Ce week-end, à Yokohama, dimanche succédait péniblement à samedi.

Les premières conférences s’éveillaient vers dix heures, au ralenti. L’affluence encore maigre en disait suffisamment sur la soirée de la veille.

Dès la fin de la cérémonie des Hugos, les room parties (fêtes de chambre?) commençaient à chauffer à petit feu pour peu à peu s’engorger d’une foule résignée à célébrer le fandom science-fictif. De toute évidence, les couloirs et chambres de l’hôtel Intercontinental n’avaient pas été conçues pour accueillir telle assemblée, d’où la température rapidement insupportable, qu’on nous invitait à calmer à coup d’alcool fort. Du sake, dans les chambres nippones (la majorité), ou de l’akvavit, dans le coin suédo-norvégien.

Trop de monde, trop d’alcool, trop de fans bruyants et trop peu d’auteurs.

Malgré les effectifs statistiquement internationaux, la foule était en réalité assez nettement scindée en deux groupes: les japonais, et les autres. La barrière linguistique était encore une fois à l’oeuvre, malheureusement. C’était par ailleurs déjà le cas durant les conférences, rarement bilingues, ce qui aura empêché à maintes reprises les curieux de découvrir les recoins obscurs de la SF nippone, débattue en long et en large, mais sans sous-titres.

J’espère de tout coeur que les organisateurs de la WorldCon 2009 à Montréal (félicitations!) y prêteront une attention toute particulière!

Loom Party
Room party sur tatami.

Ce matin-là, donc, pour se mettre l’eau à la bouche, une conf’ discrète en compagnie entre autres de Pat Cadigan, Jire E. Goezen et Takashi Ogawa (traducteur de Bruce Sterling), sur le thème du cyberpunk vu par différentes cultures. En l’occurrence, le Japon, l’Allemagne, les USA et l’Angleterre.

On en retiendra surtout le constat assez frustrant des deux critiques germaniques qui, sans trop simplifier, qualifient la science-fiction allemande contemporaine de daube commerciale, s’inspirant largement des succès anglo-saxons sans jamais même approximer de loin de leur qualité. Une manière peut-être de rattraper le retard acquis durant la Guerre Froide, lorsque le cyberpunk était snobé au profit de classiques venus de l’Est, en grande partie en raison de la qualité lamentable des traductions de l’anglais.

Au Japon, en revanche, le cyberpunk avait rapidement attiré l’attention. Un engouement directement lié au boom technologique qui avait marqué la société en parallèle, ce même boom qui a fait du Japon une culture plus “futuriste” que bon nombre de romans de science-fiction contemporains.

Les grands écarts entre nos différentes cultures expliquent facilement les approches très différentes qu’ont chaque milieu vis-à-vis de la science-fiction. Et plus intéressant encore, chaque pays possède sa propre perception des SF étrangères, souvent assez éloignée de celle des auteurs eux-mêmes.

Petite note pour ceux qui affectionnent cette discussion récurrente: oui, les américains sont parfaitement au courant de l’amour inconditionnel et relativement unique des francophones pour Philip K. Dick. Ou du moins, Pat Cadigan l’est.

Conf' sur le cyberpunk dans le monde
Takashi Ogawa, Pat Cadigan, Jire E. Goezen, un autre allemand aux cheveux verts, et une traductrice.

Chaque conférence crée sa propre dynamique, son propre esprit, en fonction de son thème, de ses invités et de son public.

Celle débattant de l’intégration de la science et de la religion dans la SF&F, par exemple, dégageait un sérieux à traumatiser un théologien en deuil. Une discussion riche, profonde et complexe, enrichie par les avis divergents de ses participants: Robert C. Wilson, clairement trop intelligent, ou Lisa C. Freitag, d’une intensité tragicomique assez effrayante.

L’occasion unique d’entendre des suggestions assez surprenantes, comme celle de “lire la Bible comme un roman de SF” (Wilson); ce qu’il a fait, et de conclure que ce n’est pas de la très bonne SF, trop incohérente et compliquée.

L’occasion, aussi, d’observer une espèce de substrat concentré du public de cette WorldCon, entre la religieuse extrémiste du fond des USA, le couple obèse mais discret qui écoute attentivement en prenant soin de ne pas s’en mêler, et un espèce d’engagé fanatique, borderline autiste, qui alimente et enrichit le débat de propos parfaitement incohérents.

Un sujet évidemment polémique que les auteurs dissèquent avec cet outil inattendu qu’est la science-fiction, démontrant une fois de plus la puissance de cette littérature de l’imaginaire conjectural. Mais un outil néanmoins compliqué, qui emporte le débat sur la limite très fine entre épiphanie et absurdité.

Hall, robot, etc
Un robot fan de science-fiction.

Ailleurs et plus tard, un auditorium bondé accueillait l’interview de Ted Chiang, la star à la biblio aussi flamboyante que rachitique. Son interlocuteur, un physicien japonais, n’a pas manqué pas de le relever, plusieurs fois, dans un anglais laborieux. En fait, Chiang semblait avant tout s’excuser d’un succès qu’il n’avait pas demandé, cherchant lui aussi des mots qu’il doit préférer écrire qu’expliquer.

Ted Chiang
Beaucoup de japonais et un seul Ted Chiang.

La Masquerade conclusive était, pour tout dire, plutôt décevante. Forcément, dans un pays où se côtoient à tout bout de champ des femmes en kimono et des écolières habillées en soubrettes avec des cheveux roses et des pupilles de vampires, il ne suffit pas de se coller trois plumes sur les joues pour faire original. On retrouvait bien quelques design style anime japonais, mais au final, ce n’était guère plus impressionnant qu’un dimanche comme les autres sur le pont de Harajuku. Ou des soirées dans clubs tokyoïtes.

Masquerade: robot
Ou pourquoi les paysans japonais ont peur des robots.

Masquerade: poupées
Ou ce qui arrive quand on joue trop à la poupée.

