Dreampunk ou de l’obsolescence du futur
25.07.2005
En guise d’exorde, saluons ici la langue belle du plus Horrible de nos prosateurs, lequel nous surprendra toujours, non par la grandeur de son esprit — dont nous connaissons d’ores et déjà les qualités calculatoires —, mais par la générosité et l’inventivité de son verbe fleuri et syncopé. Citons, entre autres belletés langagières, ce morceau de maître de l’écriture bloguistique :
Pour en venir au propos de notre article qui, avouons-le, se veut une humble et réconfortante répartie aux dires lugubres de notre bel Aurochs, convoquons en notre vétuste mémoire quelqu’une de nos plus édifiantes conversations science-fictives. Si ma mémoire ne me fait point défaut, nous nous trouvions jadis en compagnie d’une poignée d’amateurs de futurs antérieurs, dont une plume déjà bien rôdée aux rugosités de la pergamine stellaire, je veux parler de Francis Valéry. Celui-ci nous avouait, après quelques cafés nimbés de williamine, que l’univers science-fictif, malgré ses années d’art prospectiviste, arrivait aujourd’hui au terme d’un cycle — d’un kalpa dirions-nous —, et que sa mort s’annonçait imminente. Nous assistions à la fin d’un genre, à la belle agonie d’une époque glorieuse où l’évocation d’un monstre gluant au fond d’une caisse à savon suffisait à vous téléporter aux plus hautes sphères d’une hagiographie digne d’un Voragine, au beau mitan des demi-dieux de la Légende dorée.
Quelques hivers plus tard, au détour d’un rayonnage prometteur, nous avions feuilleté un ouvrage dont nous nous réjouissions de faire ripaille. Il arborait cette attirante couverture :

Ces Pages perdues avaient la triste idée d’entrer en matière sur ces mots : Qu’est-ce qui a tué la science-fiction ? Mais au fait, qui s’offrait une si funeste prophétie ? Un dénommé Paul Di Filippo, dont certaines nouvelles avaient été publiées dans l’inaccessible Science Fiction Eye :

Aux côtés de qui me direz-vous ? De… Richard Kadrey (dont vous pouvez lire ici le fameux Métrophage) et Bruce Sterling, maîtres du cyberpunk, mais ça vous le saviez déjà.
Vous devez vous demander où veut bien vous mener l’esprit labyrinthique de ce pauvre Tifnord. Et bien à cela — dans ce fameux cinquième numéro de Science Fiction Eye, daté de 1989, ce cher Bruce sterling avait commis un article de critique d’un (alors) nouveau sous-genre, ni cyberpunk, ni steampunk, le slipstream, et dans lequel il déplorait :
Comme vous pouvez le constater, la peur quasi millénariste d’une fin toute proche de la S.-F. n’est pas une nouveauté. La science-fiction étant un genre littéraire délibérément orienté vers l’avenir (ou vers un passé réinventé), et l’avenir n’étant pas encore advenu (pas plus que le passé fictionnel), est-il raisonnable de prédire la mort d’une aventure… qu’il nous reste encore à découvrir ?
Popular Science a publié cet article en août 2004 sur le débat lancé par un groupe de “nouveaux” auteurs de SF, dont Stross et Doctorow (voir ci-dessous), qui pensent que notre monde risque de changer de façon tellement radicale qu’il leur est devenu très difficile d’imaginer, à travers leurs oeuvres de SF notamment, ce que le futur proche nous réserve.
Ca parle notamment du concept de Singularité, une idée conçue dans ce contexte par Vernon Vinge. Si, avec l’aide de mes nano-morpions, mes neurones embuées des restes de ce derme pourpre de l’autre jour, ont bien compris et analysé le contenu de l’article, dense mais pas trop, la Singularité est un point précis dans le temps, prévu pour un futur très proche, où la combinaison des avancées technologiques de différents domaines scientifiques provoquera un changement si soudain et tellement violent que notre monde futur sera radicalement différent du monde actuel. Un grand pied de nez et bras d’honneur à l’évolution, en quelque sorte.
Pour en savoir encore un peu plus: Technological singularity.
Sinon, ça me rappelle aussi le concept des points nodaux chez William Gibson dans sa Bridge Trilogy, en particulier dans Idoru et All Tomorrow’s Parties.
