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Cory Doctorow à table, à l’heure du dessert, aux Utopiales 2006

Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de se rendre aux Utopiales de Nantes et qui, du coup, n’ont pas pu suivre la conférence donnée par Cory Doctorow le dimanche 5 novembre à la Cité des congrès, il semble nécessaire de résumer les propos tenus par notre cher auteur de science-fiction canadien.

Avant toute chose, rappelons brièvement comment est venue au monde l’une des créatures les plus subversives du monde éditorial anglophone :

Nostr’homme est né le 17 juillet 1971 à Toronto, dans une famille d’enseignants trotskistes. Enfant déjà, Cory milite contre les armes de destruction massive et pour Greenpeace. Il s’emploie ensuite à mettre sur pied un centre consacré à la paix et à la justice sociale dans l’île de Grindstone, sur le fleuve Saint-Laurent. Il achève ses études secondaires dans sa ville natale puis fréquente quatre universités sans y obtenir de diplôme. Il travaille alors quatre ans à Londres pour l’Electronic Frontier Foundation (institution militant pour la liberté dans les médias électroniques) avant de s’installer à Los Angeles et de se consacrer (presque) entièrement à l’écriture romanesque. En janvier 2003, il publie son premier roman, Down and Out in the Magic Kingdom, lequel inaugure la licence Creative Commons. En septembre de la même année, Doctorow sort un recueil de nouvelles, A Place So Foreign and Eight More, sur papier, puis partiellement sous format électronique (et licence Creative Commons). Deux romans suivront, l’un en 2004, Estearn Standard Tribe, et l’autre en 2005, Someone Comes to Town, Someone Leaves Town ; ces ouvrages sont également disponibles dans leur intégralité — et gratuitement — sur Internet.

Dimanche dernier, aux Utopiales, la conférence donnée par Cory Doctorow reprenait en partie les idées décrites dans un article publié en juillet 2006 dans Locus Magazine : « Science Fiction is the Only Literature People Care Enough About to Steal on the Internet ».

L’auteur y retrace tout d’abord l’évolution des mentalités vis-à-vis de la musique. Les interprètes d’autrefois avaient perçu d’un mauvais œil l’avènement de la radio, média qui avait mué la production musicale en phénomène industriel. Septante ans plus tard, Napster allait prouver qu’il serait désormais impossible de forcer les récalcitrants à payer leur musique grâce au réseau d’échange poste-à-poste.

Doctorow rassure les artistes eux-mêmes : Internet permet aux musiciens d’atteindre une audience jusqu’alors inégalée, et cela à très peu de frais, favorisant du même coup une grande diversité musicale. Il rappelle aussi que le but du droit d’auteur est avant tout de décentraliser les bénéficiaires d’une création artistique. L’égide des papes et des princes a précédé le copyright, mais l’apparition de ce dernier a permis à la créativité d’être financée. Internet n’est qu’une nouvelle étape sur le chemin de la décentralisation — stade qui sera favorable à certains artistes et défavorable à d’autres. Pour Doctorow, la vraie question consiste à se demander si cela permettra de multiplier les acteurs de la production culturelle.

Reste à savoir quels seront les avantages d’Internet pour les écrivains et les amateurs de science-fiction. C’est là que Doctorow intervient : selon lui, la science-fiction est « le seul genre littéraire pour lequel les gens sont prêts à voler sur la Toile ». Comme lui, certains auteurs profitent des affinités entre S.-F. et Internet — Doctorow a publié tous ses romans sous licence Creative Commons, ce qui autorise ses admirateurs à partager librement son œuvre. Le premier roman de Doctorow aurait ainsi été téléchargé 650000 fois depuis son site personnel et édité six fois (!) sur papier.

Selon Doctorow, la diffusion électronique de livres augmente de façon évidente les ventes de leurs versions imprimées (le plus grand danger pour un écrivain de S.-F. étant de rester dans l’ombre, mais certainement pas d’être l’objet de piratages). En cela, le futur sera fait d’échanges entre artistes et public ; à l’ère d’Internet, les relations personnelles constituent une valeur difficilement remplaçable. Doctorow conclut ainsi :

Conversation, not content, is king. If you were stranded on a desert island and you opted to bring your records instead of your friends, we’d call you a sociopath. Science fiction writers who can insert themselves into their readers’ conversations will be set for life.

Pour en savoir plus, rendez-vous sans plus tarder sur le blogue créé par Cory Doctorow, le fameux Boing Boing (que nous avons maintes fois cité sur les Xénobiophiles) ou sur Craphound, le site personnel de l’écrivain.

Alors, convaincus ?

1 commentaire pour « Doctorow, pour ceux qui n’auraient pas pigé »

  1. theefer |

    Très chouette compte rendu de la conf’ de Cory et des Utopiales, merci Marc!

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