Une petite consolation suivait toutefois le court défilé: un quatuor de ninjas de démonstration, s’affrontant à l’épée, au double-sabre, au bâton, bref toutes les armes que vous avez vues dans les deux derniers Tarantino, auxquels certains membres de la troupe ont d’ailleurs participé.

Ninjas... or something
Les tortues n’ont qu’à se rhabiller.

La convention terminée, on peut regretter une organisation aussi impeccable qu’impersonnelle, dans un espace n’invitant pas vraiment à la rencontre et l’échange. On aurait aussi espéré une mise en avant plus fière de la science-fiction japonaise et des débats anglo-nippons plus flamboyants. Mais comme on le sait, le mieux est l’ennemi du bien, et Nippon 2007 l’était tout à fait, bien. Et très intéressante, tant par ses débats originaux que ses rencontres uniques et inattendues. Si vous n’en avez pas encore assez vu, rendez-vous sur notre galerie Flickr de Nippon 2007!

Reste maintenant à déguster le butin du week-end, dont le flambant neuf recueil “Speculative Japan: Outstanding Tales of Japanese Science Fiction and Fantasy”.

Cosplay dans les couloirs
Quand Star Trek rencontre la tradition nippone… je vous laisse imaginer la progéniture. Un(e) futur(e) fan de SF!

Zines
Nippon 2007 dans toute sa grande splendeur. Photo Les Xénobiophiles, 01.09.2007

Il doit désormais être de notoriété publique que deux joyeux drilles de l’équipe des Xénos ont rejoint les hordes anonymes de geeks et de nerds pour cette orgie S.-F. qu’est l’annuelle Worldcon. Pour la première au Japon (et en Asie), les organisateurs ont choisi le site de Minato Mirai à Yokohama pour se vautrer dans cette typique ambiance cyberpunk qu’ont pas mal d’endroits au Japon.

Pacifico Yokohama
Le centre de conférences Pacifico Yokohama avec les courbes généreuses de l’hôtel Intercontinental en arrière-plan. Photo Les Xénobiophiles, 01.09.2007

Pacifico Yokohama
Une autre vue du Pacifico Yokohama et de l’Intercontinental. Photo Les Xénobiophiles, 01.09.2007

En fait, en parlant de hordes, je devrais plutôt parler de petites bandes, car, comme tout le monde s’y attendait certainement, le centre de conférences Pacifico Yokohama ne débordait malheureusement pas de visiteurs, dû notamment au fait que Nippon 2007 était justement au Japon et que la plupart des fans, ainsi que quasi tous les lauréats des divers prix Hugo d’ailleurs, ont financièrement boudé la chose du bout de leurs nez trop éloignés du rêve. L’avantage fut que les auteurs présents étaient bien plus accessibles qu’on aurait pu le penser :

Déjeuner de rêve
Les Xénos bavant autour d’une table de rêve. De gauche à droite: flou artistique, Robert Silverberg (sic !), Patrick Nielsen Hayden (éditeur), Alice (compagne de Cory Doctorow), Cory Doctorow (auteur-bloguer-altruiste), Charlie Stross (auteur), Theefer (collaborateur des Xénos) et Hau Ruck ! (collaborateur des Xénos, invisible et derrière son vieux DMC-FX9).

Sinon, empêtrés dans les mailles extrêmement serrées du truculent programme, nous avons eu la chance de suivre 2-3 discussions très intéressantes dont voici quelques extraits filmés d’une main tremblante d’émotion :

Is science fiction necessary? (montez le son et sortez votre méthode d’anglais, c’est de la faute au DMZ-LX9)
Vidéo Les Xénobiophiles, 01.09.2007

Discutant du rôle de la S.-F. et de son avenir, on retrouve de gauche à droite: Inge Heyer, la remplaçante de Peter Heck (auteur) dont j’ai complètement oublié le nom, Robert Charles Wilson (auteur, lauréat du Hugo 2006 pour le meilleur roman avec Spin) et Paul Cornell (auteur et source principale des éclats de rire de cette discussion). Vous aurez également remarqué en passant un exemple effarant de la camaraderie qui existe entre les fans et leurs idoles. Cet ancêtre du fandom qui se lève pour ajuster le nom de Robert Charles Wilson est tout simplement émouvant. Merci Nippon 2007.

Mundane or Transcendent? (1ère partie)
Vidéo Les Xénobiophiles, 01.09.2007

Mundane or Transcendent? (2e partie)
Vidéo Les Xénobiophiles, 01.09.2007

Là, le sujet, et surtout son énoncé, était un tantinet plus précis et geeky que le précédent, avec de gauche à droite Patrick Nielsen Hayden (éditeur), Charlie Stross (auteur geek par excellent), Cory Doctorow (auteur-bloguer-altruiste) et Robert Silverberg (auteur-légende old school mais qui a bien tenu la route). Le débat a tourné autour de la S.-F. « mondaine », qui essaie de décrire un futur proche le plus réaliste et plausible possible et la S.-F. « transcendante » qui se consacre à un futur beaucoup plus éloigné avec de nombreux éléments fantastiques moins proches de notre réalité. Avec les occasionnels apartés sur Robert A. Heinlein (?*!!).

42
42. Photo Les Xénobiophiles, 01.09.2007

On signalera en passant que la Worldcon est également un haut lieu de la mode mondiale.

Cosplay
Le cosplay permet aux moins jolis d’entre nous d’être aussi pris en photo. Photo Les Xénobiophiles, 01.09.2007

Les Hugo Awards
La cérémonie de remise des prix Hugo s’est avérée un chouya bizarre car aucun lauréat, si mes souvenirs ne me jouent pas de mauvais tours, n’était présent à Yokohama. Même pas Vernor Vinge, réceptacle du Hugo du meilleur roman pour Rainbows End. Heureusement que Georges Takei, Ultraman et ses potes étaient là pour nous redonner des guilis dans le slip.

Voici la liste complète des Hugo 2007.