Gibson, dans une interview téléphonique, disait d’ailleurs:
Nouveaux liens:
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/patternHunter [/ph] (catégorie Blog ): voilà un site qui a l’air bien déjanté, apparemment par un grand fan de William Gibson. J’aime bien le côté ligne de commande de l’interface
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William Gibson aleph (catégorie Littérature): un autre site d’un fan de Gibson, sur l’oeuvre du dit, justement. Très informatif et clair.
Nouveaux liens
24.07.2005
Quelques nouveaux liens:
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The Cyberpunk Project (catégorie Culture): site russe tentant de faire le tour de la question de la culture et du monde cyberpunk. Ils offrent même certains bouquins en download (dont 7 en anglais, le reste étant en russe).
- Technovelgy.com (catégorie Technologie): sous-titré where science meets fiction, ce site s’applique à lister et expliquer les idées et inventions technologiques proposées dans des bouquins ou des films de SF.
- Schismatrice (catégorie Blog): voir l’article de Tifnord @ 1122105357.
Un soir de vent et de pesanteur existentielle, alors que je me promenais sur notre Toile favorite (et je n’espère pas singer ici ne serait-ce que l’ombre du Maître : Nel mezzo del cammin di nostra vita / mi ritrovai per una selva oscura, / ché la diritta via era smarrita…) et me suis encoublé sur un blogue à l’argument proche du nôtre :
Comme vous pouvez le constater, — et comme vous vous en doutiez déjà —, nous ne sommes pas seuls à nous chauffer du même bois dans cette galaxie. Le nom du site ? — aussi alambiqué que le doux vocable qui orne le frontispice de notre page d’accueil : Schismatrice. Les occupants de cet espace arachniochtone (j’entends par là que la Toile est son territoire) se révèlent encore plus taciturnes que nous. Ils sont deux : Gérard Dahan et Olivier Roland. Le premier me semble passionné de cyberpunk, le second d’écriture science-fictive. Des mecs bien, quoi.
Un élément de ce site a attiré mon attention : le mémoire de DEA (traduction pour les non-gallologues : mémoire de licence) que ledit Dahan a présenté en 1997 et qui porte le titre de Les paradis artificiels dans l’œuvre des écrivains des mondes virtuels — l’exemple de Neuromancer, de William Gibson. Ce texte est librement téléchargeable. Retenons entre autres cette citation de William Gibson en pp. 46-47 du travail, qui ne sera pas sans rassurer ceux dont la plume électronique démange :
Pour faire un pont avec l’article posté le 10 juillet, citons encore Dahan, p. 52, qui amorce une définition du style science-fictif :
Autre page du blogue que l’on pourra consulter avec intérêt : celle des Articles de référence pour la Cyberculture.
Cyberculturellement vôtre,
Tifnord
Cory Doctorow et Charles Stross, deux presque jeunes auteurs de SF, ont récemment publié leurs derniers ouvrages sur le web sous la licence Creative Commons (http://creativecommons.org/) en simultané de leur sortie en librairie. Les deux bouquins sont à télécharger gratuitement (dans une exhaustivité de formats indécente, surtout pour celui de Doctorow) sur leurs sites respectifs et de prime abord semblent tout à fait potables et même plus:
Cory Doctorow > Someone Comes to Town, Someone Leaves Town
Charles Stross > Accelerando!
Expanding on his award-winning short story cycle that appeared in Asimov’s Science Fiction magazine, Stross (Singularity Sky) reveals a vision of the future that encompasses and expands on the newest technologies and explores the possibilities of humanity’s future. Joining the ranks of William Gibson (Neuromancer), Neal Stephenson (Snow Crash), and Bruce Sterling (Schismatrix), Stross fuses ideas and characters with cheerful abandon and creates a high-tech galactic adventure that belongs in most libraries.” – Jackie Cassada dans SF/Fantasy
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Accelerando! technical companion (glossaire en gestation des termes techniques utilisés dans le bouquin)
Bonne lecture et merci à Slashdot pour l’info!
Mis à jour 20050714 @ 1623
Je viens de tomber sur Unwirer, un site où les deux auteurs sus-mentionnés ont publiquement, en ligne et quasiment sans gêne collaboré sur une nouvelle. Vive la collaboration.
Mis à jour 20050722 @ 1440
Et voilà encore une autre collaboration de nos deux fieffés croquants: Jury Service
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