09.2005
WonderFest est une convention annuelle de turbinés collectioneurs fous de modelisme, de figurines et de jouets d’obédience SF, horreur, comics ou ??.
Voici les photos de l’édition 2004 et le e-flyer de celle de 2005.
WonderFest is a weekend of hobby escape that’s held every Summer in Louisville, Kentucky USA! It features movie special effects guests, the largest model contest in the U.S. for sci-fi, horror & comics-related subjects, model and toy dealers galore, and seminars to entertain and improve hobbyists of all ages!

Charles Stross primé aux Hugo Awards 2005
10.08.2005
Charles Stross, hérault et pope de la Singularité, a reçu le Hugo Award 2005 de la meilleure nouvelle (novella en anglais) pour Concrete Jungle.
Archives
Liens