Vidéo Les Xénobiophiles, 01.09.2007


Vidéo Les Xénobiophiles, 01.09.2007

Sinon, pour conclure, Arte pense apparemment faire un sujet (date encore inconnue) sur la Worldcon pour son émission Tracks vu que les deux reporters qui s’étaient dépêchés sur place ont interviewé vos deux serviteurs sur le parvis de Minato Mirai, en cette belle nuit de 1er septembre. On verra bien l’horreur du résultat :

Les Xénos et Cory Doctorow
Les Xénos au quasi complet, heureux avec Cory Doctorow (tout à gauche, Hau Ruck ! au milieu et Theefer à droite).

Retrouvez toutes les vidéos des Xénos à Nippon 2007 ici.

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Photo : droits réservés

En 2003, quand il était sorti, Pattern Recognition (en français : Identification des schémas) avait fait un tabac. Une consultante en design de réputation internationale s’y voyait confier comme mission de retrouver le créateur de vidéos diffusées sur la Toile. Son appartement londonien était visité, sa messagerie électronique piratée, le dossier de sa psy volé… et toute la technologie volatile du XXIe siècle lui tombait sur la tête.

Aujourd’hui, l’auteur du Neuromancien revient à la charge avec un tout nouveau roman : Spook Country. Je n’ai pas encore eu la chance de l’avoir entre les mains, mais j’ai préféré avertir nos lecteurs qui lisent l’anglais qu’ils peuvent dès aujourd’hui réserver cet ouvrage qui contiendrait, semble-t-il, une réflexion précise sur l’esprit du temps aux USA. Il est aussi disponible sous forme de livre audio.

Il serait truffé de personnages hauts en couleur : un jeune cubain russologue dont le travail est le transfert d’informations, une journaliste travaillant pour un magazine inexistant, un junkie qui se drogue avec une substance d’origine — manifestement — militaire, un réparateur d’équipements de navigation qui ne dort jamais deux fois à la même place…

Bref, ça sent bon, mais je ne peux pas vous en dire plus, vu que je n’ai pas encore lu le bouquin. Cela dit, vous serez sans doute intéressé(e) par la promo du livre :

Et pour vous procurer le bébé :

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William Gibson
Spook Country
Putnam Adult
Juillet 2007
384 pages

Merci LiLeLa

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Illustration © L.A. Times Festival of Books, 2007

Cory Doctorow a eu la bonne idée — cette nuit — de déposer sur Internet Archive l’enregistrement d’une conférence donnée au Los Angeles Times Festival of Books le 28 avril : « Science Fiction: The Road From Here to There ». Les intervenants : Kage Baker, écrivain de science-fiction, de fantasy et d’horreur ; Cory Doctorow, fameux écrivain canadien de science-fiction et grand libérateur des droits d’auteur sur Internet ; John Scalzi, romancier et nouvelliste de science-fiction et de littérature générale.

Cette table-ronde était dirigée par par Harry Turtledove, historien et nouvelliste, maître de ce que l’on a appelé l’alternative history. Chacun des invités a pu parler, à sa manière, et généralement avec beaucoup d’humour, de sa vision du futur et de son usage dans l’écriture science-fictive.

Nous avons notamment retenu cette tirade du volubile Cory Doctorow :

“What we never had is a progressive apocalypse until the singularity came along. So the progressive apocalypse is: things get better and better and better until they get so good that they cease to exist.”

Pour écouter cette conférence, cliquez sur le petit lecteur ci-dessous, d’ac’ ?

Merci Boing2

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En 2003, après quelques faillites à répétition, les éditions Baleine se faisaient racheter par le Seuil. L’année suivante, un seul titre paraissait chez le maladif mammifère marin qui, au travers de la collection du Poulpe, avait lancé auparavant un joyeux (mais inégal) renouveau du polar francophone (aucun auteur n’étant édité deux fois au sein de cette série qui mettait en scène le fameux Gabriel Lecouvreur).

La semaine passée, lors de notre passage aux Imaginales, nous découvrions des bouches de MM. Heliot, Lebeau et Mauméjean que les éditions Baleine lançaient ce mois une nouvelle collection : Le Club Van Helsing (CvH ; il s’agit, vous l’aurez compris, du nom de ce professeur hollandais vampirocide inauguré par Bram Stoker).

Chacun des ouvrages du CvH réveillera un ancien monstre d’origine légendaire, littéraire ou cinématographique, lequel se verra combattu, comme dans un thriller fantastique, par un chasseur appartenant audit CvH. À l’instar des séries étasuniennes, les ouvrages sortiront par saison. Du coup, cinq bouquins à dix euros chacun débarquent ces jours dans les étals de nos libraires favoris (et donc défavorisés) :

    Gold Gotha, Guillaume Lebeau
    Mickey Monster, Denis Bretin et Laurent Bonzon
    Question de mort, Johan Heliot
    Les Griffes de l’ennui, Jean-Luc Bizien
    En Lettres de feu, Maude Tabachnik

Cela dit, inutile pour l’instant d’arpenter la Toile, car à l’heure où tombe ce cyberpapier, ni le site des éditions Baleine, ni la page du Club (coquille vide), ni même l’adresse du Seuil (en travaux) ne présentent lesdits ouvrages. Si votre libraire sent le moisi, armez-vous donc de gélules d’ail, d’un AK-47 à balles d’argent et… de patience.

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Confocal Microscopy, image © University of Delaware, 2004

À tout seigneur tout honneur. Pas plus tard que vendredi passé, notre Administrateur xénobiophilique, Garde des Marches du Levant, Hérault des Armées de l’ombres et blogueur émérite publiait une hagiographie utopodienne digne de la Geste de sire Arzur Pendragon. Rendons-lui la politesse et annonçons l’avènement du plus abominable, du plus suintant, du plus profond et donc hautement passionnant blogue science-fictif : Under Vhoorl’s Shadow (traduisez : « À l’ombre des vieux poulpes en fleur »).

