La définition d’un terme tel que xénobiophilie relève d’une réflexion de type ontologique. En effet, chercher le sens de ce mot revient d’une certaine manière à interroger l’existence même de la xénobiocœnose, c’est-à-dire de l’ensemble des êtres étrangers [à notre Terre]. Or, il est évident qu’au vu de l’avancée de notre technologie, — à savoir ridicule, sans parler de l’état de nos consciences altérées de naissance —, les seules personnes, ou plutôt les seules entités capables de prouver l’existence de la vie extra-terrestre sont… les extra-terrestres eux-mêmes. Néanmoins, cette constatation de notre piètre condition terrienne (pour ne pas dire notre atavisme glébeux) ne doit en aucun cas nous décourager d’entreprendre des recherches au-delà de la ligne d’horizon. Et puisque nous sommes fort mal outillés (technologiquement bien entendu…), le seul instrument d’investigation qu’il nous reste est celui de l’imagination. En cela, il est bon de se remémorer le verbe d’Albertus Secundus — alias Magister Ludi —, qui s’exprimait ainsi (une fois né de l’esprit de Hermann Hesse dans son fameux Glasperlenspiel) :

« … non entia enim licet quodammodo levibusque hominibus facilius atque incuriosius verbis reddere quam entia, verumtamen pio diligentique rerum scriptori plane aliter res se habet : nihil tantum repugnat ne verbis illustretur, at nihil adeo necesse est ante hominum oculos proponere ut certas quasdam res, quas esse neque demonstrari neque probari potest, quae contra eo ipso, quod pii diligentesque viri illas quasi ut entia tractant, enti nascendique facultati paululum appropinquant. »

La traduction de Joseph Valet, transposée à nouveau par la sapience hessenique, donne ceci :

„ … denn mögen auch in gewisser Hinsicht und für leichtfertige Menschen die nicht existierenden Dinge leichter und verantwortungsloser durch Worte darzustellen sein als die seienden, so ist es doch für den frommen und gewissenhaften Geschichtsschreiber gerade umgekehrt: nichts entzieht sich der Darstellung durch Worte so sehr und nichts ist doch notwendiger, den Menschen vor Augen zu stellen, als gewisse Dinge, deren Existenz weder beweisbsar noch wahrscheinlich ist, welche aber eben dadurch, daß fromme und gewissenhafte Menschen sie gewissermaßen als seiende Dinge behandeln, dem Sein und der Möglichkeit des Geborenwerdens um einen Schritt näher geführt werden.“

Cette citation du bon Maître (et, à travers lui, en abyme, du Magister), n’aurait pas déplu à Versins, auteur d’une définition certes pratique du genre science-fictif, à savoir celle de « conjecture romanesque rationnelle ».

Sur ces mots, j’attends de votre part, ô amis cybernautiques, quelques salves logorrhéiques bien senties qui remettront aussitôt mes clepsydres hydrocéphales à l’aune du comput universel (pardon, du GMT).

Amicalement vôtre, Tifnord.

2 commentaires pour « Ce que l’on entend par xénobiophilie, ou du bien-fondé de l’écriture science-fictive »

  1. Hau Ruck! |

    Si je ne confonds pas tu parles bien du Pierre Versins de la Maison d’Ailleurs.

    «La science fiction est un univers plus grand que l’univers connu… Elle invente ce qui a peut-être été, ce qui est sans que nul ne le sache, et ce qui sera ou pourrait être… Elle est avertissement et prévision, sombre et éclairante… Elle est le rêve d’une réalité autre et la réalisation des rêves les plus fous…»

  2. Tifnord |

    Certes. Il s’agit bel et bien de Pierre Versins, alias Jacques Chamson.

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