
Bien des futurs meilleurs ont failli exister, et pour s’en assurer, nul besoin de consulter nos uchronies favorites : il suffit d’une simple visite en notre chère Maison d’Ailleurs, centre d’utilité cosmique et de salubrité mentale, pour s’en assurer sans détour. Jusqu’au 23 avril 2006, les amateurs de transports peu communs pourront avantageusement y admirer les nombreux prototypes du véhicule de rêve, celui qui décolle littéralement et nous libère de nos rugosités goudronneuses : la voiture volante. Une exposition mise sur pied par Patrick J. Gyger retrace l’histoire de ces automobiles qui ont failli nous mener au-delà de nos cités-dortoirs. Cette rétrospective sert d’avant-goût, — ou plutôt d’avant-propos —, à l’ouvrage richement documenté que le susmentionné directeur du Musée de la science fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires vient de signer aux Éditions Favre (vous pouvez l’acheter sur place et bien entendu le commander par Internet ici ou là).

Première de couverture de l’ouvrage de Patrick J. Gyger aux Éditions Favre, Lausanne, 2005
Comme vous le constaterez lors de votre prochain passage à Yverdon-les-Bains, la Maison d’Ailleurs propose (au premier étage) un prélude au prélude, et non des moindres : une présentation détaillée de l’Institut Benway, établissement spécialisé dans la confection d’organes de confort. À mesure qu’il découvre les douze grands panneaux de l’exposition, le visiteur se voit proposer une foulitude de glandes et autres morceaux de chair prêts à l’emploi, le tout dans une esthétique magnifiquement calquée sur celle des années cinquante. Dix portraits d’organes, une quinzaine de cadres de poulpogrammes (technique de biophotographie à partir de poulpes caméléons vivants électrocutés, inventée par le docteur Castex, membre de l’Institut) ainsi qu’un test psychologique en dix panonceaux achèvent de convaincre le consommateur sceptique. En guise de mise en bouche, voici deux exemples de produits de la gamme Benway et des extraits de textes les accompagnant :

© zéro50 fonds d’art-chives / Têtes à Clap, 2005
Les Ongles à Scrotum
Transpiration, réveil difficile, stress et besoin d’apaisement… Les occasions sont nombreuses de se gratter les bourses. Cet Organe de Confort de l’Institut Benway a été conçu pour tous les hommes distingués qui souhaitent concilier bonnes manières et besoin naturel pressant. Grâce aux Ongles à Scrotum, vos bourses sont grattées à tout moment, sans les mains. Discrétion assurée. Un modèle créé par et pour des chirurgiens, qui a aussi satisfait de nombreux dentistes ! Lime adaptée et vernis amer (BitrexTM) pour onychophages sur commande (n°477-RG ou n°477-HJ)
« Je suis une rongeuse invétérée et j’avoue avoir eu un peu peur quand Jean-Pierre s’est fait offrir par sa mère les Ongles à Scrotum. Mais le BitrexTM a tout arrangé. Je me suis même mise à la manucure, en cours du soir ! »