Tout le monde connaît le sieur Howard Phillips Lovecraft, hm ? Dans le doute, je m’en vais tout de même commettre un petit rappel des faits :

Nostr’homme naquit le 20 août 1890 à Providence, dans l’état de Rhode Island (nord-est des États-Unis). Enfant maladif, il fréquenta peu l’école mais lut beaucoup dès son plus jeune âge. Son grand-père se chargea (avec goût) de la construction de son imaginaire en lui mettant entre les mains Les mille et une nuits, L’iliade et L’odyssée et en lui narrant d’inquiétantes historiettes gothiques de son cru.
 
Le petit Lovecraft rêvait de devenir astronome, mais il ne put jamais suivre de formation universitaire, et pour cause : une dépression nerveuse l’empêcha d’achever ses études secondaires. L’impossibilité de parfaire sa formation fut, sa vie durant, une grande source de frustration. Si Lovecraft affûta ses premières armes littéraires en poésie, il se consacra, dès la fin des années 1910, à l’écriture de nouvelles fantastiques.
 
En 1924, il épousa Sonia Haft Greene et déménagea à Brooklyn. Le couple ne parvint pas à faire face à ses difficultés financières ; c’est sans doute de cette époque que datent les conceptions racistes et paranoïaques de Lovecraft, ce dernier ne comprenant pas qu’un homme de « race blanche » tel que lui fût incapable de trouver du travail au milieu d’une population immigrée et… laborieuse. Le mariage ne dura pas et Howard s’en retourna dans le Rhode Island chez l’une de ses tantes.
 
Les années qui suivirent son retour à Providence furent les plus prolifiques de sa vie. Il publia bon nombre de ses œuvres dans les colonnes des pulps, notamment Weird Tales. Bien qu’il produisît à cette époque ses textes les plus fameux, la misère ne le lâcha pas d’une semelle. En 1936, alors que Lovecraft souffrait de malnutrition, on lui diagnostiqua un cancer de l’intestin qui l’emporterait l’année suivante, le 15 mars 1937.

Le maître de Rhode Island est aujourd’hui encensé, adulé malgré ses zones d’ombre (à chacun son Céline), pour avoir créé l’un des plus célèbres mythes modernes : celui de Cthulhu, créature tentaculaire et divinité déchue du lointain système de Xoth. Cela faisait belle lurette que notre Ami Hau Ruck (prononcez « Hhaou’ Rrouqr ») tournait autour du pot lovecraftien, ses doigts le démangeant comme ceux de l’inspecteur louisianais John Raymond Legrasse. L’écho crépusculaire d’une affreuse litanie (Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn !) torturait à tel point son esprit fiévreux qu’il allait à son tour réveiller le titanesque syndic de R’lyeh.

Le frénétique — et néanmoins génial — créateur des Xénobiophiles lança donc, en février dernier et à son corps défendant, un blogue consacré exclusivement aux gargouillis délétères des Grands Anciens. Afin de respecter le sabir dans lequel s’exprimait l’antiprophète de Providence, notre ami oublia la langue de ses ancêtres ; c’est donc en anglais qu’il rappellera régulièrement à l’ordre la horde des adorateurs médusés, hébétés dans la scansion sempiternelle de ce mantra sybillin :

Iä, iä, Chtulhu fhtagn !

Aujourd’hui, heureux d’assister à la naissance d’un nouveau site horrifique, admiratif devant une telle confession de foi, inquiet cependant devant la montée en puissance de la Chose lovecraftienne (tremblez, tremblez, pauvres pécheurs !), je ne peux que vous encourager à risquer vos mirettes under Vhoorl’s shadow, c’est-à-dire dans le coin le plus sombre de la Toile…

Under Vhoorl’s Shadow
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La liste des finalistes pour les Locus 2oo7 a été publiée ici vendredi dernier. Que de beau monde au balcon de notre dada préféré. Ouf, le genre est sauvé.

Best Science Fiction Novel
Blindsight, Peter Watts (Tor)
Carnival, Elizabeth Bear (Bantam Spectra)
Farthing, Jo Walton (Tor)
Glasshouse, Charles Stross (Orbit; Ace)
Rainbows End, Vernor Vinge (Tor)

[...]

Merci Boing2.

ovni.jpg
Image © Pravda, 2005

Même si cette nouvelle sonnera pour certains comme le chuintement discret d’un pétard mouillé, il est bon d’annoncer, avec trois semaines de retard (au moins), que le Centre national d’études spatiales (CNES) a rendu publiques, sur la Toile, les archives du Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (GEIPAN). Si le dossier des sous-tasses volantes vous intéresse, rendez-vous sans plus tarder sur le site du GEIPAN ou visionnez le petit documentaire de la Télévision suisse romande traitant du sujet.

Un tout petit papier pour relancer la machine grippée des Xénos en ces temps sombres de solitude linéaire.

Le gouvernement briton a mandaté son Ministère de la Défense de lui pondre un rapport propre en ordre sur le « futur contexte stratégique » de la Grande-Bretagne.

Le vénérable Guardian nous en parle un peu :

Revolution, flashmobs, and brain chips. A grim vision of the future

Extrait
Information chips implanted in the brain. Electromagnetic pulse weapons. The middle classes becoming revolutionary, taking on the role of Marx’s proletariat. The population of countries in the Middle East increasing by 132%, while Europe’s drops as fertility falls. “Flashmobs” – groups rapidly mobilised by criminal gangs or terrorists groups.

This is the world in 30 years’ time envisaged by a Ministry of Defence team responsible for painting a picture of the “future strategic context” likely to face Britain’s armed forces. It includes an “analysis of the key risks and shocks”. Rear Admiral Chris Parry, head of the MoD’s Development, Concepts & Doctrine Centre which drew up the report, describes the assessments as “probability-based, rather than predictive”.

