Norman Spinrad > Rêve de fer
02.08.2006
Une fois extirpé, non sans bobos, du décevant Maître du Haut Château de Philip K. Dick, une gentille uchronie sur le thème alléchant d’une victoire de l’Axe à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, je me suis immédiatement plongé dans une autre uchronie un brin plus déjantée : le Rêve de fer de Norman Spinrad. Et ben, vous me croirez ou non, j’y ai trouvé mon bout de gras, un genre de petite laine qui réchauffe doucement le cœur au sens propre comme au sens figuré. Rien de moins. En fait, j’ai passablement adoré.
M. Spinrad nous sert là une belle tranche bien grosse et vertement grasse d’uchronie, également à la sauce Seconde Guerre Mondiale : le petit moustachu, à la moustache d’entretien facile (non-iron), se serait exilé aux Etats-Unis à l’issue désastreuse pour le Vaterland de la Grande Guerre et y serait devenu un écrivain de S.-F. adulé, dont l’ouvrage de référence s’intitule Le Seigneur du Svastika. Et, bigre de bigre, Rêve de fer, sous sa couverture francophone tout en joliesse (presqu’printanière), abrite justement ledit Seigneur. Voici donc l’œuvre majeure d’un Adolf écrivain de S.-F., mais toujours aussi malade et prêt à partager, de gré ou de force, sa perspective globalisante d’un monde/univers à une seule race de purhommes dominant les vils mutants putrides et autres télépathes de gauche.
On comprend assez vite le dégoût ou l’ennui qu’a pu causer Rêve de fer chez d’aucuns, car le tout est présenté comme s’il avait été vraiment écrit par un dérangé du bulbe, dans une langue qui n’est pas la sienne, obnubilé par la Kameradschaft masculine du cuir, les symboles ouvertement phalliques et la pureté raciale au service de cette verticalité.
Sans relâche et avec un réel brio, Spinrad nous livre les unes après les autres, en rafale, des descriptions lourdement burinées aux chenilles de Panzer de parades des troupes d’élite du Svastika dans leur cuirs et métaux luisants ou encore de batailles titanesques contre les forces mutantes à la bave et l’incontinence faciles, de gauche. Un style qui louche un peu du côté du maître incontesté de l’excès d’adjectifs percutants et sert parfaitement le propos du livre.
Finalement et en aparté, pour ceux à qui le martial industrial donne des guilis, l’ambiance rouleau-compresseur et hache à deux mains du Rêve me rappelle furieusement les hymnes bombastiques de Triarii, future légende du genre. Les détails se résument au sein de l’incroyable On Wings Of Steel de leur dernier album Pièce Héroique.
Donc : à ne pas mettre entre des mains trop simples ou facilement choquées, Rêve de fer ne permet ni le premier degré, ni le second.
Et si, écœuré par la défaite allemande en 1918, Adolf Hitler avait émigré aux Etats-Unis ? S’il s’était découvert une vocation d’écrivain de science-fiction ? S’il avait rêvé de devenir le maître du monde et s’était inspiré de ses fantasmes racistes et belliqueux pour écrire Le Seigneur du Svastika, un roman couronné par de prestigieux prix littéraires ? Etonnante uchronie et terrifiante parodie, Rêve de fer est une dénonciation sans appel et sans ambiguïté du nazisme.

Rêve de fer
de Norman Spinrad
Titre original: The Iron Dream (traduction de l’américain par Jean-Michel Boissier)
Préface : Roland C. Wagner
Éditeur : Editions Gallimard (2o mai 2oo6)
Collection : Folio SF
Format : Poche - 382 pages
ISBN : 2070320529
XLII - exliibris
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Chers xénos
Bravo pour vos chroniques de choses lues (a contrario de précédents commentaires concernant la dithyrambie du non-lu)
Pour votre gouverne et l’éclairage de vos lanternes estivales, je vous recommande les notes de lecture en forme de billets d’humeur d’un nouvel intervenant sur la Yozone, qui signe Henri Bademoude ses “Délices & Daubes” à http://www.yozone.fr/rubrique.php3?id_rubrique=75
En vous souhaitant une bonne continuation d’été post-caniculaire, fidèlement votre