Ted Chiang > La tour de Babylone
28.07.2006

Ted Chiang. Photo © James Patrick Kelly, 2004
Ç’a commencé comme ça. J’avais lu la critique d’un bouquin entre les pattes velues de notre cher Cafard cosmique. Je me jetais corps et âme (plus âme que corps, en ce mois de juillet) dans la crèmerie la plus proche et m’apprêtais à demander à la libraire-crémière si elle ne pouvait pas me fournir une bonne livre de nouvelles essèfes d’un certain…
Amnésie. Je ne me rappelais plus le nom de l’auteur encensé par la cosmoblatte. Seul indice que je livrais à la malheureuse demoiselle en attente de collaboration synaptique : l’écrivain était sans doute étasunien et fils d’immigrés chinois. Comme la laitière bibliophile avait quelques années de pratique en ??????? et autres crypto-sciences à but non lucratif, elle a su en quelques secondes m’orienter vers la couverture ambrée de La tour de Babylone (Stories of Your Life, and Others) de Ted Chiang.
Ted Chiang, je ne connaissais pas, alors j’ai jeté un œil — puis deux — sur le passif de nostr’homme. Ted est né en 1967 à Port Jefferson, dans l’état de New York. Il vit aujourd’hui à Bellevue, dans les faubourgs de Seattle (état de Washington). Après des études d’informatique à la Brown University (Providence, Rhode Island), il est admis au fameux atelier d’écriture S.-F. Clarion, qui se tient chaque été durant six semaines à l’Université d’État du Michigan.
Quand il est reçu aux cours Clarion, cela fait déjà quelques années que Ted écrit des nouvelles, lesquelles essuient tour à tour les habituels refus des revues spécialisées. À cette époque, il pense même arrêter d’écrire. Les recettes professées par Damon Knight et Kate Wilhelm ne doivent pas être mauvaises, car à partir de là, l’accueil des textes de Chiang changera du tout au tout.
Ted Chiang reçoit le Campbell New Writer Award en 1992 ; en 1990, un Nebula Award récompense la première nouvelle du recueil (celle qui lui a donné son nom en français : Tower of Babylon) ; L’histoire de ta vie (Story of Your Life) obtient deux prix en 1998 : un second Nebula et le Theodore Sturgeon Memorial Award ; Soixante-douze lettres (Seventy-Two Letters) le Sidewise Award en 2000 et L’enfer, quand Dieu n’est pas présent (Hell Is the Absence of God) se voit attribuer le prix Hugo et le Locus Award en 2002. Quand il ne reçoit pas des prix, Ted Chiang gagne sa croûte en tant que rédacteur technique indépendant.
Écrites entre 1991 et 2002 (soit Ted prend tout son temps, soit il n’en a pas), les nouvelles de La tour de Babylone ne sont pas mal du tout, avouons-le. On sent que leur auteur est un scientifique et qu’il a accuse un faible pour les mathématiques, car chaque texte y fait référence. On pourrait presque considérer qu’il s’agit là de hard science, mais ce serait réducteur. Chiang ne traite pas que de technologie et ses récits sont tour à tour psychologiques, mystiques, leur ambiance est parfois steam-punk voire crypto-uchroniques. Bref, on ne s’ennuie pas. Reste à savoir si l’artiste poursuivra son travail d’écriture pour nous pondre un bel et gros roman — à moins qu’il ne continue dans sa veine nouvelliste, ce qui ne serait pas non plus une mauvais idée.
Vous l’aurez compris : sur les plages, à la montagne ou simplement sur le balcon où vous suez à gros bouillon, n’hésitez pas à emporter Ted avec vous. Son ouvrage n’est pas imperméable, mais vous l’aurez lu bien avant que les premières moisissures ne se profilent aux coins de ses pages.

Ted Chiang
La tour de Babylone
Éditions Denoël
Collection Lunes d’encre
Paris, 2006

Ted Chiang
Stories of Your Life, and Others
Tor Books
New York, 2002
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