Pour ceux qui espèrent encore en un futur meilleur ou qui s’intéressent plus humblement au type de wetware qui sera disponible dans les 20 prochaines années, l’Institute for the Future est un must. Tout sérieusement :

Manifesto
The Institute for the Future (IFTF) is an independent nonprofit research group. We work with organizations of all kinds to help them make better, more informed decisions about the future. We provide the foresight to create insights that lead to action.

We bring a combination of tools, methodologies, and a deep understanding of emerging trends and discontinuities to our work with companies, foundations, and government agencies. We take an explicitly global approach to strategic planning, linking macro trends to local issues in such areas as:

  • Work and daily life
  • Technology and society
  • Health and health care
  • Global business trends
  • Changing consumer society

Pensez également à zieuter directement du côté de ce fascinant projet de l’IFTF qui nous dit exactement ce qui va se passer dans les 50 prochaines années :

Delta Scan: The Future of Science and Technology, 2005-2055

Merci /. et boing2.

C’est hallucinant ce que personne ne me tient au courant dans ce monde de brutes épaisses. Il a fallu que je retourne sur Monster Brains par hasard, dont nous vous parlions un peu plus tôt, pour découvrir avec une putride horreur cosmique que notre Maison d’Ailleurs préférée planifie une exposition basée sur The Commonplace Book de H. P. Lovecraft :

Concept
“An exhibition of unspeakable things” is an exhibition project of the Maison d’Ailleurs, Museum of science fiction (in Switzerland), based on a text by writer H. P. Lovecraft, the Commonplace Book. This work by Lovecraft, consisting of ideas to be developed at a later date, will be used as the basis for illustrations produced by brilliant comics authors/illustrators. The exhibition will present more than one hundred original works by artists whose only common ground is to be willing to embark on such a delirious journey.

Plus d’infos alléchantes et administratives chez Monstrer Brains.

Merci Under Vhoorl’s Shadow.

L’OrPhi, organisation des étudiantEs en philosophie de l’UNIL, présente une conférence d’Anthony Vallat sur le thème de Philosophie et science-fiction. C’est ce jeudi 8 février 2oo7 au Caveau du Lapin-Vert. Plus d’infos sur la conférence et son MC dans la boîte brune qui suit.

RENCONTRER – DISCUTER – DECOUVRIR DE NOUVEAUX HORIZONS PHILOSOPHIQUES
CONFERENCES DE L’ORPHI
(Organisation des EtudiantEs en Philosophie)

***

Bonjour à toutes et à tous!
L’OrPhi a le plaisir de vous inviter à une soirée en compagnie

d’ANTHONY VALLAT

autour de la question “PHILOSOPHIE ET SCIENCE-FICTION”

Caveau du Lapin Vert (plan: cliquez ici
)
Jeudi 8 février 2007
20h30

Vous trouverez ci-dessous un petit descriptif biographique d’Anthony Vallat,
ainsi que de son intervention.

Il va de soi que les conférences de l’OrPhi se veulent un lieu de dialogue
véritable avec nos invités. Une large place sera laissée aux questions et à
la discussion! Qui pourra se prolonger allègrement au coin du bar et en
musique!

Le thème et le lieu de cette rencontre ne peuvent que nous inviter à porter
sur notre pratique philosophique un regard neuf! “Horizons philosophiques”
n’est peut-être pas cette fois-ci le terme le plus approprié… Parlons
plutôt de nouvelles contrées!

En espérant vous voir nombreuses et nombreux à cette occasion,
Je vous souhaite une belle journée!

Pour le comité de l’OrPhi,
Gabriel Dorthe
Coordinateur

Anthony Vallat
Anthony Vallat a une licence en lettres, en français et philosophie, ainsi
qu’une licence en sociologie et anthropologie, de l’Université de Lausanne.
Il est actuellement enseignant au Collège de Bussigny. Depuis un an, il est
chargé de la rédaction d’articles pour l’”Encyclopédie des Littératures de
l’Imaginaire”, sous la direction de Jacques Goimard, à paraître en 2008,
dont l’entrée “philosophie et science-fiction”!

Synopsis
Cette conférence va explorer les similitudes et différences entre la
philosophie et la science-fiction.
Première similitude : la philosophie et la science-fiction stimulent toutes
deux le plaisir de spéculer et d’élaborer des systèmes. Philip K. Dick, le
plus philosophe des écrivains de science-fiction, a écrit: « Balancer six
théories différentes en l’air pour voir laquelle retombe par terre la
première. »
Deuxième similitude, quelle gymnastique mentale faisons-nous pour entrer
dans un texte de philosophie ou de science-fiction ? Nous allons y réfléchir
en nous basant sur quelques exemples.
La différence entre philosophie et science-fiction repose sur le rapport au
réel.
Cette confrontation au réel impose des obligations différentes à ces deux
domaines. La science-fiction, en tant que fiction, peut se contenter de
spéculations gratuites et élégantes. Par contre la philosophie a d’autres
exigences. Elle a des comptes à rendre vis-à-vis du réel.
Mais ce n’est pas si simple. La science-fiction a aussi la possibilité de
dire quelque chose sur le réel. En même temps, la philosophie utilise
souvent la fiction spéculative pour se construire…

La mondialisation

21.11.2006

Pour ceux d’entre vous qui auraient assez de curiosité pour vous inquiéter du quasi-solo de notre vénérable Tifnord au cours des dernières quelques semaines, vous serez récompensés en apprenant que votre bovin serviteur vous servira désormais ses petits plats rances vautré entre les mamelles laiteuses, grasses et nanotech du pays du Soleil Levant.

Les Xénos vous donnent par ailleurs rendez-vous à la prochaine WorldCon qui aura lieu à Yokohama. En direct, madame.

J’en profite également pour annoncer à notre attentif auditoire que la famille régulièrement bicéphale des Xénos risquent bien de s’enrichir d’un nouveau membre au cours des prochains jours. Du pur-sang S.-F. au talent déraisonnable. On attend.