© zéro50 fonds d’art-chives / Têtes à Clap, 2005
La Glande de Contre-culture Rasta
Discrètement greffé sous l’aisselle, cet Organe de Confort de l’Institut Benway ravira tous les amateurs de cultures alternatives. Deux heures seulement après la pose que vous opérerez chez vous sans permis, la Glande de Contre-culture Rasta synthétisera une quantité de reggastérone et de draidlocaïne parfaitement adaptée à votre corpulence. Vos systèmes pileux, auditif et nerveux évolueront rapidement jusqu’à faire de vous un parfait Rasta, sans effort, en moins d’une semaine. Bientôt disponible : la Glande de Contre-culture Gothique.
« Cadre dans une grande entreprise de commerce international, je rêvais depuis longtemps de vacances alternatives. L’implantation de la Glande de Contre-culture Rasta m’a permis de partir au bout du monde sans même quitter mon loft. J’ai pu ainsi traiter pléthore de dossiers en retard ! »
« Mère seule avec quatre enfants, je n’arrivais plus à comprendre mon aîné. Heureusement, j’ai découvert la Glande de Contre-culture Rasta. Depuis, tout est clair. »
Splendide, non ? Et songez au bien-être que promettent les autres merveilles technologiques de l’Institut : la Dentition Stomacale, la Surpeau à Piercing, la Glande Salivaire aromatisée, la Glande à Idées, les Vers de Jouvence, les Barrettes de Mémoire et… l’Anus Parlant ! Prix de chacune de ces créations goûtues spécialement conçues pour améliorer votre quotidien : entre 10 et 20 € la pièce, frais de port en sus. Vous les trouverez en vente à l’accueil de la Maison d’Ailleurs ainsi que dans plusieurs librairies françaises : La Mauvaise Réputation à Bordeaux, Lieu Unique Boutique à Nantes (les Utopiales 2005 offrent une belle occasion d’y faire un tour, non ?), et ALaPlage à Toulouse. Si vous avez mal aux pieds, vous pouvez toujours passer commande par courriel.
Vous devez vous demander quels sont les joyeux drilles à l’origine de cette jolie mystification artistico-médicale ? Tout d’abord Mael Le Mée, nouvelliste et scénariste né en 1977 qui, après des études de cinéma, a joué à maintes reprises l’envoyé spécial en festival pour des revues telles que Repérages, Cinéastes, Mad Movies, Synopsis ou encore la Gazette des Scénaristes. Responsable de la rubrique cinéma de Pif Gadget, il planche également sur les scénarii de deux séries télévisées pour France 2 et France 5. Sinon, le reste du temps (ou plutôt : quand il lui en reste), il s’attelle à la noble tâche de concevoir et de rédiger les textes de l’Institut Benway. Comment — et pourquoi — en est-il venu à développer cet univers enchanteur ? Tout d’abord parce qu’il aimait jouer au docteur quand il était gamin. Sans doute aussi parce qu’il a dirigé il y a trois ans l’édition d’un livre d’univers de jeu de rôle s’inscrivant dans d’imaginaires années cinquante (RétroFutur, éditions Multisim). L’important fonds documentaire collecté pour cet ouvrage, et qui comptait fin 2003 quelque six mille de revues de la première moitié du XXe siècle, est désormais à la disposition des graphistes, artistes, écrivains, historiens et agences de communication (voire même des simples curieux). Le nom de ce trésor : zéro50 fonds d’art-chives.
Autres artistes dont je tiens à saluer l’excellent travail inspiré par ce fonds, tout d’abord un certain Célestin qui a créé le style Benway pour les Utopiales 2004, mais aussi Benoît Chanaud, Julien Drochon et Grégory Pach de de l’association Docile. Ces habiles graphistes sont parvenus à recréer, par moult procédés typographiques, effets de mise en page et autres subterfuges chromatiques, un climat visuel qui fait parfaitement illusion. D’autres intervenants ont usé leurs doigts à la surface de l’univers Benway, n’oublions pas de les mentionner — il s’agit d’Aurélien Police, de Cécile Roubiot et d’un certain Alfred. Jérôme Noirez, complice musicien, compositeur, écrivain et spécialiste de musique médiévale, se charge quant à lui de l’univers sonore propre à l’Institut.
Mentionnons au passage que cette exposition est disponible à la location, « à un tarif spécialement étudié », et qu’elle peut s’accompagner d’une conférence et d’animations (pour les enfants !). Les autres projets de l’Institut Benway ? La finalisation du site Internet puis « la publication d’un somptueux livre-catalogue d’organes [...], ainsi que la réalisation d’un film de réclame cinématographique, d’une dramatique radiophonique et d’une gamme de produits dérivés comme le slip kangourou dédié aux porteurs du testicule hallucinogène. »
Pour de plus amples informations :
Institut Benway
26, rue Gaspard-Philippe
FR-33 800 Bordeaux
contact@institut-benway.com
Sur ce, je vous souhaite une excellente visite et… bonne glande.
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