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Cory Doctorow à table, à l’heure du dessert, aux Utopiales 2006

Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de se rendre aux Utopiales de Nantes et qui, du coup, n’ont pas pu suivre la conférence donnée par Cory Doctorow le dimanche 5 novembre à la Cité des congrès, il semble nécessaire de résumer les propos tenus par notre cher auteur de science-fiction canadien.

Avant toute chose, rappelons brièvement comment est venue au monde l’une des créatures les plus subversives du monde éditorial anglophone :

Nostr’homme est né le 17 juillet 1971 à Toronto, dans une famille d’enseignants trotskistes. Enfant déjà, Cory milite contre les armes de destruction massive et pour Greenpeace. Il s’emploie ensuite à mettre sur pied un centre consacré à la paix et à la justice sociale dans l’île de Grindstone, sur le fleuve Saint-Laurent. Il achève ses études secondaires dans sa ville natale puis fréquente quatre universités sans y obtenir de diplôme. Il travaille alors quatre ans à Londres pour l’Electronic Frontier Foundation (institution militant pour la liberté dans les médias électroniques) avant de s’installer à Los Angeles et de se consacrer (presque) entièrement à l’écriture romanesque. En janvier 2003, il publie son premier roman, Down and Out in the Magic Kingdom, lequel inaugure la licence Creative Commons. En septembre de la même année, Doctorow sort un recueil de nouvelles, A Place So Foreign and Eight More, sur papier, puis partiellement sous format électronique (et licence Creative Commons). Deux romans suivront, l’un en 2004, Estearn Standard Tribe, et l’autre en 2005, Someone Comes to Town, Someone Leaves Town ; ces ouvrages sont également disponibles dans leur intégralité — et gratuitement — sur Internet.

Dimanche dernier, aux Utopiales, la conférence donnée par Cory Doctorow reprenait en partie les idées décrites dans un article publié en juillet 2006 dans Locus Magazine : « Science Fiction is the Only Literature People Care Enough About to Steal on the Internet ».

L’auteur y retrace tout d’abord l’évolution des mentalités vis-à-vis de la musique. Les interprètes d’autrefois avaient perçu d’un mauvais œil l’avènement de la radio, média qui avait mué la production musicale en phénomène industriel. Septante ans plus tard, Napster allait prouver qu’il serait désormais impossible de forcer les récalcitrants à payer leur musique grâce au réseau d’échange poste-à-poste.

Doctorow rassure les artistes eux-mêmes : Internet permet aux musiciens d’atteindre une audience jusqu’alors inégalée, et cela à très peu de frais, favorisant du même coup une grande diversité musicale. Il rappelle aussi que le but du droit d’auteur est avant tout de décentraliser les bénéficiaires d’une création artistique. L’égide des papes et des princes a précédé le copyright, mais l’apparition de ce dernier a permis à la créativité d’être financée. Internet n’est qu’une nouvelle étape sur le chemin de la décentralisation — stade qui sera favorable à certains artistes et défavorable à d’autres. Pour Doctorow, la vraie question consiste à se demander si cela permettra de multiplier les acteurs de la production culturelle.

Reste à savoir quels seront les avantages d’Internet pour les écrivains et les amateurs de science-fiction. C’est là que Doctorow intervient : selon lui, la science-fiction est « le seul genre littéraire pour lequel les gens sont prêts à voler sur la Toile ». Comme lui, certains auteurs profitent des affinités entre S.-F. et Internet — Doctorow a publié tous ses romans sous licence Creative Commons, ce qui autorise ses admirateurs à partager librement son œuvre. Le premier roman de Doctorow aurait ainsi été téléchargé 650000 fois depuis son site personnel et édité six fois (!) sur papier.

Selon Doctorow, la diffusion électronique de livres augmente de façon évidente les ventes de leurs versions imprimées (le plus grand danger pour un écrivain de S.-F. étant de rester dans l’ombre, mais certainement pas d’être l’objet de piratages). En cela, le futur sera fait d’échanges entre artistes et public ; à l’ère d’Internet, les relations personnelles constituent une valeur difficilement remplaçable. Doctorow conclut ainsi :

Conversation, not content, is king. If you were stranded on a desert island and you opted to bring your records instead of your friends, we’d call you a sociopath. Science fiction writers who can insert themselves into their readers’ conversations will be set for life.

Pour en savoir plus, rendez-vous sans plus tarder sur le blogue créé par Cory Doctorow, le fameux Boing Boing (que nous avons maintes fois cité sur les Xénobiophiles) ou sur Craphound, le site personnel de l’écrivain.

Alors, convaincus ?

Utopiales 2006

07.11.2006

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Détail de l’affiche des Utopiales 2006, illustration © Richard Raaphorst, 2006

Le retour des Utopiales est toujours difficile. Tout d’abord parce qu’on y dort peu, qu’on y mange gras et que les boissons alcoolisées y coulent à flots ; mais aussi parce qu’une fois la manifestation parvenue à son terme, on peine à quitter le microcosme douillet et décalé de l’imaginaire.

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Entretien avec quatre auteurs publiés dans l’anthologie Utopiæ 2006 ;
de gauche à droite : Lucian Merisca (Roumanie), Zoran Živkovi? (Serbie), Vincent Gessler (Suisse), Maris de Menezes (Portugal) ; modératrice : Stéphanie Nicot

Même si les Utopiales 2006 m’ont paru moins fréquentées que leur précédente édition, les discussions et les découvertes n’y ont — forcément — pas manqué d’intérêt. J’y ai appris un peu plus au sujet de personnalités incontournables de la S.-F. francophone telles que Sylvie Lainé (lauréate du Grand prix de l’imaginaire, catégorie Nouvelle francophone), Mélanie Fazi (lauréate du GPI, catégorie Traduction, pour son travail sur Lignes de vie de Graham Joyce), Stéphanie Nicot (rédactrice en chef de la revue Galaxies) et Michel Pagel (écrivain et traducteur émérite) ; mais aussi sur des célébrités anglophones telles que Kim Stanley Robinson et Cory Doctorow. Ces personnages attachants justifiaient largement les quelque huit cents kilomètres parcourus entre mon Q. G. helvétique et la Cité des congrès de Nantes.

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Le très sympathique auteur étasunien Kim Stanley Robinson et son interlocutrice, Joëlle Wintrebert

Les Suisses ont fait bonne figure au sein du festival, démontrant une fois de plus que la francophonie pourra longtemps encore compter sur leur présence et leur créativité. À ce propos, je tiens tout particulièrement à féliciter François Rouiller qui a remporté le GPI 2006, catégorie Essai, grâce à son ouvrage 100 mots pour voyager en science-fiction (paru en juin dernier aux éditions Les empêcheurs de penser en rond).

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François Rouiller reçoit le Grand prix de l’imaginaire, catégoie Essai, des mains de Jacques Goimard.

Quelques personnages-clefs de la S.-F. francophone manquaient cette fois à l’appel, en particulier André-François Ruaud, dont la magnifique revue Fiction a elle aussi remporté un GPI (catégorie Prix spécial). Et puis j’ai beaucoup regretté nos amis Québécois invités l’an dernier. Enfin, j’aurais bien aimé papoter un instant avec Francis Valéry — mais il n’était pas au rendez-vous.

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Cory Doctorow a présenté (devant trop peu de gens) sa révolution du copyright.

Même si les Utopiales n’ont pas pour seule vocation de présenter la facette scripturale de l’imaginaire (les intéressés peuvent aussi y parler cinéma, bédé, illustration, jeux), je dois bien avouer que cette année, les tables rondes littéraires ont cruellement manqué. D’autres dysfonctionnement pourraient être relevés, mais je ne veux pas ici faire mauvaise presse au nouveau comité organisateur du festival (à savoir l’équipe du Nifff, qui a repris le flambeau des mains de Patrick J. Gyger). Gageons toutefois que l’édition 2007 saura retrouver sa superbe d’antan…

Sur ce, bonne digestion et à l’année prochaine.

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Visuel de la page d’ouverture de The Call © Pirelli & C.S.p.A, 2006

Ça m’apprendra à rechercher sur Internet des informations au sujet de John Malkovich. En tapotant son nom dans mon moteur de recherche favori, ne suis-je pas tombé sur une pub de Pirelli ? Bon, d’aucuns me diront qu’ils sont au courant de l’affaire depuis une bonne huitaine de mois. Eh bien pas moi, et tel le dernier des enfants de chœur, je m’en vais vous pondre un micro-papier sur la question. Voilà.

Si je me permets d’atterrir comme un cheveu sur la soupe avec mon article à deux roubles, c’est que le court-métrage en question — The Call — impressionne par les moyens qu’il met en œuvre : un acteur archi-célèbre (notre cher John), une mannequin-pin-up-catcheuse de compétition (Naomi Campbell), un réalisateur qui doit commencer à se faire cher, même s’il ne produit que de la daube (Antoine Fuqua), l’agence de pub italienne Armando Testa et l’agence de médias Maxus BBS. Coût de l’opération ? Soixante pour cent du budget publicitaire de Pirelli. Une bagatelle.

Le film mange à tous les rateliers : une grosse cuillérée de William Friedkin pour l’ambiance exorcisante, une once de frères Wachowski pour le coup de fil ainsi que la thématique du pater salvator mundi, et enfin un brin de patine pitofienne pour l’esthétique gothico-électrifiante.

En résumé, un prêtre est appelé par téléphone pour régler son compte au Patron (!), incarné cette fois en ange ténébreux du plus bel effet (une Naomi attifée comme une Joséphine Baker qui aurait bouffé du canard sous Neo Citran). Se taper une aussi jolie diablesse, « facile » me direz-vous, sauf si ledit succube habite le moteur d’une voiture aussi allumée que la Pontiac Firebird de l’affreux K2000. Une nuit en compagnie de la tigresse sino-jamaïcaine de Streatham et le beau John s’en sort avec le col romain à peine défraîchi. Il en a vu d’autres, le bougre.

Puisque vous mourrez (peut-être) d’impatience, sachez que ce film de dix minutes ne peut être visionné que sur la Toile et depuis le site grandiloquent spécialement ouvert par Pirelli. Vous avez le temps de le mater et remater tranquillement, car toute la stratégie de communication du fabricant de gommes risque fort de tourner encore quelque temps autour du pot. Morale de l’histoire et slogan de la marque : Power is nothing without control. La prochaine fois que vous passez la nuit en compagnie d’un top-model, souvenez-vous-en.

Les Xénos ont un peu plus de 315 gigasecondes. Les Xénos 1.o sont morts. Vive les Xénos 2.o !

Bon, au boulot.

Pour la seconde fois, et toujours dans le cadre feutré du NIFFF, le MEN accueille le symposium Imaging The Future dont le thème tourne cette année autour du posthumanisme et de l’ « augmentation nouvelle des facultés cognitives, motrices ou perceptives » de l’humain. Tout un programme bien chargé pour les deux jours que s’accapare le symposium. Les grands chapitres :

  • Etendre les sens
  • Augmenter le corps
  • Augmentations culturelles et artistiques
  • Cyborgs
  • Vaincre la mort, l’augmentation finale? [avec le Maître incontesté de l'immortalité putrescente, George A. Romero (sick !)]

Par contre, je suis persuadé qu’aussi bien le NIFFF v6.o qu’ITF v2.o seront des vautrées totales vu que votre serviteur ne saura joindre ni l’un ni l’autre.

Et grouillez-vous, ça commence demain.

Mis à jour le o5.o7.2oo6

Le quotidien suisse et tout de même altruiste Le Courrier monopolise la dernière page de son édition du mardi o4.o7.2oo5 pour présenter l’ITF v2.o à travers un entretien avec l’une des participantes au colloque : Daniela Cerqui, anthropologue suisse et experte des questions sociales liées aux bouleversements technologiques auprès de l’UE. On y découvre également le fameux professeur implanté Kevin Warwick et son projet Cyborg 2.o.

Imaging The Future Symposium/2nd edition
Plus qu’humain?

o5/o6.o7.2oo6
Musée d’ethnographie de Neuchâtel
Rue Saint-Nicolas 4
CH-2ooo Neuchâtel

A l’aube du XXIe siècle, des disciplines aussi diverses que la génétique, la médecine, l’industrie spatiale ou de l’imaging semblent promettre à l’être humain une augmentation nouvelle de ses facultés cognitives, motrices ou perceptives. A l’image des super-héros et des mutants de la science-fiction, l’Homme de demain sera-t-il humain, plus qu’humain ?

Entrée libre en fonction des places disponibles, inscription recommandée

Informations et Inscriptions
ITF 2oo6
c/o NIFFF
Olivier Müller
Martenet 4
CH-2ooo Neuchâtel

info@imagingthefuture.ch
T. +41 32 731 o7 74

Manifesto
L’ “ITF” est une rencontre et séminaire professionnel qui se tiendra en marge de la 6e édition du Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFFF), prévue du 3 au 9 juillet 2006. Une information complète sur le NIFFF est disponible à l’adresse Internet www.nifff.ch.

Le but du Symposium est de créer un lien entre le NIFFF et le domaine de l’imagerie digitale dans des secteurs d’activité aussi divers que la recherche spatiale, la médecine, le design industriel, la biochimie, la climatologie, etc.

L’ITF est une co-production du NIFFF, de La Maison d’Ailleurs (MDA), Musée de la Science-Fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires (www.ailleurs.ch) et du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN) (www.men.ch).

Chair fidèle,

Les Xénos et leur nouveau thème (basé sur Simpla, une merveille de M. Phu Ly), conçu avec une lenteur posée pour plus de sobriété et de clarté et avec une grosse emphase sur le texte plutôt que sur les fioritures, sont désormais quasi’prêts pour un nouveau lancement vers de plus vastes horizons encore, fraîchement enfumés de promesses d’augmentation d’intensité des guilis sub-slip.

En espérant que ce rabottage au parpaing de 20 rudement cisaillé vous donnera encore plus de plaisir à nous inonder de commentaires, je me réjouis déjà de l’approche en chute libre du premier anniversaire de votre blogue de chevet.

Et encore : « Hau Ruck ! »

Xénomutation

07.06.2006

Chair fidèle,

Après une réunion de brainstorming d’environ 12 minutes avec moi-même, et dans l’urgence d’une déferlante de commentaires de spam absurde (+2ooo en un jour), nous avons décidé qu’il était temps, avec le premier anniversaire approchant, de redonner aux Xénos une couche de poncé-lustré en mettant à jour la version de Wordpress sur laquelle tourne votre blogue chérhonni.

Un peu comme l’avertit l’avertissement sur les rétroviseurs d’un véhicule étasunien, votre vision des Xénos risque en conséquent d’être grandement déformée dans les jours/semaines à venir. Pas de panique, ce n’est qu’une illusion, une incursion subreptice d’une autre dimension dans celle du lendemain de l’anniversaire du Patron. Focalisez-vous sur le nombre 42 et tout ira bien d’ici quelques jours.

Et surtout : « Hau Ruck ! »

Mardi (2 mai 2006), l’émission bon enfant Photos de famille de la Télévision suisse romande a invité trois personnes qui appréhendent l’imaginaire et l’avenir chacune à sa manière.


Patrick J. Gyger, image © TSR, 2006

Tout d’abord Patrick Gyger, conservateur de la vénérable Maison d’ailleurs d’Yverdon-les-Bains, qui nous a fait découvrir les caves de son musée et l’atmosphère de brocante galactique qui y règne. Il nous a aussi emmené à la Chaux-de-Fonds pour un petit aperçu express du Train fantôme, maison hantée kitsch-pop-gore (privée) créée par les artistes Jean-Pierre Vaufrey et Alain Margot. Cela dit, prochaine exposition à la MdA : le photographe Mario Del Curto à partir du 14 mai.


André Kuenzy, image © TSR, 2006

On retrouvait également André Kuenzy, architecte qui n’est rien de moins que le l’âme de l’Homme bleu (une fois qu’on l’a écorché). L’Homme bleu ? Un personnage énigmatique qui se balade sans mot dire (ni maudire) à travers la planète, histoire de provoquer un décalage ténu — mais marquant — de la réalité. Kuenzy a aussi eu la bonne idée d’acquérir une partie de l’ancienne usine Suchard à Serrières, dans le canton de Neuchâtel, qu’il a rebaptisée Rhinocéros. Dans cet espace gigantesque perdu au creux d’un vallon, il prévoit d’installer un studio de cinéma, rien de moins.


L’Homme bleu connaît un succès fou auprès des Japonaises. Photo © André Kuenzy et TSR, 2006


Marie Velardi, image © TSR, 2006

Enfin, Marie Velardi, fringante plasticienne, nous a fait part de sa fascination pour le futur et la vision que nos prédécesseurs en ont eu. Récemment, elle s’est imaginé à quoi pourrait bien ressembler Genève en 20006 (à la face cachée de la lune, en fait), mais aussi ce que pourrait devenir la cité de Calvin (et des banquiers privés) si la verdure y poussait franchement, envahissant les rues. Hélas, vous n’avez que jusqu’à demain pour découvrir son expo Chloropolis à l’espace d’arts contemporains Attitudes (4, rue du Beulet à Genève — Météo Suisse annonce de la pluie, c’est parfait).

Bref, si vous avez trois quarts d’heure devant vous, n’hésitez pas à visionner l’émission de la TSR depuis la Toile pour quarante-cinq minutes de détente rafraîchissante (la fin de l’émission est pathétique, vous pouvez la zapper en caressant votre souris).